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Innovation

« Déverrouiller l'accès à la modernité »

Le salon de l'agriculture écologiquement intensive (AEI), s'est déroulé la semaine dernière à Angers. Une délégation iséroise est revenue avec la besace chargée d'innovations.
 « Déverrouiller l'accès à la modernité »

Réduction des intrants, des gaz à effet de serre : il n'a été question que de cela pendant les Terrenales qui se sont déroulées jeudi et vendredi dernier à Angers. La grande coopérative agricole Terrena, organisatrice de la manifestation, a testé pendant cinq ans, grâce à son réseau d'agriculteurs Sentinelles de la terre, des dizaines d'innovations destinées à atteindre des systèmes production performants, écologiques et économiques. Ces retours d'expérience d'agriculture écologiquement intensive (AEI) ont intéressé une douzaine d'exploitants isérois. Car à l'Ouest, l'AEI est en ordre de marche. Le tour d'horizon des Terrenales, sur huit hectares, couvrait les univers des fonctionnalités écosystémiques (nouvelles protéines, auxiliaires de cultures, couvertures fourragères, bien-être animal etc.), de la connaissance du vivant (génétique, biocontrôle), du numérique et des capteurs (GPS, monitoring, drones, outils de mesure etc.) et de l'énergie, des machines et des robots (bâtiments du futur, robots suiveur, de tonte, de désherbage...).

Communiquer

Cette immersion au cœur de l'AEI a transformé les agriculteurs isérois en ambassadeurs de l'agriculture de demain. « C'est pour le plaisir de rencontrer d'autres agriculteurs et de poursuivre nos échanges avec Gérard Guilbaud (ndlr, un agriculteur de Loire-Atlantique, vice-président de Terrena). C'est notre rôle de ramener quelque chose de cette manifestation en Rhône-Alpes », plaide Jean-Claude Plottier, agriculteur retraité, producteur de graines de semences à Colombes et président du Sams*. Pour lui, il importe avant tout de communiquer en agriculture. « Il faut savoir aller voir les gens et que la base se sente concernée ». Au niveau de son exploitation, il mesure le chemin parcouru grâce à l'innovation, notamment en matière génétique, avec l'arrivée de nouvelles variétés de semences. Curieux des évolutions techniques et des nouvelles formes de robotisation, Yann Bonnaire, céréalier bio à Saint-Savin, voulait voir de près ces innovations susceptibles de soulager la main-d'œuvre en agriculture biologique. « Sur place, je me suis aperçu que la coopération pouvait être multiforme et cela me conforte dans mon choix d'être coopérateur ». Découvrir d'autres endroits, d'autres personnes, favoriser les synergies « par amour pour l'agriculture », l'exploitant du nord Isère souligne combien les gens de Terrena « ont développé des solutions que nous n'avons pas encore et ont réussi à déverrouiller l'accès à la modernité ».
Des solutions qui sont d'ailleurs présentes au sein du pavillon France à l'exposition universelle de Milan, avec le dispositif AgriCO2. Ce compteur à réduction de gaz à effet de serre, capitalise sept actions techniques reposant sur les principes de l'AEI. Près de 2 000 agriculteurs de Terrena se sont déjà engagés dans la quantification de leurs économies de CO2.

 

*Sams : Syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semences

Isabelle Doucet
Trois questions à Hubert Garaud, président de la coopérativeTerrena

« L'AEI n'est pas un label »

Les Terrenales sont-elles un modèle transposable ?
C'est un salon de l'innovation agricole pour répondre au défi de produire plus et mieux avec moins. Il a pour ambition que l'innovation soit partagée entre les agriculteurs et perçue par les consommateurs comme étant un plus en matière de qualité des produits et de protection de l'environnement. L'AEI n'a de sens que si elle est perçue et comprise par tous.
Que d'autres structures s'inscrivent dans cette démarche et s'inspirent de la fonctionnalité du système, qui est la réduction des intrants, c'est la démarche du futur. Le but est de fédérer autour d'une démarche globale. Mais les agricultures ne sont pas linéaires. Celle de l'Isère est différente de celle des Pays de Loire. Il faut tenir compte des productions, de l'historique des exploitations, de l'agronomie du sol... A un problème, il convient de trouver des solutions communes. C'est le choix des hommes et des agriculteurs. L'AEI n'est pas un label, ni un cahier des charges, mais un concept qui s'adapte.
Avec une fréquentation record de 11 000 visiteurs, cette deuxième édition est un succès.
La première édition, en 2010, nous a étonnés. Aujourd'hui, nous confirmons. Nous nous engageons dans les nouvelles voies de l'agriculture avec professionnalisme et nous souhaitons partager cette expérience et nos choix en matière d'innovations. Ce sont les techniciens de Terrena et le réseau des agriculteurs Sentinelles de la terre qui expérimentent ces solutions au quotidien et sont venus témoigner pendant les deux jours des Terrenales. Cette manifestation représente une mobilisation de tous les acteurs autour de l'AEI. Aujourd'hui la route de l'agroécologie est tracée.
La visite du ministre de l'Agriculture est une reconnaissance ?
La visite de Stéphane Le Foll est une reconnaissance, mais relève aussi de la normalité. Il était venu en 2010 en tant que député européen. Les pratiques alternatives n'ont pas d'étiquette politique et doivent être reprises par tous car la société demande plus de transparence sur les façons de produire. Nous avons beaucoup avancé depuis 2008, notamment avec l'arrivée en force du numérique et la collecte d'informations ; le stockage des données donne de nouvelles perspectives, qu'il faut exploiter au mieux pour l'agriculture.
Propos recueillis par Isabelle Doucet