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Agriculture biologique

Du lait bio en Sud-Isère

La mise en place de la collecte Biolait a permis à certaines fermes du Sud-Isère d'évoluer vers le bio, contribuant au maintien de la production laitière dans ce territoire.
Du lait bio en Sud-Isère

La filière lait bio en Sud-Isère, c'est une histoire qui a failli ne jamais voir le jour. Au Gaec des Vorsys, Christian Ville, œuvre au projet depuis 2002. Il aura donc fallu attendre 14 ans, pour que Biolait parvienne à mettre en place une collecte.
A Saint-Sébastien, dans le Trièves, le Gaec de la Grange de Morge fait désormais partie des fermes collectées. Les terres ont été converties en 2010 « pour une question d'aides, de prix et parce que notre pratique était proche du bio », déclare franchement Pamela Vasserot, associée avec son mari Christian. L'exploitation dispose d'une SAU de 150 hectares et compte deux troupeaux : 45 mères allaitantes de race charolaise et 30 vaches laitières de race abondance principalement. Les bêtes sont entrées en conversion bio en 2015 lorsque le projet de collecte Biolait s'est enfin lancé. Le changement pour l'exploitation s'est limité à une conduite tout herbe et à l'arrêt du maïs ensilage pour les laitières. L'assolement se répartit en une dizaine d'hectares de blé de force en contrat avec La Dauphinoise, 6 à 8 ha d'orge, 5 ha d'avoine au printemps en couvert végétal et le reste en herbe, dont 25 à 30 ha de prairies temporaires. « Nous sommes autonomes en conduisant les génisses et les charolaises non suitées sur trois alpages », précise la productrice.

Tourteau de soja

Avant d'être en bio, les vaches laitières produisaient 5 900 litres par bête en consommant du tourteau, de l'orge, et de l'ensilage maïs et luzerne. Aujourd'hui, elles produisent 6 200 litres avec de l'herbe, du maïs grain sec, de l'orge et du tourteau de soja. La production annuelle s'établit à 160 000 litres. Pour les producteurs, la principale contrainte liée au cahier des charges de Biolait tient à l'origine 100% française des matières premières. « Les fournisseurs jouent le jeu, il est difficile de trouver du tourteau de colza, nous faisons avec le soja. » Les vaches allaitantes devront quant à elle avoir été pendant les trois quarts de leur vie élevées en bio pour être considérées comme telles.
Les coûts alimentaires sont passés de 70 euros les 1 000 litres à 90 euros les 1 000 litres en raison du prix du tourteau de soja, mais compensé par l'augmentation du litrage par vache. A la ferme, les fourrages sont récoltés précocement pour jouer sur le taux d'azote et favoriser la production laitière. Les premières coupes ont lieu début mai.
Un double système a été mis en place pour les veaux. Les laitiers restent en case individuelle pendant une semaine, puis en box où ils boivent au seau. Les veaux de boucherie tètent des vaches sélectionnées pour les nourrir jusqu'à l'âge de cinq ou six mois.

L'exploitation joue la carte de la diversification. Associée du magasin de producteurs d'Uriage depuis 2010, elle livre un veau par semaine et vend son lait cru. En dégageant de la valeur ajoutée, la ferme s'est aussi modernisée en 2016 avec la création d'un bâtiment de stockage et pour les génisses, ainsi que l'embauche d'un salarié six mois de l'année.

 

Isabelle Doucet
Conversion / L'EARL Les Bayles s'est lancée dans le bio dès 2000. Elle est une des fermes précurseurs dans le Trièves.

Du lait et des céréales

A l'EARL Les Bayles, au Monestier-du-Percy, Anne et Philippe Gachet sont précurseurs et ont aussi mené la conversion bio en deux temps : les terres en 2000 et le troupeau en 2005, lors de l'installation d'Anne. Pas de maïs, pas d'ensilage : « Nous étions proches de la bio, explique cette dernière. Nous savions qu'il y avait un projet de valorisation du lait et nous avons été contents que la collecte Biolait se mette en place. » L'exploitation compte une SAU de 110 où sont produits environ 22 ha de blé bio destinés à la vente, le reste étant des fourrages, à surface égale entre prairies permanentes et temporaires. Ces dernières reçoivent luzerne, dactyle et mélange suisse. Elles sont labourées à l'automne puis épandues de compost de fumier (avant le deuxième blé). Le semis s'effectue au printemps avec une orge sous couvert. Les prairies sont installées pour 5 à 6 ans et intégrées dans les rotations courtes de céréales : deux pailles, un foin. Les exploitants utilisent un fertilisant bio riche en magnésium et potassium. Les premières coupes sont enrubannées.
Renouvellement du troupeau
Les vaches de race montbéliarde et abondance produisent environ 6 400 litres de lait. Là aussi, de la qualité de l'herbe dépend celle de leur production. Entravées dans la stabulation par dérogation car l'instalaltion est située dans le village, elles sortent à partir du 15 avril et rentrent aux premières neiges. La ration d'hiver est composée de regain, d'une première coupe enrubannée, d'orge matin et soir et, si besoin, d'un peu de tourteau. Le coût alimentaire s'élève à 67 euros / 1 000 litres. L'été, les vaches sont conduites au fil électrique, passant quatre à six fois par parcelles et par saison. Le troupeau de 32 têtes est renouvelé à 30% chaque année. La réforme est une réponse à la gestion sanitaire. Anne Gachet reconnaît une marge de progression en termes d'anticipation et de soins apportés aux bêtes en bio. « Nous traitons toutes les plaies au miel : il existe des choses simples qui marchent », indique l'éleveuse qui préconise avant tout le bon sens pour conduire un troupeau en bio. Comme de nombreuses fermes en zone de montagne, Les Bayles ont su se diversifier : production d'électricité photovoltaïque, broyage de bois, hébergement touristique et activité de formation.
ID

 

Lait bio

« Nous continuons à accueillir de nouvelles fermes »

La collecte Biolait a été mise en place en janvier 2016 dans le Trièves. Une dizaine de fermes, entre les Hautes-Alpes et l'Isère produisent un million de litres de lait bio et les nombreuses conversions, attendues pour 2017 et 2018, devraient permettre d'atteindre 3 millions de litres en 2018, avec 18 fermes. C'est une des dernières collectes mises en place en France sur le principe de la mutualisation. Il s'agit, dans des territoires de faible densité en général, de permettre à des adhérents passés en bio mais toujours collectés en conventionnel, de percevoir une compensation de prix en attendant que la collecte bio se mette réellement en place. Dans le Trièves, la période transitoire a ainsi duré plus de 10 ans.
465 euros / 1 000 litres
« Le principe de Biolait est de livrer à tous les transformateurs, quels qu'ils soient », rappelle Olivier Mouton, administrateur et éleveur dans la Loire. Par exemple des petits volumes sont orientés vers la laiterie du Mont Aiguille ou celle de la Durance depuis cet été, « mais aussi vers de gros outils de transformation en France », précise l'administrateur. En général, les industriels dédient un jour de la semaine à la transformation de lait bio.
Le lait a été rémunéré 465 euros / 1 000 litres en 2016. Les chiffres 2017 sont identiques. En période haussière, un prix est fixé en début d'année et abondé en fonction de l'évolution du marché. « Un grand principe est de ne pas brader le lait bio, quitte à le déclasser en conventionnel pour tenir le prix du marché bio », précise Olivier Mouton. En cas de marché baissier, un outil de régulation peut être actionné, qui demande à chaque producteur un pourcentage de volume inférieur. Mais la question ne s'est jamais encore posée, « et nous continuons à accueillir de nouvelles fermes », assure l'administrateur. Les territoires du Trièves et de la Matheysine comptent environ 70 fermes laitières dont seules une quinzaine se sont à ce jours engagées auprès de Biolait, en général parce que les systèmes de production sont encore trop éloignés des exigences de l'agriculture biologique.
ID