Enfant de la Balme
C'est l'homme qui a redécouvert une grande partie des cépages autochtones du département. Nicolas Gonin est un passionné et chez lui, le terme n'est en rien galvaudé. Patiemment, avec la conviction et la détermination de celui qui sait où il veut aller, il a rendu à son terroir ses pieds de noblesse. Sa religion s'appelle persan, verdesse, mècle...
C'est à Saint-Chef, dans les Balmes dauphinoises, qu'il a reconstitué un vignoble de cinq hectares, avec quelques parcelles à Vignieu et Saint-Marcel-Bel-Accueil. « Il m'a fallu trois ans pour m'installer, raconte cet œnologue de formation dont les grands-parents et l'oncle étaient exploitants à Trieux. C'est compliqué de quitter les livres pour se frotter à la réalité du terrain. » Peu à peu, il récupére une myriade de vignes et des droits de plantation. « La première année, j'ai planté du persan, de la mondeuse et de l'altesse. La deuxième, de la jacquère, de la verdesse et du viognier et enfin, du mècle (de Bourgoin), c'est-à-dire seulement des cépages de deuxième époque (1). Car il y a une règle d'or en viticulture qui dit que la meilleure expression d'un cépage est dans ses limites septentrionales », explique Nicolas Gonin. C'est la raison pour laquelle le viticulteur a « tout arraché et tout replanté en 10 ans », s'affranchissant « des cépages améliorants » qui écartent le terroir de son identité. Ce qu'il recherche dans ses vins, c'est « plus de profondeur et plus de densité et je découvre aujourd'hui ce qu'ils deviennent en vieillissant ».
Le bia blanc retrouvé
« 2016 a été la première année où j'ai produit des vins seulement à partir de cépages patrimoniaux », reprend-il. La première cuvée de mècle est attendue pour 2020. Le viticulteur projette encore de planter le bia blanc retrouvé, du salagnin et du servanin sur de nouvelles parcelles, portant le domaine à environ six hectares. Les vignes sont conduites en agriculture biologique. Le viticulteur a fait le choix de planter dense, environ 7 000 pieds/ha, pour que les ceps se concurrencent et limitent leur charge, mais aussi pour favoriser leur enracinement. « Le vignoble est enherbé depuis 2012 », ajoute-t-il. L'inter-rang est griffé et l'herbe fauchée sous les pieds, permettant un paillage et apportant de la lignine dans le sol. Les sarments sont aussi broyés sur place. Couvert, préservation de l'humidité, enrichissement des sols, limitation des adventices, « pas de désherbant, un minimum de travail du sol » : les vignes en retirent une grande vitalité, estime le viticulteur.
Le travail en cave est poursuivi avec le même ascétisme et le moins de traitements œnologiques possibles. Le vin est élevé en cuve. La production varie entre 20 à 25 000 hl/an. Chez Nicolas Gonin, le seul élément qui rompt avec la discrétion est le caveau construit en 2005, route des vignes, où les clients sont les bienvenus. Jusqu'à maintenant, l'homme travaillait seul, de la vigne à la commercialisation. « Mais depuis trois ans, je lâche un peu », sourit-il. Il envisage de recruter des salariés. Car son vin est réputé et inscrit à la carte de quinze restaurants étoilés. Le bouche à oreille fonctionne bien. La clientèle est à 50% locale : cavistes, restaurants, magasins bio, magasins de producteurs. 40% des vins partent à l'export, aux Etats-Unis principalement et le reste est vendu en région parisienne et dans quelques restaurants en France.
Sur le comptoir du caveau trônent quelques bouteilles à la dégustation. Il désigne un flacon de persan et reconnaît un petit faible « pour ce vin qui m'a sorti de la panade et m'a fait connaître. Mais je suis aussi très attaché à l'altesse et la verdesse ainsi qu'aux bulles de verdesse ». En attendant le mècle.
Le Saint-Cheffois, promet de faire un tour au concours départemental d'élevage et au comice, qui se tiendra fin août à quelques ceps du domaine.
Isabelle Doucet
(1) classement selon la maturité du raisin. 2e époque correspond à 12 jours après le chasselas, cépage de référence.
Recherche / Depuis 2007 Nicolas Gonin a engagé un long travail de conservation des cépages patrimoniaux avec le Centre d'ampélographie alpine Pierre Galet.