« En attendant la réouverture, on essaie de se réinventer »
Alors que les commerces ont été autorisés à rouvrir le 11 mai, les restaurants restent fermés. Comment vivez-vous cette situation ?
On ne peut rien y faire : on attend que la situation se débloque. Le Premier ministre a annoncé une réouverture possible des restaurants début juin dans les départements qui se maintiendront en vert. Le conseil interministériel qui se tiendra le 14 mai devrait préciser les mesures de soutien au secteur du tourisme et les conditions de reprise. En attendant, on fait face. Les restaurateurs essaient de se réinventer. Personnellement, je bricole. J'en profite pour faire des travaux et me former à distance. Comme je travaille surtout avec le tourisme et que la saison n'a pas vraiment commencé, ce n'est pas encore dramatique. Mais il faudrait pouvoir rouvrir en juin. Cela dit, chez les maîtres-restaurateurs de l'Isère, les situations sont très hétérogènes. Certains ont réussi à maintenir une partie d'activité réduite grâce à la vente à emporter et la livraison à domicile. Mais il y en a d'autres pour qui c'est très compliqué, notamment tous ceux qui travaillent avec les groupes. Ceux-là sont en grande difficulté, car une partie de leur activité n'a plus lieu d'être : il n'y a plus de mariage, plus de banquet, plus de cérémonie.
Quelles solutions la profession est-elle parvenue à mettre en place ?
Certains restaurants, notamment en ville ou ceux qui sont installés en centre-bourg, ont essayé de faire de la vente à emporter. A Mens par exemple, un restaurant propose des menus ouvriers à emporter. A Saint-Jean-de-Bournay, l'Xtrême s'est organisé pour préparer des plats sous vide et les commercialiser dans les épiceries locales. Ça marche plutôt bien. Mais tout le monde n'est pas forcément équipé pour, et beaucoup ne savent pas faire. En milieu rural, nous n'avons pas non plus les systèmes de livraison à domicile, comme en ville. Cela dit, l'Association française des maîtres-restaurateurs a développé une plateforme de commandes en ligne associée à une appli téléchargeable sur smartphone, qui permet de géolocaliser les restaurants et de consulter les menus en ligne. En Isère, nous sommes également en discussion avec le conseil départemental pour voir s'il ne serait pas possible d'offrir aux maîtres-restaurateurs un bon d'achat qui leur permettrait de s'approvisionner en produits locaux au moment où ils seront en mesure de reprendre leur activité. Un tel système présenterait l'intérêt d'aider les deux filières.
Economiquement, comment les restaurants font-ils pour tenir le choc ?
Tout dépend de la situation. Pour les gens qui, comme moi, ouvrent de façon saisonnière, ça va : nous n'avons pas encore perdu beaucoup. Mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps. Pour les autres, c'est beaucoup plus tendu. Les collègues ont mis tout leur personnel en chômage partiel. Pour ce qui est de la trésorerie, chaque établissement négocie des reports d'échéances, fait des empunts et sollicite les aides de l'Etat, du Département et de la Région. Mais la crise risque de condamner près de 30% des restaurants à la fermeture. Ceux qui n'ont pas les reins assez solides vont mettre la clé sous la porte.
Comment entrevoyez-vous l'avenir ?
Difficile à dire, car on ne sait pas comment les gens vont réagir au déconfinement. Si l'on peut rouvrir en juin, les locaux vont-ils sortir ? Les touristes vont-ils venir ? Est-ce que les gens auront envie d'aller au restaurant ? La saison est compromise, mais 2021 risque aussi d'être compliqué. Je pense cependant qu'il faut rester positif : on apprend de ses échecs. Et cette crise, pour la France comme pour le monde entier, est un vrai échec. Mais c'est aussi l'occasion de se remettre en question, de penser à se diversifier, de trouver de nouvelles idées. Nous sommes des entrepreneurs : nous savons nous réinventer.