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Orages

Evacuer les noyers, panser les plaies

Gérer l'après. Tous les moyens se mettent en œuvre pour aider les exploitations sinistrées par l'orage du 15 juin, à commencer par des interventions lourdes sur la noyeraie.
Evacuer les noyers, panser les plaies

Dès le 16 juin, les tronçonneuses allaient bon train pour déblayer les routes des arbres qui étaient tombés à terre. Et le scénario s'est répété le 2 juillet après l'orage et le coup de vent de la veille. Pour certains, l'épisode n'est pas sans rappeler la tempête des 7 et 8 novembre 1982 qui avait ravagé près de 50 000 noyers dans le Sud-Grésivaudan, soit 10% de la noyeraie de l'époque.

Dans la vallée de l'Isère, touchée le 15 juin dans sa partie basse et le 1er juillet dans sa partie haute, l'heure est au bilan d'un côté et à la mobilisation de l'autre. Dans l'attente des déclarations d'état de catastrophe naturelle pour tous et de calamité agricole pour les exploitants, le Conseil de l'agriculture départementale ou CAD de l'Isère, s'est réuni le 3 juillet pour faire le point sur la capacité de soutien aux exploitations concernées.
« Les nouveaux sinistrés doivent se faire référencer dans leur commune, les autres, attendre le passage de la commission d'enquête pour remplir les dossiers », précise Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère.

Recenser les besoins

L'organisme consulaire a envoyé un courrier à tous les nuciculteurs pour mettre en place une aide collective afin de sortir les arbres et les branches à terre et de relever les noyers qui peuvent l'être. Le président de la chambre met en garde contre les entreprises qui auraient tendance à faire grimper le prix du tuteur. Les retours, attendus pour ce 11 juillet, permettront d'évaluer combien de piquets de châtaignier sont nécessaires pour pouvoir passer des commandes groupées à des prix de marché. Il s'agit de relever plusieurs milliers d'arbres, à raison de un à deux piquets de trois mètres par arbre : le volume est gigantesque.

Par ailleurs, la chambre d'agriculture s'est rapprochée de Fibois, l'interprofession de la filière bois pour établir une liste des professionnels pouvant intervenir pour les travaux de débardage et de broyage des noyers. « Nous souhaitons référencer ce qu'il reste à faire », indique Jean-Claude Darlet. Relever, débiter, mais aussi désoucher, il y a du pain sur la planche. « Pour les souches, il y a trois solutions : soit les broyer sur place, mais il convient d'être prudent en raison des risques de pourriture des racines, soit les arracher, mais cela nécessite l'emploi d'un treuil ou d'une pelle, ou encore les mettre en bordure de champ dans des bennes pour les évacuer et les broyer ensuite. Nous avons donc aussi besoin d'évaluer ce volume », ajoute le président de la chambre d'agriculture.

Des soutiens et des engagements

Pour le volet assurantiel, le Département, conformément à ses engagements, a lancé un état des lieux de la noyeraie par drone. Un secteur de 7 000 hectares est à cartographier. « Mais cela ne concerne pas la zone touchée le 1er juillet », précise Jean-Claude Darlet. En attendant une prochaine réunion de tous les membres du CAD et des acteurs associés (collectivités, banques, assurances etc.) qui doit se dérouler le 12 juillet à Tullins, certaines enveloppes de soutien ont déjà été débloquées.

Le département a voté 400 000 euros dont 100 000 seront dédiés à la cartographie de la zone sinistrée par drone et une autre partie au déblaiement des arbres sur la base des réponses arrivées à la chambre d'agriculture. La collectivité s'est aussi engagée à apporter une aide sociale si nécessaire. La Région a également promis six millions d'euros d'aides. Les banques ont mis en place des système d'accompagnement, notamment par le report de prêt. De nombreux éléments, comme la demande d'aides FAC(1), sont encore à prendre en compte et feront l'objet de la réunion du 12 juillet.

« C'est une année chargée en catastrophes. La sécheresse, puis le gel en début d'année, l'eau, le vent, la grêle ont touché un territoire important, commente Jean-Claude Darlet. D'après les assureurs(2), la région Auvergne-Rhône-Alpes est la plus touchée par les conséquences du changement climatique. »

Isabelle Doucet

(1)Fonds d'aides calamités

(2)Assemblée générale de Groupama Isère du 29 juin dernier.

 

Innovation / L'entreprise VR3D à Barraux a un mois pour cartographier 7 000 ha de noyeraie.

Des drones pour cartographier les dégâts

C'est une première en France : 42 communes et 7 000 hectares à cartographier en un mois, c'est du jamais vu. La mission a été confiée à la jeune entreprise iséroie VR3D créée en 2018 à Barraux. « Nous intervenons à la demande du ministre de l'Agriculture que nous avons rencontré lors de sa visite en Isère à Montagne le 17 juin dernier », explique Romain Mandier, le fondateur de la société. L'entreprise s'est fixé de recenser les données d'une commune par jour. « Ce qui nécessite des moyens et des engagement importants : une flotte de drones et des télépilotes sur le terrain », précise le dirigeant. Pas moins de 20 engins et 18 personnes sont mobilisées dans le Sud-Grésivaudan pour remplir cette mission financée par le Département avec l'appui de Groupama. L'état des lieux se fait uniquement sur les dégâts de l'orage du 15 juin et les zones déclarées à la PAC. « Certaines communes, comme Tullins et Saint-Lattier ont été touchées à la fois le 15 juin et le 1er juillet et bénéficeront donc des relevés des deux épisodes », commente Romain Mandier.
L'entreprise, qui a le statut de géomètre par drone, est une des rares en France à pouvoir proposer ce type de prestation cartographiques et relevés 3D avec des relevés certifiés.
Les renseignements fournis permettront  « de positionner les arbres couchés ou retirés et de les comptabiliser ». Au regard des premières communes cartographiées, les dégâts peuvent être très importants, mais varient d'une parcelle à l'autre. « Certaines ont plus de 50% de noyers à terre. Sur une parcelle qui comptait une centaine de noyers, il n'y en a plus un debout », constate de spécialiste. 
ID

 

Le CAD Kesako ?

Le Conseil de l'agricuture départementale (CAD) de l'Isère réunit les organisations professionnelles agricoles de l'Isère : FDSEA et JA, chambre d'agriculture, Crédit agricole Sud Rhône Alpes et Centre-Est, Groupama, MSA, Cerfrance, Dauphidrom, La Dauphinoise et la Safer. Son assemblée peut être élargie. Les statuts de cette association gérée par les agriculteurs et pour les agriculteurs seront bientôt déposés et son objet défini. Elle a pour ambition d'être déclarée d'intérêt général et de pouvoir récolter des fonds défiscalisables dédiés à la solidarité en cas de coup dur : sécheresse, calamité agricole, problèmes sanitaires etc.