Evolutions douces en milieu rural
Il n'y a plus de sous. Pour rien, nulle part. Partout, les caisses sont vides. Et pourtant le profil des villages évolue. Ici, une mairie fait peau neuve, là une piscine se construit, une crèche intercommunale ouvre ses portes, une maison de services au public sort de terre. Autant de petites bonnes nouvelles qui changent le quotidien des habitants, y compris dans les communes les plus modestes. Début avril, Charnècles inaugurait ainsi son nouvel « espace inter-générationnel », un terrain multisport pensé pour être un « lieu pour se rassembler, un lieu pour jouer, un lieu pour apprendre, revendique la maire de la commune, Marie-Ange Chêne. C'est un lieu de vie tout simplement ». Les faits lui donnent raison. Très fréquenté depuis sa mise en service en janvier, le nouvel espace voit se côtoyer chaque jour gamins et bouts de chou, paisibles joueurs de pétanque et jeunes accros du mini-stade.
Bien-vivre ensemble
« Garant d'un bien-vivre ensemble » selon l'expression de l'un des élus qui a suivi les travaux, ce projet a pu voir le jour grâce à la conjonction favorable de plusieurs planètes financeuses : les enveloppes de quatre parlementaires, une aide du Département, une autre de la Région et un gros coup de pouce de l'Etat (20% des dépenses éligibles), au travers de la dotation d'équipements aux territoires ruraux (DETR). Fruit de la fusion entre la dotation globale d'équipement (DGE) et de la dotation de développement rural (DDR), cette baguette magique est activée chaque année par le préfet, après validation par une commission départemenentale d'élus. En 2017, elle a permis de financer (pour partie) près de 350 projets isérois, pour un montant de plus de 11 millions d'euros.
Dans la liste des chantiers financés, on trouve des travaux de sécurité, des équipements communaux, la construction ou la rénovation de salles à vocation scolaire ou sportive, parfois une maison intercommunale de santé (la dernière date de 2014) ou encore des opérations en faveur du développement économique et touristique (pépinières d'entreprises, construction ou aménagement de locaux commerciaux dans le cadre du maintien du dernier commerce, équipements et produits touristiques, ingénierie...). Certains projets sortent du lot, comme à Chasselay, où la municipalité mise sur la présence de sa toute nouvelle auberge pour redynamiser le cœur du village (voir encadré). Point commun entre toutes ces opérations : maintenir de la vie et des services en milieu rural. Cela étant, des directives sont données chaque année par l'Etat, qui conduisent les préfets à instruire certains projets plutôt que d'autres. C'est ainsi qu'en 2017, l'accent a été mis sur la rénovation thermique des bâtiments et l'accessibilité des établissements aux personnes à mobilité réduite, tandis que la priorité a été donnée aux établissements scolaires en 2018
Coup de pouce aux projets structurants
Cette politique pragmatique fait souvent grincer les dents des élus locaux, qui dénoncent depuis plusieurs années la contraction drastique de la dotation globale de fonctionnement (DGF) des communes. « La DGF a baissé : c'est incontestable, reconnaît un haut fonctionnaire sous couvert d'anonymat. Mais dans le même temps, les enveloppes spécifiques, comme la DETR, ont augmenté. » Et d'autres ont fait leur apparition, comme le Fonds de soutien à l'investissement public local (FSIL), une ligne de financement créée en 2016 dans le cadre des nouveaux contrats de ruralité. En 2018, cette enveloppe a été dotée de 73,2 millions d'euros pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, dont 13,8 millions pour l'Isère. Elle est réservée aux collectivités territoriales qui ont signé un contrat de ruralité avec l'Etat dans le but de « soutenir des projets structurants pour le territoire » (accès aux services publics et de soins, revitalisation des bourgs centres, mobilités locales, déploiement du très haut débit, cohésion sociale, transition écologique et énergétique). « L'Etat ne veut plus financer les frais généraux, mais il veut subventionner des projets concrets dans les territoires », justifie le haut fonctionnaire.
Et les territoires l'ont vite compris. En Isère, une petite dizaine d'intercommunalités (1) ont signé ce type contrats pour la période 2017-2020. « Une bonne échelle de temps » pour pouvoir mettre en œuvre les projets, estime René Porretta, le président de la communauté de communes des Collines du Dauphiné, qui entend conduire 26 chantiers sur la période. Parmi les dossiers finançables, nombreux sont ceux qui concerne la revitalisation des centres-bourgs. Les changements sont rapides. Samedi dernier, le Grand-Lemps a fêté son nouveau cœur de village grâce à un contrat de ruralité signé début 2017. La voie principale, désormais 100% accessible, a été réaménagée en faveur des piétons et des personnes à mobilité réduite. Mais le champ des opérations éligibles au FSIL dépasse largement le cadre des aménagements urbains. Il s'étend à la rénovation thermique, la mise aux normes et la sécurisation des équipements publics, la création, la transformation ou la rénovation des bâtiments scolaires, les travaux visant à renforcer l'autonomie énergétique des bâtiments communaux ou intercommunaux, le développement des infrastructures en faveur du logement, de la mobilité, du numérique et de la téléphonie mobile, ainsi que le déploiement des énergies renouvelables. Une opportunité à saisir pour les porteurs de projet.
Marianne Boilève
(1) Bièvre-Est, Bièvre Isère Communauté, Vals-du-Dauphiné, Oisans, Collines-du-Nord Dauphiné, massif du Vercors, Pays voironnais, ViennAgglo...
Chasselay / La petite commune des Chambaran a porté seule un ambitieux projet d'auberge-gîte-bar-épicerie, en partie financé grâce à la dotation d'équipements aux territoires ruraux. Une réussite exemplaire.