Devenir Compagnon du devoir
« Qu'est-ce que je fais là ? » Pierre s'est plusieurs fois posé cette question durant son année de bac technologique. Plus attiré par le « concret », il est venu de Chambéry pour s'informer sur les Compagnons du devoir lors de leurs portes ouvertes à Saint-Egrève. Près de 10 000 jeunes sont formés en alternance chaque année par cette institution dans un des 30 métiers qu'ils auront choisi à leur arrivée parmi six filières : Aménagement et finition, bâtiment, métiers du goût, matériaux souples, métallurgie et industrie ainsi que métiers du vivant (jardinier paysagiste, tonnelier et maréchal-ferrant). Un seul critère de sélection : la motivation. « Quel métier tu veux faire ? » demande Paul Augenstreich, prévôt et compagnon–maçon de la maison de Saint-Egrève. « Je veux être chaudronnier. Le métal, on peut le déformer, le reformer, le redécoller... et on peut l'utiliser dans pleins de domaines », explique Pierre. Cette formation est à destination des jeunes de 15 à 30 ans de tous horizons, apprentis ou bacheliers en reconversion. Les portes ouvertes de Saint-Egrève ont accueilli 150 visiteurs soit deux fois plus que l'an passé. Une trentaine de jeunes sont déjà inscrits. « On va les inviter à une journée d'information suivie d'un entretien individuel », détaille le prévôt.
Faire son Tour de France
Après quelques années d'apprentissage ou en « prépa métier » pour les bacheliers, les futurs compagnons se lancent dans le Tour de France. « Limoges, Poiters, Troyes, Marseille, Grenoble, Nîmes...et même un an en Italie ! », raconte Paul Augenstreich. Chaque jeune est placé dans une entreprise durant six mois ou un an afin d'en apprendre les techniques. Le périple dure le plus souvent entre cinq et six ans. Depuis peu, le tour de France est devenu tour du monde. « C'est une aventure, le but est d'apprendre en voyageant, de multiplier les expériences et de voir les différentes façons de travailler », explique le compagnon-maçon. La formation a d'ailleurs tout prévu : l'entreprise est trouvée par l'école et celle-ci finance la formation. Les jeunes sont logés dans chacune des maisons de Compagnons partout en France. Les jeunes sont salariés de l'entreprise et sont rémunérés entre 50 et 80% du Smic. A la sortie du Tour de France, 92% des jeunes trouvent un emploi. Après ces années de formation, ils devront encore quelques années de « devoir » en remerciement de la formation qu'ils ont reçue. Par exemple, Paul a fait le choix d'être prévôt et responsable de maison. « Je place les jeunes dans des entreprises, je fais un suivi entreprise deux à trois fois par an. Cela m'apporte une expérience en ressources humaines, management et commercial », explique-t-il.
Vivre en communauté
Avant d'atteindre le titre de « compagnon de France », encore faut-il tenir le rythme. « Les jeunes sont en entreprise du lundi au vendredi. Ils suivent leurs cours tous les soirs de 20 heures à 22 heures ainsi que le samedi », détaille le prévôt. Ces cours sont autant des matières générales que spécifiques à leurs métiers. Le but est de valider leur diplôme à la fin de leur cursus.
La marque de fabrique des compagnons est également la vie en communauté. « Ils vivent ici, dans les maisons de compagnons afin d'apprendre les valeurs de la formation que sont la fraternité, la générosité et l'entraide. Durant la formation, on évite de les placer dans les maisons les plus proches de chez leurs parents. » Cette formation mixte ne correspond donc pas à tout le monde.