Encaisser les coups durs
Savoir gérer les coups durs, c'est tout un art. Les indemniser, aussi. Le GDS a créé, il y a quelques années, la caisse « coups durs » à destination des éleveurs faisant face à des difficultés sanitaires exceptionnelles. « Quand ils sont en difficulté, les éleveurs ont tendance à prendre plus d'animaux pour augmenter les bénéfices, mais ils manquent ensuite d'organisation et c'est la spirale descendante », explique Jean-Yves Bouchier, président du GDS Isère. « On s'adresse aux éleveurs qui ont connu dans leur exploitation une mortalité quatre fois plus importante que l'année précédente », explique Laura Cauquil, vétérinaire du GDS Isère. Un courrier est envoyé à l'éleveur pour lui signaler qu'il peut contacter le GDS. La caisse coups durs a toujours bien joué son rôle jusqu'alors mais depuix deux ans, les éleveurs ne répondent plus à l'appel. En 2016, sur 26 éleveurs contactés, seuls six dossiers ont été montés. En 2017, seulement quatre éleveurs ont répondu sur les 65 courriers envoyés. « En 2018, 90 courriers ont été envoyés et seulement six visites sont programmées. Et encore, seule une d'entre elles est une exploitation ayant été contactée par courrier », déplore la vétérinaire. L'association a en effet décidé cette année d'assouplir les règles. « Il faudrait qu'on redéfinisse les critères liés au bien-être de l'éleveur et de celui de l'animal en fonction des pratiques », explique-t-elle. Elle peut dorénavant monter certains dossiers à la demande des vétérinaires ou des éleveurs.
Contacter le vétérinaire
Deuxième levier à l'étude : la communication. « Ce n'est pas possible pour moi d'appeler directement 90 personnes. Alors on a décidé d'envoyer des courriers aux vétérinaires pour se renseigner mais on n'a pas eu plus de retours », confirme la vétérinaire. La caisse coups durs est une des seules actions du GDS directement financées par le Conseil départemental. « Des courriers, on en reçoit beaucoup dans les cabinets vétérinaires. Ce serait peut-être plus intéressant de sensibiliser l'éleveur aux problèmes de mortalité qu'il peut rencontrer lors d'une visite par exemple », suggère un vétérinaire présent dans la salle. « Peut être qu'il faut mettre des injonctions plus strictes dans le courrier pour forcer à l'action ? S'il n'y a rien, l'éleveur n'appelle pas », explique une élue cantonale. « On doit peut être gagner en réactivité car souvent les besoins de l'exploitant sont immédiats lorsque les animaux ne vont pas bien. Est-ce qu'on associe les représentants cantonaux du GDS ou pas ? », propose une autre.
Créer du contact
Derrière la caisse coups durs, c'est directement la question du contact avec l'éleveur en difficulté, autant sanitaire que psychologique, qui est soulevée. « Il faut laisser la latitude aux éleveurs de parler à ceux qu'ils veulent. L'élu cantonal n'est pas forcément le meilleur échelon. Il est parfois plus facile de se confier à quelqu'un qu'on ne connaît pas personnellement », explique Jean-Yves Bouchier. En revanche, « même s'ils ne sont pas contactés en premier, les cantonaux peuvent savoir quels sont les éleveurs en difficulté ».
La Direction départementale de prévention des populations (DDPP) en a profité pour rappeler la création d'une cellule de prévention à destination des agriculteurs. « On ne peut pas mettre un seul organisme responsable de ce sujet car il faut faire du cas par cas », prévient Jean-Yves Bouchier. Là encore, la communication est à travailler. « Si la caisse coups durs disparaît, on pourrait croire que c'est le signe que tout va bien. Mais ce n'est pas le cas », détaille Laura Cauquil.