Economiser l'eau, sécuriser la ressource
« Il y a un stock de 32 millions d'euros d'investissements pour l'irrigation, a indiqué Jean-Pierre Barbier, le président du Département, lors de l'assemblée générale des irrigants de l'Isère, le 6 février à Brézins. Nous ne pourrons pas tout faire en un an. » Il préconise de phaser les chantiers, qu'il s'agisse d'extension ou de rénovation de réseau, afin que les grands projets ne consomment pas toutes les enveloppes. Le Département de l'Isère, qui consacre 700 000 euros par an à l'irrigation, travaille de concert avec la Région dans le cadre du PDR(1). Yannick Neuder, vice-président de la Région également présent lors de cette réunion qui a mobilisé 160 agriculteurs sur presque 1 400 adhérents, a expliqué qu'Auvergne-Rhône-Alpes investit 10 millions d'euros pour l'irrigation, dont 56% du budget est consommé par l'Isère et la Drôme.
Les responsables politiques comme les irrigants ont regretté le désengagement de l'Agence de l'eau qui pénalise les projets portés par les collectivités et les agriculteurs.
Sécuriser la ressource
C'est au cours de cette assemblée générale que Franck Doucet, président de l'ADI depuis sa création il y a neuf ans, a annoncé qu'il passait la main. Son successeur sera Nathan Gomes, un jeune irrigant du Nord-Isère, qui a présenté les perspectives pour 2020. « Le point essentiel de la décennie est la sécurisation des ressources », a-t-il assuré. L'ADI poursuivra son travail d'accompagnement des irrigants et portera une attention particulière à sa communication envers le grand-public. Elle sera notamment présente à la foire de Beaucroissant. Dans les actions à venir, Nathan Gomes a annoncé la poursuite de la diffusion du bulletin d'avertissement en partenariat avec la chambre d'agriculture et des essais techniques, la tenue d'une réflexion avec les pisciculteurs de la Bièvre ou encore l'accompagnement des nouveaux réseaux dans le but de supprimer les petits prélèvements et de sécuriser la ressource.
Le seuil bas
La question de la sécheresse a été largement abordée. La saison 2019 s'est révélée contrastée avec un début d'été très chaud puis des précipitations en août. Les cultures ont surtout souffert de la chaleur qui favorise l'évapotranspiration. Le département a été placé très tôt en alerte sécheresse, en avril 2019. La situation a été tendue dans le secteur de Quatre vallées dépendant à 80% de l'irrigation pour les besoins de l'élevage. La mise en place des mesures de restriction par la préfecture au mois de juillet a tenu compte des demandes des irrigants. Elles ont été levées en novembre dernier. Cette année, la consommation d'eau réelle pour l'irrigation s'établit à 46 millions de m3 (pour 65 millions de m3 attribués), ce que tout le monde s'accorde à considérer comme le seuil bas en dessous duquel les exploitations perdent en rentabilité. La ressource vient pour moitié des eaux superficielles et moitié souterraines. Les réseaux collectifs représentent 57% de la consommation. Pour l'année 2019, il n'y a eu que 71 dépassements pour 1 181 attributions, ce qui atteste du sérieux des irrigants isérois.
Clémentine Bligny, responsable du service environnement de la DDT de l'Isère, a rappelé qu'il y avait eu 170 dépassements en 2018 qui avaient fait l'objet d'un rappel à la règlementation. Il en sera de même pour ceux qui ont dépassé pour la première fois en 2019. Les récidivistes, soit une vingtaine de cas, s'exposent à une verbalisation. « Nous cherchons des solutions en parallèle, mais nous devons réagir aux dépassements », a commenté l'agent de l'Etat.
Régionalisation
Autre point d'inquiétude, la régionalisation de l'arrêté sécheresse semble difficilement applicable aux gros réseaux collectifs. Ces irrigants demandent plutôt une restriction sur le débit instantané que l'arrêt des pompes. Ils demandent également une révision de la clé de répartition « qui n'est plus adaptée ». Ces points seront étudiés dans le cadre de la prochaine CDE au mois d'avril. « Pour l'administration, les résultats comptent plus que les moyens », a rassuré Clémentine Bligny. Le prochain arrêté devrait prendre en compte ces demandes. Le cadrage régional a pour but d'harmoniser les restrictions en cas de crise dans une logique de bassin versant dont relève un préfet coordonnateur. Il sera effectif en 2021.
Isabelle Doucet
(1) Progamme de développement rural
Aménagement / Deux projets structurants sortiront de terre dans le Sud-Grésivaudan et en Isère rhodanienne.