Explosion de blaireaux
On les appellera MV et JG*. Leurs caractéristiques ? Ils sont voisins de parcelles et produisent des céréales, cette année essentiellement du maïs, leur rotation voulant ça. Jusqu'au début juillet, tout allait bien. Mais depuis 15 jours, tous les jours, il y a du nouveau sous forme de saccages desdits maïs par les blaireaux. « Regardez, il n'y a rien à faire, les clôtures que m'ont financées les chasseurs sont efficaces pour les sangliers, mais pour les blaireaux, c'est comme si elle n'existaient pas », constate amèrement MV. Pourtant, elles lui demandent du travail : d'abord la pose autour des parcelles, mais aussi des passages réguliers avec la débroussailleuse pour éviter toute mise à la terre. « Cela fait cinq ou six passages que je fais, c'est lent, fastidieux et fatigant.» Et en pure perte contre les blaireaux, car l'animal passe dessous et ne craint visiblement pas les fils électrifiés. Pourtant, vue de la route, la parcelle n'a pas d'aspect particulier. « Ils ne s'attaquent pas aux rangées du bord, ils préfèrent pratiquer une éclaircie au milieu de la parcelle comme s'ils voulaient ne pas être vus », s'amuserait presque JG. Le stade du maïs n'est pas encore à l'état laiteux, mais c'est bien suffisant pour attirer cet animal. JG explique : « un louvetier m'a enseigné à reconnaître les dégâts : le pied de maïs est couché et l'épis, lacéré puis bien nettoyé : c'est un blaireau. Si le pied de maïs est cisaillé puis couché et que l'épis est plus ou moins consommé, c'est du sanglier. Et ce dernier commence bien souvent par les rangées du bord avant de pénétrer dans la parcelle. »
Vênerie impuissante
Le maïs est en cours de formation, la saison va paraître longue aux deux voisins. Car le blaireau bénéficie d'un statut particulier ou plutôt inadapté à la situation. Il est classé gibier donc théoriquement chassable. Mais il ne sort que la nuit, c'est-à-dire à un moment où la chasse est interdite, même en pleine période d'ouverture. Hiatus. Les spécialistes de la question avouent ne rien comprendre à cette incongruité, sauf à vouloir rendre l'espèce totalement protégée sans le dire officiellement. Le blaireau est cependant chassable avec la méthode de vènerie sous terre, depuis le 15 mai. Mais les passionnés par cette pratique sont peu nombreux et un peu désarmés. Il faut trouver le bon terrier, bloquer le blaireau avec le chien, puis s'attaquer à creuser le talus avec pelle et pioche pour dégager l'animal. En pleine sècheresse et canicule, face aux mètres cubes de terre à remuer, il est illusoire de penser trouver des volontaires. Et la solution ne règle son compte qu'à un individu. Or, près des parcelles de MV et JG, le talus comporte l'entrée d'un terrier tous les mètres sur une bonne centaine de mètres. Beaucoup sont habités.
Un statut inadapté
« Cette année, c'est une désolation, s'exclame Patrice Girard, un des représentants agricoles de la FDSEA à la commission chasse de la préfecture. On va vers une catastrophe. Il y a une vraie prolifération. C'est la première fois que mon chien tue, en plusieurs jours, trois jeunes blaireaux au petit matin, près de mon exploitation. C'est signe que la population a explosé. Mais c'est normal, cet animal n'a pas de prédateurs et le seul qui pourrait le réguler, l'homme, ne le fait pas, ou ne le peut pas. Si on demande un arrêté préfectoral pour stopper des dégâts grâce à l'action des louvetiers, cela passe devant une commission préfectorale, puis exige une enquête publique et du coup des environnementalistes, toujours devant leur ordinateur, s'opposent. On n'avance plus. Il y a les dégâts importants aux cultures, mais bientôt nous assisterons à un retour de la tuberculose dans les troupeaux des exploitations. Les blaireaux en sont porteurs dans dans pluiseurs départements au nord de la France, on y aura droit. Je le dénonce à toutes les réunions préfectorales auxquelles je participe. »
Du côté de l'Administration, compréhensif, on reste prudent sur le sujet en raison de la veille des environnementalistes. « Si les dégâts sont importants et révêtent un caractère d'urgence, nous pouvons envoyer un louvetier faire un constat et décider de la suite à donner. Il y a des solutions mais elles sont étroites », reconnait-on.
* En raison de la surveillance exacerbée des environnementalistes qui empêchent toute régulation raisonnable de l'espèce, nous avons préféré garder seulement les initiales des témoins afin de ne pas attirer l'attention sur des endroits précis. L'explosion de la population de blaireaux concerne tout le département.
Jean-Marc Emprin