Du paysagisme à l'élevage ovin
Le site est magnifique. La vue aussi. Mais les deux se méritent. Niché à 1 000 mètres d'altitude, le hameau du Vernay, sur les hauteurs de Crêts-en-Belledonne (ex Morêtel-de-Mailles) est accessible grâce à une route sinueuse qui monte pendant près de huit kilomètres. C'est au milieu de ce plateau de 12 hectares que Romain Villani s'est installé en élevage ovin. Titulaire d'un Bepa option travaux paysagers, le jeune homme a pourtant très vite fait le choix de marcher dans les pas de son père, Gilles Villani, lui-même propriétaire d'un troupeau de brebis laitières dont il transforme le lait et vend les fromages en vente directe, en revenant vers l'agriculture. « Le paysagisme m'intéressait, mais je ne me sentais pas vraiment dans ma voie. En grandissant, en m'impliquant davantage dans l'exploitation de mon père, je me suis rendu compte que j'étais plus à ma place dans ce milieu », explique Romain Villani. C'est ce qui l'a conduit à suivre un CCTAR (Certificat de capacité technique agricole et rurale) à la MFR de Chatte et à faire son apprentissage dans la ferme familiale. Il s'est installé un an après, le temps de monter son projet, construire son bâtiment et acheter son troupeau composé, à l'époque, de 117 brebis et 50 agnelles de race île de France. Il avait tout juste 19 ans.
Du travail
Cinq ans après, Romain Villani est fier de son parcours. Mais il reconnaît qu'il fut jalloné de nombreux obstacles. Il a fallu faire face aux lourdes responsabilités qui lui incombaient et s'affranchir des regards et des a priori que suscitait son jeune âge. Combien de fois ne s'est-il pas entendu dire : « tu es jeune. Tu as du courage... » ? Que ce soit pour l'achat de son cheptel ou de son bâtiment, il s'est bien rendu compte qu'il avait du mal à être pris au sérieux. Alors qu'il l'était et son projet aussi. Preuve en est qu'aujourd'hui, il élève 350 brebis, exploite 50 hectares qui lui servent à produire son fourrage, découpe ses bêtes dans son laboratoire, et commercialise sa production dans le nouveau magasin de producteurs de La Ravoire, en Savoie. Il s'apprête aussi à reprendre l'exploitation de son père le 1er janvier 2018, quand celui-ci prendra sa retraite. A ce moment- là, il devra donc également gérer son troupeau de 250 brebis laitières (et 30 hectares supplémentaires), et assurer la transformation fromagère, ainsi que la commercialisation de l'ensemble de ses produits dans les magasins de La Ravoire et de La Buissière, puisqu'il va prendre la place que son père occupait comme associé jusqu'à maintenant. beaucoup de travail donc. Romain Villani en est conscient mais il aime énormément son métier, « sinon, je ne le ferai pas, assure-t-il. C'est tellement diversifié. Il faut élever ses bêtes, savoir les découper, les vendre. Il faut être secrétaire, gestionnaire, vétérinaire, technicien végétal, animal... Il n'y a aucune monotonie. Le rythme est très cassé. Il n'y a pas de routine. Il faut savoir s'adapter et anticiper. Se remettre en question aussi. Tout ça me plaît ».
Echange avec les consommateurs
Le jeune éleveur a toujours voulu faire de la vente directe. Pour bénéficier de la reconnaissance de ses clients et d'un retour sur ses produits. « Comme je maîtrise quasiment toute la chaîne de production (sauf l'alimentation en céréales de ses bêtes qu'il doit acheter, faute de suffisamment de surfaces, ndlr) et que je découpe moi-même mes agneaux, il est important pour moi d'avoir cet échange avec les consommateurs. C'est ce qui me permet d'adapter la production à la demande, de façon à valoriser tous les morceaux et éviter les restes », explique-t-il. Romain Villani reconnaît avoir appris cette facette du métier « sur le tas et grâce à un oncle boucher ». Il essaie d'avoir une gamme la plus large possible en adéquation avec les saisons et les attentes de ses clients, différentes entre les magasins de La Ravoire et de La Buissière. Le point de vente de La Ravoire ayant tout juste un an (l'éleveur a participé à sa création), il va donc encore évoluer en termes de volume à approvisionner. Lui aussi compte bien faire évoluer sa production. Modérément, car il doit faire avec son parcellaire, limité et pentu. Si le site a du cachet, il n'est pas exempt de difficultés. Le jeune homme le sait, mais il y est attaché.