Drones à tout faire
A 130 mètres de haut, deux ailes noires planent au-dessus des chaumes à Moidieu-Détourbe. Le drone, d'un mètre d'envergure, survole 300 hectares de terres agricoles en quatre heures. « Le drone s'est démocratisé, nous le développons dans le cadre de notre métier, pour détecter l'ambroisie notamment », explique Benoît Pinget, conseiller forestier et télépilote de drone à la Chambre d'agriculture Savoie Mont-Blanc. « Cela permet de gagner en temps et en précision. »
Caméra multi-spectrale
Pas besoin de téléguider le drone, son parcours est programmé automatiquement. A la fin de sa mission, l' « aile volante » analyse le niveau de vent, puis atterrit au point prévu. Son capteur multi-spectral lui permet de détecter des détails non visibles à l'œil nu. Sur les 300 hectares, le drone fournit plus de 6 000 photos. Chaque image recouvre celle d'avant à 70% et celle d'à côté à 80%, afin de concevoir une carte la plus précise possible. Ces analyses photographiques permettent la réalisation de modules numériques de terrain avec une précision au centimètre. « Le champ des applications est immense : visualiser les zones accidentées, le dépérissement forestier, l'évolution de l'érosion de cours d'eau, et détecter la présence de scolyte ou d'ambroisie », détaille le télépilote.
L'ambroisie dans le viseur
« On arrive à repérer les plants d'ambroisie grâce à la réflectance du soleil sur les plantes. La lumière est réfléchie différemment sur un végétal en fonction de son espèce », décrit Mélia Rodriguez, conseillère en agro-environnement à la Chambre d'agriculture de l'Isère. Une expérimentation de télédétection de l'ambroisie, plante invasive et très allergène, est en cours. « Nous sommes encore en phase de test », explique-t-elle. « Le premier vol a été effectué par la chambre en juin, au-dessus de colzas et de tournesols. »
Des interrogations subsistent néanmoins, sur la précision des relevés par rapport aux types de sols et de cultures, sur la capacité à différencier l'ambroisie des autres adventices... Toutes les données seront analysées et traitées statistiquement par le CNRS au cours du mois d'août, puis comparées avec des relevés sur le terrain. L'objectif à terme : pouvoir contacter les agriculteurs pour qu'ils traitent leurs parcelles envahies, et offrir les services des drones aux collectivités et propriétaires.
La forêt vue d'en haut
L'utilisation du drone se développe notamment dans le domaine forestier. Les photographies permettent la réalisation de cartes, colorées différemment selon la nature des végétaux. « Les points blancs représentent les arbres scolytés en phase de dépérissement », indique David Billaut, conseiller forestier et agroforestier à la Chambre de l'Isère. « Nous ne sommes cependant pas en capacité de voir sous un couvert, mais nous analysons les aléas sur les parties visibles. »
Grâce à des caméras 3D et à la modélisation de bâtiments en projet, il est possible de visualiser leur intégration paysagère. Chaque pixel représente entre deux et huit centimètres sur le terrain. Dans le cas d'un projet de construction d'une route forestière, les photographies aériennes sont assemblées aux cadastres afin d'identifier les propriétaires concernés et les peuplements touchés. « Nous avons la capacité de modéliser la future route, de mesurer les volumes de terre à bouger », assure David Billaut. Ainsi, le coût de l'équipement est évalué. « En une demi-journée de vol, nous analysons une cinquantaine d'hectares de forêt, alors qu'à pied, cela prendrait quatre jours », ajoute-t-il.
Les services de ces engins volants pourraient être appliqués au recensement et à la prévention de dégâts de gibier. La Chambre de l'Isère travaille actuellement sur une prestation de repérage d'animaux perturbés par la présence du loup, à l'aide de caméras thermiques. Si le drone représente un budget conséquent (20 000 euros pour l'aile volante), leur champ d'application est extrêmement large. Dans la commune de Mont-Saint-Martin, il a même été testé pour la livraison du courrier en novembre 2019.