Diversifier ses productions, transformer et vendre à la ferme
Organisation du travail et simplification des tâches : à Saint-Georges-d'Espéranche, la ferme familiale de Malatrait a opté depuis longue date pour la diversification des cultures conduites en agriculture biologique et pour la vente directe. Aussi, les trois associés de ce Gaec, Sylvain, Odile et leur fils Rémi Terry installé en 2015, ainsi que leurs salariés, ont-ils misé sur l'efficacité.
Un nouveau bâtiment, des investissements justes nécessaires à la ferme ou réalisés en collectif ainsi qu'un parcellaire homogène facilitent la gestion de l'exploitation qui dégage un chiffre d'affaires de 130 000 euros et un excédent brut d'exploitation de 84 000 euros.
Un groupement d'employeurs
Le Gaec a développé l'atelier maraîchage, la transformation céréalière à la ferme et la vente directe au début des années 90. Il est passé en bio il y a 21 ans. La vente à la ferme remonte à 2003. Elle a lieu désormais le mardi soir et le vendredi après-midi où se tient un petit marché de producteurs locaux et d'artisans qui viennent tous les 15 jours. Pour le reste, l'exploitation vend surtout ses productions en semi-gros à cinq magasins Biocoop de la région. Les évolutions ont été dictées par le souhait de maîtriser la transformation et la commercialisation, la volonté de proposer des produits bio en direct et la valorisation des productions.
Les légumes sont cultivés en plein champ et sous serre, sur trois hectares. Les associés reconnaissent que de toutes les cultures, c'est le maraîchage qui prend le plus de temps. Pour répondre aux besoins de main-d'œuvre sur l'atelier maraîchage de quatres fermes bio du secteur, la création d'un groupement d'employeurs est envisagée, qui permettrait de disposer d'une personne supplémentaire un jour ou deux dans chaque ferme.
Fertiliser le sols
Les grandes cultures occupent le reste des 42 hectares de la SAU. « Pour les rotations, c'est un peu serré », reconnaît Sylvain Terry. Car il faut faire avec 13 ha de blé, 9 ha de lentilles et 6 ha de sarrasin chaque année. L'assolement 2019 compte aussi 4 ha de seigle et lentillons et 3 ha de haricots secs. « Nous introduisons dans les rotations du trèfle et de la luzerne que nous laissons deux ans en place pour améliorer la fertilisation des sols. Ces cultures reviennent environ tous les sept ans », explique l'agriculteur. Les rotations de base alternent lentilles, deux céréales à paille suivies d'un blé ou d'un sarrasin. Les lentilles associées à la caméline viennent derrière le seigle ou le sarrasin. La caméline est une crucifère récoltée en même temps que la lentille. Séparée, sa graine est vendue pour fabriquer de l'huile végétale riche en oméga3. Les agriculteurs essaient d'introduire les légumes dans les rotations de céréales, notamment là où l'accès à l'irrigation est plus aisé.
« Notre objectif est d'améliorer les couverts végétaux car nous ne disposons pas de beaucoup de matière organique. L'hiver prochain, nous ferons pâturer les céréales », annonce Sylvain Terry. Il se base sur des tests « encourageants » effectués en Bourgogne où le passage des brebis sur les cultures a donné de meilleurs rendements sur les suivants et amélioré la propreté des parcelles. Il confie avoir fait un galop d'essai sur du blé cette année avec un éleveur qui n'avait plus de foin pour nourrir ses bêtes. Le résultat est moins de paille, mais plus de matière organique et un nettoyage des terres. Les blés bénéficient aussi d'un apport de fientes de volailles.
Valorisation des cultures
Les exploitants pratiquent un labour systématique. Une étude de l'Isara-Lyon menée il y a trois ans a conclu que le sol était riche. « Mais nous ne faisons pas de gros rendements. Nous ne forçons pas. D'ailleurs, nous avons beaucoup de blés anciens qui ne sont pas à fort potentiel ». C'est surtout la valorisation de leurs cultures que recherchent les agriculteurs. Les rendements en lentilles s'établissent à 1 tonne/ha, 30 qtx/ha en blé et 20 qtx/ha en sarrasin.
Les semences sont des semences de ferme. « Nous réutilisons nos blés dont nous effectuons la sélection depuis 20 ans pour faire notre farine. Ce sont nos variétés anciennes que nous semons en mélange », explique Sylvain Terry.
Le travail à la ferme a été aussi optimisé par la création d'un bâtiment pour recevoir l'atelier de transformation. On y retrouve quatre cellules (deux de 35 tonnes et deux plus petites), un trieur circulaire et une table densimétrique pour les lentilles. Le Gaec a fait l'acquisition, avec une autre ferme, d'un trieur optique. Le bâtiment abrite également un décortiqueur pour le sarrasin, deux moulins à la meule de pierre pour transformer environ 15 tonnes de blé, seigle et sarrasin et un four à pain.
Isabelle Doucet
Travail du solDu matériel en commun
La herse étrille, partagée avec un voisin, est largement sollicitée pour le désherbage mécanique des blés et des haricots. Le secteur est très concerné par l'ambroisie. Une écimeuse a été achetée en copropriété avec cinq agriculteurs. Elle a bénéficié d'une subvention à hauteur de 80% par la communauté de communes au titre de la lutte contre l'ambroisie. Les exploitants l'utilisent aussi pour écimer le seigle dans les blés.Dans les lentilles, les adventices sont principalement la folle avoine, le ray grass et la vesce noire dont les graines sont éliminées au triage.A l'entrée des parcelles, les 3,5 ha de haricots secs (flageolets, noirs et rouges) ont été semés le 22 mai sur un précédent de lentilles. 48h après le semis, un passage de herse étrille à l'aveugle a permis d'éliminer les petites herbes. Un binage sera effectué tous les 10 jours. Tous les semis sont effectués avec un réglage de 75 pour éviter les pertes de temps.Biner et trierEn face, les 4 ha de seigle et lentillons, semés en octobre, seront récoltés en même temps et triés.Plus loin, sur les 9 ha de lentilles et caméline, les lentilles sont restées encore petites. La différence se joue visiblement sur la nature du précédent. Sur un précédent de sainfoin semé sur une parcelle en conversion, les cultures sont plus avancées que sur un précédent blé ou sarrasin.L'exploitation possède aussi une bineuse ainsi que du matériel spécifique pour le maraîchage. Elle a fait l'acquisition d'une arracheuse-andaineuse-récolteuse pour le pois, également utile pour le trèfle et la luzerne. Les autres matériels de travail du sol sont partagés en Cuma (déchaumeur, charrue, tracteurs etc.)
Du neuf en 2019 :
En 2019, l'aide bio pour les exploitations ayant leur siège dans une aire d'alimentation de captage prioritaire est déplafonnée.
Autre nouveauté, la taxe farine a été supprimée en 2019. Son montant était fixé à 15,24 euros par tonne.