Eau à double fin
Bien étudiée, cela peut-être une source de revenus intéressante pour un service de eaux. Le comité local de l'eau (Cle) Drac-Romanche a récemment organisé une conférence sur l'équipement en micro-centrale installé sur le réseau d'eau potable afin de produire de l'électricité. Quelques revenus et production d'énergie écologique à la clé.
Pour Christophe Mayoussier, élu de la Métropole grenobloise, « ces possibilités permettent de maîtriser des coûts de production d'eau potable et d'être dans le développement durable ». Mais encore faut-il que les conditions techniques soient réunies. Roland Buttard, chargé de mission à la Métro rappelle que l'objectif des services est avant tout la fourniture d'eau potable. La micro-centrale dont il suit le dossier, (celle de Champa au Gua) date de 1989. La micro-centrale remplace les réducteurs de pression disposés dans les tuyauteries de captage permettant de ne pas dégrader les réseaux d'adduction. C'est bien cette force, que d'habitude les exploitants cherchent à éliminer, que l'on va utiliser et valoriser. Le technicien rapelle plusieurs préalables : connaître le débit et sa régularité au long des saisons, vendre l'électricité dans le cadre des obligations de rachat par EDF par le biais de contrats de 20 ans (intéressants d'un point de vue tarifaire) et obtenir une production de plus de 25 kw pour tabler sur un retour d'investissement aux environs de douze ans.
Bonnes surprises
Arnaud Teinturier, également de Grenoble Alpes Métropole, a fait état de la microcentrale du Replat à Saint-Martin-d'Uriage. Avec 390 mètres de chute, un débit variant de 15 à 28 litres/s, une tuyauterie en bon état, l'étude de faisabilité a prouvé que l'investissement était financièrement autonome et ne grevait pas le budget communal. Mise en service en 2012, l'installation rapporte 40 000 euros par an (+ 25% par rapport aux prévisions), mais toutes les conditions étaient réunies indique-t-il, car il n'y a pas eu à adapter les canalisations. En outre, le réseau Enerdis pour le transport de l'électricité était proche du lieu de production.
Pertes de force
Même satisfaction pour Daniel Bonnefoy de la communauté de communes du Trièves, rapportant son expérience du site de Font-noire à Saint-Michel-les-Portes. Un problème récurrent de turbidité de l'eau a obligé l'exploitant à installer une ultrafiltration. Mais cela obligeait à avoir une pression quasi nulle pour ne pas abîmer le système. D'où l'installation d'une nouvelle micro-centrale s'appuyant sur les 190 mètres de chute et les 25 litres de débit par seconde.En fonction depuis 2009, cette première pico-centrale française a prouvé sa rentabilité, produisant plus du double de Kwh prévus. « On avait volontairement minimisé les performances dans l'étude pour ne pas avoir de mauvaises surprises, mais on connaît également mal les pertes et les forces dans les tuyaux qui peuvent constituer des variables importantes », tempère le technicien. D'où au final de bonnes surprises. Mais il relève une forte évolution dans le comportement des sources cette année. « Deux forts étiages ont été relevés, en février/mars et au mois d'octobre. Il faut donc être sûr de la pérennité de la ressource.»
Bernard Piot de l'Agence régionale de santé rappelle la réglementation impose des matériaux neutres au regard de l'usage potable de l'eau, qui reste la finalité première, qu'il ne faut pas que la production d'électricité amène des dysfonctionnements dans ce service d'eau potable et qu'il vaut mieux que le porteur de projet soit également chargé de l'adduction d'eau, pour faciliter les interventions administratives ou techniques. Des conditions qui influent directement sur la faisabilité du projet.
« Ce sont des initiatives que l'on aimerait voir plus nombreuses sur le territoire », a conclu Marie-Noëlle Battistel, députée de l'Isère et présidente de la Commission Locale de l'Eau Drac-Romanche. Cette instance regroupe des élus, des représentants des services de l'Etat et des usagers de l'eau et met en œuvre le Sage, (Schéma d'aménagement et de gestion des eaux) couvrant un territoire de plus d'une centaine de communes, soit tout le Sud Isère.