Diversifier à la herse étrille
La bineuse équipée d'une caméra remonte la parcelle de soja de Jean-François Charpentier, agriculteur à Thodure. En deuxième année de conversion en agriculture biologique, il apprivoise le désherbage mécanique. « Avec un collègue, cela faisait très longtemps qu'on pensait au bio mais on avait besoin de fientes et de matières organiques pour les céréales », explique-t-il. Les deux agriculteurs montent alors l'Earl les Gallines, un atelier de 15 000 poules pondeuses en bio. « Avec la diminution des surfaces de maïs semence, on voulait diversifier l'exploitation », explique l'agriculteur. Dans cette nouvelle structure indépendante, les deux agriculteurs ont mis en commun une cinquantaine d'hectares en conversion au départ. Depuis, « On est passé à 100 hectares en conversion. C'est un panache de parcelles faciles et dans les coteaux pour tester le système », explique Etienne Charpentier, le fils de l'exploitant. En plus, Jean-François Charpentier cultive près de 170 hectares de céréales en conventionnel.
Gérer les réglages
Côté technique, un faux-semis est réalisé à la herse étrille. « Le résultat avec la herse étrille est impressionnant », se félicite Jean-François Charpentier. Il a fallu expérimenter et s'équiper. L'exploitant dispose d'une houe rotative, d'une herse étrille et d'une bineuse équipée d'une caméra, les autres fonctionnant à l'aide du GPS du tracteur. « La bineuse 6 rangs a coûté 32 000 euros, 17 000 pour l'équipement et 15 000 euros pour l'interface avec la caméra », détaille Etienne Charpentier.
Ensuite, les réglages demandent un peu de pratique. Entre les roues, l'espace est en moyenne environ 60 centimètres. « Ce réglage s'adapte à beaucoup de cultures. De plus, il est conseillé d'augmenter la quantité de grains en bio, et 600 000 grains à 80 centimètres, c'est pas possible. Donc 60 centimètres va bien dans le cas actuel », analyse Jean-François Perret, technico-commercial « grandes cultures » bio à la coopérative Dauphinoise. Ce serait aussi le bon réglage pour avoir la bonne densité de semis en soja, comme sur la parcelle où a eu lieu la démonstration de matériel.
La rotation suivie sur la parcelle est soja, maïs et blé, en irrigué. En termes d'apport, le maïs reçoit 6 tonnes de compost de litière de porc biométrisée d'une exploitation voisine, 3 tonnes de fientes et 185 unités d'azote. Pour le blé, c'est 40 unités d'azote et 5,5 tonnes d fientes. Une protection fongicide est également apportée.
Faible salissement
Mais en désherbage mécanique, il faut d'autant plus s'adapter à la météo. « Avec la pluie qu'on avait eu, on n'a pas pu passer la bineuse depuis 12 jours », déplore Etienne Charpentier au moment de la démonstration. Alors pour reprendre le travail, ils passent un coup de bineuse suivie de la herse étrille et avisent en fonction des salissements. Certains agriculteurs, en conventionnel, sont venus découvrir le désherbage mécanique. La première inquiétude était justement l'état du salissement de la parcelle. « Cela m'a l'air très technique. En conventionnel, le produit phytosanitaire est toujours une béquille, une sécurité », confie un agriculteur. Mais force est de constater que la parcelle a très peu d'adventices. Pour Jean-François Charpentier, les ajustements de pratique sont ailleurs : « Le volume de travail est plus important et on sème en décalé de quelques semaines par rapport au conventionnel ».
En production biologique, l'objectif initial était de produire l'équivalent des 600 à 700 tonnes d'alimentation biologique demandés pour les poules pondeuses. « On achète les aliments pour les poules pondeuses mais on compense avec nos céréales. En fait, les poules demandent cinq types d'aliments à la formulation assez pointue. On devrait s'équiper d'une unité de transformation des aliments et ce serait trop de boulot », détaille l'agriculteur. Ce sera peut-être le projet de son fils et de leur salarié dont la diversification devrait leur permettre de s'installer.