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Gaïa 2018

Douze lauréats dans le vent

L'Isère installe près de 170 agriculteurs en moyenne par an, dont 115 ont moins de 40 ans. Le 9 mars, la chambre d'agriculture a récompensé une nouvelle génération d'exploitants au travers les Gaïa de la création d'entreprise en agriculture.
Douze lauréats dans le vent

Un vent de fraîcheur vient de souffler sur la Maison des agriculteurs. Le 9 mars, en clôture de la session de printemps de la chambre d'agriculture, les élus ont accueilli une douzaine de jeunes installés, lauréats de la troisième édition des Gaïa de la création d'entreprise en agriculture. Classiques ou atypiques, leurs projets mixent les approches et les ateliers, tout en reflétant la diversité de la ferme Isère : élevages bovins (lait et viande), caprins, ovins, porcins, production de semences, de céréales, maraîchage... Sur l'ensemble, beaucoup transforment ; les uns commercialisent en direct, les autres en circuits longs, certains les deux. Point commun entre tous : les nouveaux installés jouent la carte de la polyvalence pour « ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier ».

Aussi à l'aise dans leur tête que dans leur époque, ces jeunes, toutes et tous installés entre 2016 et 2018, semblent très conscients des difficultés du métier, mais solidement armés. Qu'ils soient fils et filles d'agriculteurs ou hors cadres familiaux, beaucoup ont eu un parcours professionnel avant de s'engager dans l'agriculture. Originaire de Pommier-de-Beaurepaire, Guillaume Argoud a préféré travailler dans la mécanique agricole plutôt que reprendre la ferme familiale. Mais la maladie de son père a provoqué un « déclic ». Remotivé par un BPREA, le jeune homme a pris la suite de ses parents et ne le regrette pas : il élève aujourd'hui des bovins viande, qu'il commercialise en direct, en circuit long et même à la ferme, et produit en plus des pommes de terre.

Ingénieur agro, Robin Vergonjeanne a pas mal bourlingué avant de s'installer en Belledonne, où il a repris, avec une associée venue de Bretagne, un élevage charolais complété d'un atelier porcin naisseur bio. « Nous ne sommes pas des locaux : nous avons cherché un peu partout en France avant de trouver la ferme des Renaud au Moutaret, raconte-t-il. L'installation, ça fait deux ans qu'on est dessus. Nous avons fait une étude économique avec la chambre pour faire le projet d'entreprise et obtenir la DJA. Nous avons acheté le bâtiment, le matériel et le cheptel aux cédants, mais pas le foncier : de toute façon, nous n'aurions pas eu les moyens. »

Libres d'entreprendre

Lucides mais très enthousiastes, la plupart de ces jeunes installés associe la profession à la « liberté d'entreprendre ». Mais pas n'importe quoi, ni n'importe comment. A l'affût des tendances, ils ont privilégié des « productions qui marchent », mais aussi les filières qualité, plus rémunératrices. A Saint-Théoffrey, l'installation d'Aurélie Charlaix au sein la ferme familiale a ainsi poussé l'exploitation laitière à évoluer vers le bio, tout en ajoutant un atelier caprin, et à quitter Lactalis pour Biolait. A Biol, Steven Clavel souhaitait lui aussi intégrer le Gaec familial, mais il était pour lui « hors de question » d'augmenter la production laitière de la ferme. Ayant découvert l'arboriculture dans la Drôme, le jeune homme a caressé l'idée d'une production fruitière. « Mais l'abricot, à Biol, c'est compliqué. Depuis un moment l'idée de produire des noisettes me trottait dans la tête. On n'en trouve pas dans le Nord Isère... » Steven s'est lancé dans la noisette, puis dans la noix, le miel et, pour faire mousser le tout, la production de bière à partir de l'orge de l'exploitation. Toutes ces productions sont commercialisées en direct, ce qui permet au nouvel installé d'expliquer à ses clients son approche et sa façon de travailler.

Pour Steven Clavel comme pour d'autres, cette implication personnelle « impulse une dynamique locale » : c'est une manière de participer à l'animation du territoire et d'instaurer de nouveaux rapports avec les consommateurs. On retrouve la même préoccupation dans le projet d'Aurélie Blanc, jeune éleveuse de charolais à Méaudre. « Mon conjoint et moi avons repris la ferme de mon beau-père et développé la vente directe. Grâce à une vie locale et associative très dynamique, nous arrivons à mieux valoriser nos produits. Il faut dire que nous sommes dans un territoire très touristique, qui permet de faire le lien avec l'agriculture. » A Montseveroux, la ferme d'Elodie James ne bénéficie pas d'une telle manne touristique, mais d'un réseau fin de relations fortes tissées par son cédant, ce qui lui a permis d'asseoir son exploitation et de développer l'activité de ferme pédagogique. Une autre façon de créer du lien avec son territoire.

Marianne Boilève

 

Session de printemps

En route vers le pôle

Après une minute de silence en hommage à Gérard Seigle-Vatte, ancien président de la chambre récemment disparu, l'assemblée plénière de la chambre d'agriculture a passé en revue les actions menées au cours de l'année 2017. Accompagnement technico-économique des agriculteurs, préservation du foncier, gestion des ressources naturelles, lutte contre l'ambroisie, valorisation du bois, structuration des filières : les dossiers ont été nombreux, l'activité soutenue, le tout dans le cadre d'un « retour à l'équilibre financier confirmé ».
Jean-Claude Darlet, le président de la chambre et Robert Duranton, vice-président du Département en charge de l'agriculture, ont rappelé les efforts conduits par les pouvoirs publics en faveur de l'installation, du pôle agroalimentaire et du cahier des charges concernant les produits de la marque Agr(Is)Here, « construits sur trois critères fondamentaux : l'origine, la qualité et l'équité ». Jean-Claude Darlet a indiqué qu'« un comité d'agrément associant les différents acteurs des filières statuera sur les produits agroalimentaires pouvant bénéficier de la marque ».
Le président de la chambre a également fait mention des « projets de filières structurants » en cours de développement, comme celui de l'IGP Saint-Félicien ou le projet de filière lait Sud-Isère, travaillé en partenariat avec les Hautes-Alpes et Sodiaal. Il a également souligné les difficultés que rencontrent les agriculteurs qui tentent de faire émerger des projets innovants sur le territoire. « Tous les acteurs sont favorables à ces projets, mais lorsqu'il faut les mettre en œuvre, c'est une autre histoire ! », a dénoncé Jean-Claude Darlet, faisant référence tant aux unités de méthanisation qu'aux projets d'installation de volailles ou porcs plein air qui sont « ralentis, voire bloqués par des minorités, alors qu'ils répondent à une demande sociétale ». Jérôme Crozat, éleveur à Janneyrias et secrétaire général de la FDSEA, a quant à lui attiré l'attention de l'assemblée sur « l'épizootie de certains élus qui sont contre l'installation » et rappelé que la fin des Psader ne signifiait pas forcément la fin des haricots : « Nos territoires et nos élus sont en attente de projets : c'est à nous de faire des propositions. » 
MB