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Etre accueillant, explicatif et compréhensif

Jean-Pierre Beaudoin, conseiller stratégique chez Burson Cohn & Wolf, anime la web formation " Voisinage en campagne : enfer ou opportunité " proposée par Passion Céréales, le jeudi 6 juin*.
Etre accueillant, explicatif et compréhensif

Existe-t-il un principe à la base d'une bonne communication avec ses voisins ?

Il convient avant tout d'éviter tous les non-dits et les malendtendus qui sont sources d'incidents.

Comment abordez-vous la question du voisinage dans le cadre de cette formation ?

La première question à se poser est de savoir qu'est-ce qu'un voisin ? La demande principale, dans le cadre de ce tutoriel avec Passion céréales, concerne les nouveaux voisins. Ce sont des personnes issues du milieu urbain qui s'installent à la campagne. Elles arrivent avec des idées en tête qui ne correspondent pas à la réalité. Il faut tenir compte de ces clichés et les aider à découvrir la vie en milieu rural. Les agriculteurs sont là depuis des générations et ils peuvent aider ces personnes à mieux découvrir leur environnement. Ils ont en main une histoire, un territoire, un patrimoine. Souvent, on parle d'une région à travers une production phare, comme la noix de Grenoble par exemple.

Quels conseils délivrez-vous ?

Il faut faire de l'accueil. Considérer la situation des urbains qui arrivent et qui souvent ne savent pas où ils arrivent. lls ont trouvé un lieu qui leur convient, qui répond à leur désir d'être à la campagne, mais qu'il faut les aider à découvrir. L'agriculteur doit chercher comment accueillir le nouvel arrivant, sans être intrusif.

Mais ce n'est pas toujours facile d'aller vers l'autre ?

C'est justement ce que le nouvel arrivant ne saura pas faire. De plus , il n'a pas accès à la connaissance du lieu et celui qui peut le mieux lui enseigner la lecture de ce lieu, c'est l'agriculteur.

L'agriculteur ne souffre-t-il pas d'une image dégradée ?

L'image de l'agriculteur reste positive. C'est l'image de l'agriculture qui est dégradée. Car aujourd'hui, il y a un désir urbain d'être agriculteur. L'agriculture entre en ville et ce n'est pas un hasard. On fait pousser des salades sur les toits des immeubles et on crée des fermes urbaines où poussent des fraises en conteneurs...

Comment procéder ?

Il s'agit de trouver les moyens de créer un lien. Cela passe d'abord par le traitement des frictions. Faire la connaissance de ses voisins à l'occasion de frictions est un mauvais départ. Un mot dans la boîte aux lettres, un sms, une adresse mail permet à l'agriculteur d'expliquer ce qu'il va faire, pourquoi il va le faire, sur un ton courtois. Il apprendra quelque chose au nouvel arrivant et cela donnera du sens à ce qu'il fait. Personne n'aime les épisodes désagréables qui n'ont pas de sens. Il faut aussi comprendre que l'autre est différent et comprendre comment il fonctionne.

Le tutoriel est-il étayé d'exemples concrets ?

Oui, car il existe des sujets difficiles, comme le tracteur et le pulvé qui projette des choses, mais on ne sait pas quoi. Le sujet du traitement des cultures est récurrent. Les gens ont le sentiment que ce sont des produits dangereux. Les activités qui génèrent de la poussière et du bruit sont aussi mises en avant. C'est vrai qu'il faut éviter de faire du bruit le week-end à 8 heures du matin, ou alors, il faut prévenir, se connaître avant.

Est-ce que les conseils que vous donnez sont applicables à toutes les relations de voisinage ?

Dans le milieu agricole, il existe aussi de vieilles rancœurs et des histoires de famille qui réclament un autre traitement. Dans toute relation de voisinage, il faut être accueillant, explicatif, et compréhensif. Mais il existe des limites. Lorsqu'un voisin devient agressif, c'est non. Il y a un moment où il faut aussi utiliser le droit, car il existe des comportements agressifs vis-à-vis des agriculteurs qui relèvent de la sanction judiciaire. Quand il y a agressivité, il faut d'abord la signaler, puis faire appel à un médiateur et sinon, faire appliquer le droit.  L'agriculteur n'a pas vocation à être une victime, mais il n'a pas non plus vocation à rendre victime son voisinage de ce qu'il fait.

Propos recueillis par Isabelle Doucet

*Tuto'com « Voisinage en campagne : enfer ou opportunité », web-formation gratuite proposée par Passion céréales, jeudi 6 juin à 11h. Inscription : www.passioncereales.fr