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Sud-Isère

Du hamster aux bovins, les vétérinaires ruraux sur tous les fronts

PORTRAIT/ Il y a 250 ans naissait le métier de vétérinaire. Une profession exigeante, dont le visage a évolué au fil des années et en fonction du territoire. Rencontre avec Michel Coudert, vétérinaire rural, installé depuis vingt-cinq ans dans le Sud-Isère.
Du hamster aux bovins, les vétérinaires ruraux sur tous les fronts
Une vocation. C'est comme cela que Michel Coudert, vétérinaire dans le Sud-Isère depuis vingt-cinq ans, décrit son métier. « J'ai toujours su que je serai vétérinaire. Dès la quatrième, au moment des premières orientations, j'ai affirmé mon choix », explique-t-il. Et pas n'importe quel choix : celui d'être vétérinaire à la campagne. En 1980, une fois diplômé de l'école vétérinaire de Lyon, il commence à exercer, dans le Rhône, en Haute-Savoie. Avant d'arriver - et de s'installer - dans le Sud-Isère en 1985.

L'activité rurale diminue
Là, ce Lyonnais d'origine découvre le territoire et les agriculteurs. Car l'aspect rural de son métier occupe, à l'époque, 90 % de son activité. « Puis, au fil des années, cette part a diminué et aujourd'hui, nous ne sommes plus qu'à 25 % pour les fermes, et 75 % pour les animaux de compagnie », explique-t-il. Un contraste « passionnant, qui peut nous amener à nous occuper d'un hamster de 20 grammes avant d'aller soigner une bête qui pèse entre 500 et 1 000 kilos », s'amuse-t-il.
C'est justement cette diversité qui lui plaît. En contact avec les éleveurs, il a pu nouer des liens avec certains. Et, quand il sillonne la campagne sud iséroise au volant de son véhicule utilitaire blanc, beaucoup le reconnaissent. « D'autant que nous intervenons sur six cantons. Certains vétérinaires ayant arrêté la partie rurale de leur activité, nous avons récupéré leurs secteurs. Il y a une hausse du nombre de vétérinaires, mais surtout dans les villes », précise-t-il.

Assurer sa sécurité
Le plus gros de son activité ? Tout ce qui est lié au sanitaire (prises de sang, vaccination, dépistage de pathologies...) et aux urgences obstétriques, majoritairement sur des caprins et des bovins. Des animaux parfois imposants qui nécessitent d'assurer une certaine sécurité. « Normalement, ce sont les agriculteurs qui doivent assurer la contention, même si ce n'est pas toujours évident. Puis, comme il y a moins d'agriculteurs, ce n'est pas facile. Par exemple, avant lorsque l'on devait intervenir pour faire des prises de sang et des vaccins sur une cinquantaine d'animaux, on trouvait toujours cinq à six personnes pour aider. Maintenant, il n'y a plus personne », note-t-il. Ce qui amène les professionnels à appliquer un tarif spécial lors de défaut de contention. Pour une question de sécurité, avant tout. Et même s'il n'a jamais eu d'accident, il s'est déjà fait quelques frayeurs. « Je me souviens d'une fois où le taureau que je soignais a arraché son cornadis. Je suis tombé derrière un tracteur et c'est ce qui m'a protégé. Je ne sais pas comment j'ai fait, confie-t-il. Il faut être très vigilant, ne jamais tourner le dos à une bête et surtout, ne pas avoir peur. Sinon, c'est terminé, on ne peut plus exercer sereinement ».

Un métier qui se féminise
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas la force physique qui compte et qui assure la sécurité du vétérinaire. « Il n'y a pas que des vétérinaires hommes costauds ! Les femmes peuvent pallier le manque de force physique grâce à certaines techniques. Dans notre cabinet, nous sommes quatre à faire du rural : moi et trois femmes. Nous faisons mentir les statistiques nationales, où il y a souvent moins de femmes que d'hommes ! », fait-il remarquer. Et de raconter : « Certains éleveurs refusaient catégoriquement de travailler avec une collègue, car c'était une femme. Puis, un dimanche, elle était seule et ils avaient besoin d'un vétérinaire. Ils n'ont donc pas eu le choix, et après, ils ne voulaient plus qu'elle ! »

Un retour aux sources
Evolution des mentalités, des techniques de travail, ou encore des horaires... La profession affiche un autre visage qu'à ses débuts, il y a 250 ans. « Avant, on travaillait 300 jours par an. Maintenant, comme nous sommes six au cabinet, nous ne faisons plus que 216 jours par an et on alterne les gardes. Il faut aussi se former très régulièrement, car le métier est en perpétuel progrès technique. C'est stressant, mais très riche intellectuellement », assure Michel Coudert.
Aujourd'hui, malgré la baisse du nombre d'agriculteurs, il pense que la profession continuera toujours d'exister. « Notamment pour l'aspect sanitaire avec le dépistage et l'élimination de maladies. Les éleveurs ne pouvant engager trop de frais pour soigner individuellement leurs bêtes, il faudra plus se positionner sur une activité de surveillance des troupeaux et de prévention. Ça, c'est vraiment l'avenir du métier. Finalement, on en revient au début de la profession qui a été créée pour prévenir l'arrivée de nouvelles maladies. C'est un retour aux sources en quelque sorte », sourit-il.
Lucile Ageron

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La profession fête ses 250 ans
Cette année, le métier de vétérinaire fête son 250e anniversaire. Le comité Vet 2011, créé pour l'occasion et soutenu par des organismes comme la FAO ou l'Unesco, souhaite informer et communiquer sur le rôle des vétérinaires dans la vie de tous les jours. Un anniversaire qui célèbre l'ouverture de la première école vétérinaire du monde, à Lyon, en 1761 par le scientifique Claude Bourgelat.
A la fin de l'année 2010, 16 102 vétérinaires étaient inscrits à l'Ordre de la profession. Aujourd'hui, celle-ci a considérablement évolué. L'activité rurale pure a disparu : à la campagne, les vétérinaires mènent une carrière mixte, avec une clientèle d'animaux de rente et une autre, d'animaux de compagnie.
Quant aux femmes, elles restent moins nombreuses que les hommes (elles sont 698 en Rhône-Alpes sur un total de 1 611 vétérinaires), et représentent 41 % des inscrits à l'Ordre des vétérinaires.
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