Douze lauréats dans le vent
Un vent de fraîcheur vient de souffler sur la Maison des agriculteurs. Le 9 mars, en clôture de la session de printemps de la chambre d'agriculture, les élus ont accueilli une douzaine de jeunes installés, lauréats de la troisième édition des Gaïa de la création d'entreprise en agriculture. Classiques ou atypiques, leurs projets mixent les approches et les ateliers, tout en reflétant la diversité de la ferme Isère : élevages bovins (lait et viande), caprins, ovins, porcins, production de semences, de céréales, maraîchage... Sur l'ensemble, beaucoup transforment ; les uns commercialisent en direct, les autres en circuits longs, certains les deux. Point commun entre tous : les nouveaux installés jouent la carte de la polyvalence pour « ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier ».
Aussi à l'aise dans leur tête que dans leur époque, ces jeunes, toutes et tous installés entre 2016 et 2018, semblent très conscients des difficultés du métier, mais solidement armés. Qu'ils soient fils et filles d'agriculteurs ou hors cadres familiaux, beaucoup ont eu un parcours professionnel avant de s'engager dans l'agriculture. Originaire de Pommier-de-Beaurepaire, Guillaume Argoud a préféré travailler dans la mécanique agricole plutôt que reprendre la ferme familiale. Mais la maladie de son père a provoqué un « déclic ». Remotivé par un BPREA, le jeune homme a pris la suite de ses parents et ne le regrette pas : il élève aujourd'hui des bovins viande, qu'il commercialise en direct, en circuit long et même à la ferme, et produit en plus des pommes de terre.
Ingénieur agro, Robin Vergonjeanne a pas mal bourlingué avant de s'installer en Belledonne, où il a repris, avec une associée venue de Bretagne, un élevage charolais complété d'un atelier porcin naisseur bio. « Nous ne sommes pas des locaux : nous avons cherché un peu partout en France avant de trouver la ferme des Renaud au Moutaret, raconte-t-il. L'installation, ça fait deux ans qu'on est dessus. Nous avons fait une étude économique avec la chambre pour faire le projet d'entreprise et obtenir la DJA. Nous avons acheté le bâtiment, le matériel et le cheptel aux cédants, mais pas le foncier : de toute façon, nous n'aurions pas eu les moyens. »
Libres d'entreprendre
Lucides mais très enthousiastes, la plupart de ces jeunes installés associe la profession à la « liberté d'entreprendre ». Mais pas n'importe quoi, ni n'importe comment. A l'affût des tendances, ils ont privilégié des « productions qui marchent », mais aussi les filières qualité, plus rémunératrices. A Saint-Théoffrey, l'installation d'Aurélie Charlaix au sein la ferme familiale a ainsi poussé l'exploitation laitière à évoluer vers le bio, tout en ajoutant un atelier caprin, et à quitter Lactalis pour Biolait. A Biol, Steven Clavel souhaitait lui aussi intégrer le Gaec familial, mais il était pour lui « hors de question » d'augmenter la production laitière de la ferme. Ayant découvert l'arboriculture dans la Drôme, le jeune homme a caressé l'idée d'une production fruitière. « Mais l'abricot, à Biol, c'est compliqué. Depuis un moment l'idée de produire des noisettes me trottait dans la tête. On n'en trouve pas dans le Nord Isère... » Steven s'est lancé dans la noisette, puis dans la noix, le miel et, pour faire mousser le tout, la production de bière à partir de l'orge de l'exploitation. Toutes ces productions sont commercialisées en direct, ce qui permet au nouvel installé d'expliquer à ses clients son approche et sa façon de travailler.
Pour Steven Clavel comme pour d'autres, cette implication personnelle « impulse une dynamique locale » : c'est une manière de participer à l'animation du territoire et d'instaurer de nouveaux rapports avec les consommateurs. On retrouve la même préoccupation dans le projet d'Aurélie Blanc, jeune éleveuse de charolais à Méaudre. « Mon conjoint et moi avons repris la ferme de mon beau-père et développé la vente directe. Grâce à une vie locale et associative très dynamique, nous arrivons à mieux valoriser nos produits. Il faut dire que nous sommes dans un territoire très touristique, qui permet de faire le lien avec l'agriculture. » A Montseveroux, la ferme d'Elodie James ne bénéficie pas d'une telle manne touristique, mais d'un réseau fin de relations fortes tissées par son cédant, ce qui lui a permis d'asseoir son exploitation et de développer l'activité de ferme pédagogique. Une autre façon de créer du lien avec son territoire.
Marianne Boilève
Session de printemps