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Lait

Elève Sodiaal : « Des progrès à faire »

Le 3 juin, Monique Limon et Caroline Abadie, députées des 7e et 8e circonscription, ont visité l'usine Candia-Yoplait de Vienne pour évaluer l'application de la loi Egalim sur le terrain. L'occasion de parler prix du lait, intégration des coûts de production et segmentation avec les responsables de Sodiaal.
Elève Sodiaal : « Des progrès à faire »

A l'occasion de la semaine de la coopération agricole, les députées Caroline Abadie et Monique Limon se sont rendues le 3 juin chez Sodiaal, à Vienne, pour visiter l'usine Candia-Yoplait bien sûr, mais aussi juger des effets de la loi Egalim dans le secteur. « Sodiaal est une pépite et l'un des gros employeurs de notre territoire », a justifié la députée de la 8e circonscription. « Nous sommes venues voir comment la coopérative s'approprie les outils mis en place par la loi Egalim », a ajouté Monique Limon, responsable du texte du projet de loi.

Modèle à défendre

Ce lundi, la rencontre avec les responsables de Sodiaal n'avait donc rien d'une simple visite de courtoisie. Jean-Michel Javelle, éleveur dans la Loire et président de la région Sodiaal Sud-Est, en a profité pour se lancer dans un plaidoyer en faveur de la coopération, « un modèle qu'il faut défendre et protéger : il en va de l'avenir des territoires, notamment en zone de montagne ». Il a ensuite dressé le portrait du groupe, présentant ses métiers, ses unités de production et son réseau de 20 000 coopérateurs (dont 3 500 en Rhône-Alpes), puis détaillé sa stratégie de développement « dans un marché global en déflation » et un contexte de « guerre des prix féroce ».

Pour faire face, le groupe a décidé de miser sur des « segments spécifiques en croissance et bien valorisés », à savoir l'ultra-frais, le bio, les fromages AOP, les laits aromatisés et la nutrition spécialisée, autrement dit les laits infantiles liquides. « Ça, c'est de la création de valeur, appuie Jean-Michel Javelle. On offre le meilleur du lait aux bébés, en France comme à l'étranger. On essaie aussi de nouveaux marchés, comme le lait nomade ».

A rebours des discours alarmistes, l'homme affiche un optimisme assumé : « On se dit que l'agriculture française a un avenir et on défend le lait en valeur et en volume. C'est tout le sens de notre plan #Value (1) qui a pour objectif de ramener de la valeur à notre lait. » Et de permettre à Sodiaal d'atteindre le Top 5 des entreprises laitières européennes en termes de rentabilité.

Prix de revient

Qu'en est-il du retour dans les cours de ferme et de la prise en compte du prix de revient inscrite dans la loi Egalim, s'enquiert alors Monique Limon. Chez Sodiaal, vu le mix-produit, seul 40% du lait est concerné. En 2018, rappelle le directeur du pôle "Lait segmenté", Jean-Paul Picquendar, toutes catégories de lait confondues, la valorisation moyenne de la coopérative s'est élevée à 348 euros (avant affectation du résultat). Pour 2019, le prix prévisionnel du lait conventionnel se situe autour de 337 euros, auxquel il faudra ajouter une quinzaine d'euros pour la matière utile. « Les premiers effets d'Egalim se sont faits sentir sur une partie des marques, mais on a plus de mal avec les marques de distributeurs, car certains clients ne jouent pas le jeu, explique Jean-Michel Javelle. Nous sommes partis d'un petit 340 pour arriver à 355 sur certains produits. Notre ambition, petit à petit, c'est d'arriver à des ristournes à deux unités. » 

On est loin des 396 euros calculés par l'interprofession pour qu'un producteur s'en sorte. Sodiaal le reconnaît, mais s'est donné pour objectif d'y parvenir en trois ans. « On espère y arriver en discutant avec nos clients, mais il ne faut pas qu'une nouvelle crise déstabilise le système, fait valoir le président de la région Sud-Est. Les équilibres sont fragiles. Nous sommes déterminés à défendre la valorisation de notre lait, mais aussi nos emplois. » Les députées comprennent. Mais « le prix du lait est un vrai souci, insiste Monique Limon. Il y a des progrès à faire. »

Segmentation

Les échanges se poursuivent sur la stratégie de segmentation. L'occasion, pour Sodiaal, d'évoquer la démarche Les laitiers responsables et ses quatre critères (une meilleure rémunération des éleveurs, des vaches nourries au pâturage, sans OGM, dans le respect du bien-être animal). « Il faut communiquer là-dessus, invite Monique Limon. D'ailleurs, n'y aurait-il pas un lien à faire avec la marque Is(h)ere ? »

Sur le principe, Sodiaal n'a rien contre. En Isère, la coopérative collecte 45 millions de litres dans 130 élevages : c'est donc théoriquement possible. « Nous avons déjà beaucoup de marques, dont le Lait de ma région, de Candia, indique Jean-Michel Javelle. Nous sommes sollicités de toute part. La question première, c'est le volume : si c'est pour produire 200 000 litres de lait, nous ne savons pas faire. Ce n'est pas rentable. Recréer des marques locales, c'est bien. Mais avec quel outil ? Et à quel prix ? Le consommateur est-il prêt à payer ce qu'il faut ? »

Le périmètre de la région apparaît plus adapté. « La région du Goût est peut-être la bonne échelle pour pénétrer le marché, notamment celui de la restauration hors domicile », avance Jean-Paul Picquendar. Cela étant, les responsables de la coopérative se disent prêts à estampiller le Lait de ma région avec la marque Is(h)ere. S'il suffit de « mettre une étiquette ».

Marianne Boilève

 

 

(1) Le plan #Value consiste à miser sur la valeur ajoutée, en investissant 230 millions d'euros sur cinq ans, en réalisant 29 à 35 % du chiffre d'affaires à l'export et en visant 150 millions de gains de performance.