Diversifier son activité pour la valoriser
Comment s'installer dans un contexte foncier tendu ? Comment diversifier son activité et valoriser ses productions ? Dans les Vals du Dauphiné, la chambre d'agriculture a invité de jeunes exploitants à partager leurs pratiques novatrices.
Difficile d'augmenter la surface de l'exploitation pour Adrien Roulet, lorsqu'il a fait le choix de s'installer avec son père en 2012 à Saint-Sulpice-des-Rivoires. 50 hectares de SAU, pas plus, et un élevage de vingt vaches allaitantes, 200 brebis et leurs suites. Alors, pour garantir un revenu suffisant à 1,5 UTH, il s'est rapproché de la société Drevon pour se lancer dans l'élevage de veaux en intégration. « Je connaît très bien les frères Drevon, nous sommes du même village », explique le jeune agriculteur qui est aussi administrateur des JA et a multiplié les expériences dans les exploitations pour avoir fait partie du service de remplacement. Pour lui, la relation d'intégration est avant tout une question de confiance. L'Earl Roulet père et fils s'est dotée de stabulations sous bâches de 27x30m, proposant huit boxes sur aire paillée et offrant une capacité d'accueil de 270 bovins. L'objectif est d'élever 625 têtes par an, soit 2,5 bandes ou lots. C'est le cas typique d'une production sous contrat. « Les animaux et les aliments sont fournis par l'intégrateur. Le prix de vente est fonction des résultats techniques », précise l'agriculteur. Un veau mort avant l'heure n'est donc pas payé. L'intégateur se charge bien entendu de la commercialisation, et assure le suivi vétérinaire et technique. Reste à l'agriculteur les charges fixes dont celles du bâtiment d'élevage.
Charge de travail
Trois troupeaux différents à gérer (vaches allaitantes, brebis, veaux) : le père et le fils veillent à l'équilibre de la charge de travail. Les veaux réclament deux heures par jour de travail en moyenne et le jeune homme y voit plus une production d'avenir que l'activité ovine, « où il y a peu de débouchés, hormis lorsque nous vendons en automne pour la fête de l'Aïd ». Il ne trouve pas le principe du contrat d'intégration plus contraignant qu'une autre production. « C'est comme un système de pension avec un prix du veau à la sortie et nous ne sommes pas plus dépendants que des producteurs laitiers ! ». Bien sûr, le cahier des charges est strict et la production de fumier suppose un débouché pour l'épandage du compost, mais il existe un marché significatif pour la viande de veau de qualité et le jeune agriculteur donne rendez-vous au mois de février pour la sortie du premier lot.
Dispositif commercial
A Brangues, Antonin Benyacar a quant à lui fait le choix du légume plein champ. A 29 ans, celui qui se destinait à suivre une carrière commerciale, a bifurqué vers l'agriculture en reprenant quatre hectares de foncier d'un seul tenant à un agriculteur qui conduisait déjà son exploitation en bio. Le jeune agriculteur cultive une dizaine de légumes : courgettes, choux, poireaux, salades... Pour son installation hors cadre familial, il a réduit les frais au minimum : les terrains étaient déjà préparés, il a investi dans un tunnel de 200m2, loue le matériel à une Cuma et bénéficie de l'entraide des autres maraîchers alentour. Ses principaux investissements portent sur la réinstallation d'une irrigation et l'acquisition de chambres froides. Il s'est lancé, au début de son aventure, dans la confection de paniers fermiers « mais cela ne correspondait pas à l'exploitation ». Il trouve alors rapidement des débouchés pour sa production, à l'instar des magasins Biocoop (60% de la production), Satoriz (15%) et surtout joue de la complémentarité avec les productions de deux autres maraîchers, de sorte qu'ils se trouvent tous les trois sur le circuit de collecte du grossiste, mais qu'ils ont aussi acheté un camion en commun pour leur propre logistique. Et ce n'est pas tout : ils sont également associés de la SARL AB'épluche qui fournit des légumes de 4ème gamme à la restauration collective de l'agglomération grenobloise, assurant 7 à 8% des revenus de l'exploitation. Les magasins de producteurs complètent ce dispositif commercial. Au total, Antonin Benyacar aura consacré un peu moins de 80 000 euros à son installation et dégage un chiffre d'affaires annuel de 100 000 euros. « J'ai peu de remboursements et une grande liberté », consent le maraîcher. Pour faire face au coup de bourre, du 15 avril au 15 novembre, il fait appel à une main-d'œuvre saisonnière. Il reconnaît que son installation a été facilitée par « la préparation du terrain. Si j'avais attaqué en conversion, je n'aurais pas eu les marchés avec lesquels je travaille aujourd'hui. Tout aurait été pensé différemment. En maraîchage, il n'est pas possible de construire un projet à partir d'une situation précaire. Il faut avoir les investissements qui correspondent à sa situation », conseille enfin l'agriculteur.
Isabelle Doucet
Aviculture / Poules ou lapin, les marchés sont au rendez-vous pour l'éleveur qui propose une production adaptée.Des poules sous contrat
Des bovins aux poules, il n'y a qu'un pas que Clément Guillard, installé en 2009 à tout juste 18 ans, n'a pas hésité à franchir. En reprenant deux exploitations familiales, il dispose d'une SAU de 80 hectares et pilote désormais deux activités : trente vaches allaitantes, leur suite et de l'engraissement d'une part, et une production de poules label rouge en intégration d'autre part. Pas moins de 26 400 volatiles par an, soit deux bandes et demi, sortent de ses ateliers. Pour lui aussi, l'intégration présente de multiples avantages : l'élevage avicole est peu chronophage (une heure par jour), la bi-production permet de répartir les risques, même si la surveillance sanitaire des bêtes doit être permanente. Ici aussi le prix payé à l'éleveur est fonction du résultat technique. Celui-ci bénéficie de l'appui technique de Valsoleil pour les volailles et de Dauphidrom pour les bovins et bien entendu, les animaux sont vendus par l'intégrateur. Pour autant, Clément Guillard souligne qu'il ne faut pas sous-estimer la main-d'œuvre familiale, laquelle peut faire défaut dans le cas d'une installation hors cadre.TranformationJean-Pierre Guillard, de l'Earl du Terrier à Meyzieu-les-Etangs s'est installé avec ses parents en 2012. La première génération a d'abord testé l'élevage bovin avant de se lancer dans le lapin. Une opportunité pour le jeune installé, qui, titulaire d'un BTS dans l'hôtellerie-restauration, pouvait faire valoir son savoir-faire dans la transformation. Avec une SAU de 11 hectares, les agriculteurs élèvent 300 mères reproductrices « dans la douceur ». Sans stress et avec une alimentation adaptée, les lapins donnent une viande de qualité, entièrement transformée. Pas moins de 16 000 animaux sont ainsi découpés, cuisinés en terrines ou préparés entiers dans le laboratoire de l'exploitation. Un réseau de vente directe a été aussitôt mise en place à raison de cinq magasins de producteurs.ID
(encadré)
La surface minimum d'installation (SMI)
La SMI est fixée par le schéma départemental des structures agricoles (SDDSA). Lorsqu'une production n'est pas présente dans ce schéma, c'est la référence d'autres départements qui est prise en compte. En Isère, le SMI départemental en matière de polyculture/élevage est de 17,5 hectares. Les conditions d'affiliation à la MSA sont les suivantes :
- en exploitation individuelle (Earl ou Scea), il faut au moins prétendre à une demi SMI.
- En Gaec, le critère est d'au moins une demi SMI par associé.