Accès au contenu
Sud-Isère

Et pourquoi pas la bio ?

Collecte laitière/La proposition de Biolait, en accord avec les trois collecteurs déjà présents dans le secteur, de mettre en place une collecte de lait bio complémentaire de l'actuelle relance les réflexions sur l'opportunité de convertir son exploitation pour tenter de mieux tirer son épingle du jeu.
Et pourquoi pas la bio ?
« Un accord a été trouvé entre Biolait et les trois collecteurs du Sud-Isère (Sodiaal, Danone et Lactalis) pour remettre en place une collecte bio portant sur trois millions de litres de lait dans ce territoire », ont annoncé la chambre d'agriculture, le comité isérois des éleveurs (Ciel) et l'association pour le développement de l'agriculture dans l'Ain, l'Isère et les deux Savoie (Adabio), lors d'une réunion organisée récemment à Saint-Jean-d'Hérans.
Consensus des collecteurs
Cette annonce est le fruit d'une rencontre entre les quatre entreprises au mois de février dernier, dans le cadre du programme de développement agricole et rural « MontagneBio » animé par l'Adabio. Au cours de la réunion, il est apparu que « les trois collecteurs n'ont pas l'intention de mettre en place une collecte de lait bio dans le Sud-Isère, car ils ont choisi de développer la filière bio dans d'autres zones » et que, « sur décision de son conseil d'administration, la société Biolait est, quant à elle, prête à travailler concrètement sur la mise en place d'une collecte de lait bio dans le secteur ».
Il s'agit en fait de remettre en place une collecte bio, puisque Biolait a un adhérent dans le Trièves, même si celui-ci est retourné chez Danone, suite aux difficultés financières qui ont contraint le groupement de producteurs à cesser sa collecte dans le Sud-Isère il y a quelques années.
Ce qui motive Biolait à retourner dans le secteur, c'est donc le fait qu'il « compte déjà quelques éleveurs bio (dont un de leurs adhérents depuis plusieurs années donc), mais dont le lait n'est pas collecté en dehors de deux exploitations dont le lait est transformé en fromages bio par la laiterie du mont Aiguille ». Par ailleurs, « Biolait a déjà été sollicité par des producteurs locaux », signale la chambre.
Les conditions d'une collecte bio
« Le prix du lait payé par Biolait est un prix déconnecté de la grille de prix Criel, a indiqué Marie Couval, éleveuse dans l'Allier et administratrice de l'entreprise basée en Loire-Atlantique, lors de la réunion à Saint-Jean-d'Hérans. Il est calculé selon le principe suivant : prix payé par les transformateurs moins les charges de structure. A titre indicatif, le prix de base moyen payé en 2011 aux éleveurs adhérents de Biolait devrait être aux alentours des 410 euros par tonne, hors critères de qualité.
La durée du contrat proposé par Biolait est de sept ans pour les agriculteurs en conversion (deux ans de conversion et cinq ans en bio) ou cinq ans pour les agriculteurs déjà en bio comme pour les contrats à renouveler ».

« Si l'éleveur souhaite rejoindre Biolait, sa laiterie actuelle le libérera de ses engagements envers elle. S'il souhaite rester lié à sa laiterie actuelle, Biolait et la laiterie trouveront un accord pour collecter le lait », indique la chambre d'agriculture.
Toutefois, « cette collecte ne pourra avoir lieu qu'à deux conditions, a-t-il été signalé lors de la récente réunion de Saint-Jean-d'Hérans. Il faut atteindre un volume minimal de trois millions de litres de lait bio* et obtenir un engagement durable et solidaire des producteurs d'ici au 31 décembre prochain ».
« Sachant qu'il faut deux années de conversion, la collecte commencera au plus tôt fin 2013, explique Michel Gachet, éleveur laitier à Saint-Maurice-en-Trièves et tenté par le passage en bio depuis plusieurs années. Il faut que les producteurs y réfléchissent au plus vite, parce que c'est dès cet automne qu'ils devront adapter leurs pratiques, par exemple pour les achats, conditionnés à cette décision. Ma crainte aujourd'hui, c'est que l'on n'arrive pas à ces trois millions de litres de lait et que la collecte bio ne se fasse pas, alors que les entreprises se sont concertées et que les collecteurs actuels ne voient pas d'inconvénient à ce que des producteurs passent en bio, même si cela les oblige à réorganiser leurs collectes. Ce serait aussi dommage pour ceux qui ont déjà fait les démarches ».
L'occasion d'une remise en perspectives
« Quand on sait que les entreprises collectent dix fois moins de litres au kilomètre ici qu'en Bretagne, on a effectivement intérêt à pousser au diagnostic de conversion pour faire réfléchir, renchérit Bernard Clavel, éleveur à Saint-Sébastien. L'objectif de trois millions de litres de lait bio d'ici à la fin de l'année semble difficilement atteignable, même si le potentiel actuel serait déjà d'un million, et je ne cache pas qu'avec mes 490 000 litres, je fais face à une forte pression pour passer en bio. Mais je constate aussi que nous n'avons pas de tradition fromagère, donc pas d'opportunité de valorisation de ce côté. Tandis que nos pratiques ne sont pas éloignées de la bio. Donc cette piste est l'une des voies intéressantes et possibles pour mieux valoriser notre lait et nous devons l'étudier. Même si les collecteurs peinent à s'engager sur les prix et qu'un engagement sur cinq ans n'est pas anodin ».
La dernière réunion de l'union laitière du Trièves, le 25 mai, fut l'occasion pour Jean-Michel Bouchard, en charge du dossier à la FDSEA, d'affirmer le soutien du syndicat aux éleveurs locaux dans cette période stratégique. « Les gens ont tendance à y aller à reculons, car ils ont peur de se retrouver sans rien, ou que le prix payé ne soit pas à la hauteur des efforts qu'ils ont consentis. Et il est vrai qu'il faut prendre le temps de la réflexion afin de pouvoir se retourner en cas de pépin. Nous serons justement là pour aider les laitiers à interroger leurs systèmes, car ce n'est pas avec le beurre ou la poudre qu'ils vont s'en sortir. Dans ce territoire sans IGP, la bio peut être une façon de se démarquer ».
Cécile Fandos
*« Au vu de la moyenne de production par exploitation (230 000 litres), environ quinze exploitations du secteur devront s'engager dans le projet pour répondre à l'objectif de volume fixé par Biolait », indique la chambre d'agriculture.
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Le diagnostic de conversion, un outil d'aide à la décision
Les éleveurs qui souhaiteraient évaluer, par une approche technique et économique, la possibilité d'une conversion à l'agriculture biologique de leur exploitation peuvent faire appel à la chambre d'agriculture et à l'association pour le développement de l'agriculture dans l'Ain, l'Isère et les deux Savoie (Adabio). « Nous avons fait le diagnostic de conversion il y a deux ans. A l'époque, comme il n'était pas question de collecte bio sur le territoire, nous avions arrêté là notre réflexion. Il en va différemment aujourd'hui, témoigne Michel Gachet, éleveur bovin laitier avec son fils à Saint-Maurice-en-Trièves. Cet outil permet de se poser les bonnes questions quand on a un projet en la matière. Elles recoupent les interrogations que nous avons aujourd'hui, notamment autour de l'autonomie fourragère, et surtout en termes de revenu. On peut ainsi se demander s'il faut faire 25 % de lait supplémentaire ou bien être payés 25 % de plus, et pour les deux hypothèses, quelles sont les charges associées ». Le diagnostic nécessite cinq jours de travail répartis entre les deux organismes et coûte 100 euros à l'éleveur.
Adabio et chambre d'agriculture
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Une visite de terrain le 28 juin
Pour mieux se positionner par rapport aux opportunités qui se présentent, il est toujours intéressant d'examiner la façon dont des projets similaires ont vu le jour chez ses voisins. C'est pourquoi les organisations professionnelles agricoles impliquées dans le projet de collecte par Biolait dans le Sud-Isère proposent une visite du Gaec de la Daille, situé à Lans-en-Vercors et passé en bio lors de la création d'une filière bio par Vercors lait. Elle aura lieu le 28 juin prochain, le matin.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------