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Ferme Déphy

« Faire évoluer les rotations »

A cheval sur l'Ain et l'Isère, l'exploitation céréalière des époux Galland est en pleine réflexion quant à l'évolution de ses pratiques.
« Faire évoluer les rotations »

« Ce qui fait grimper l'IFT total, ce sont les herbicides. Mais que faire ? », interroge Marc Galland, céréalier à Chavanoz dans la Boucle du Rhône. Avec son épouse Christiane, ils exploitent 100 hectares dans l'Ain et 78 ha en Isère. Ils font partie des quatorze exploitations qui ont choisi de rejoindre le réseau des fermes Déphy piloté par la Maison François Cholat. Les questions qu'ils se posent lors du rendez-vous de printemps avec Vincent Lemaître sont concrètes : Implanter un couvert ? Eviter de faire maïs sur maïs ? Mais est-ce supportable d'un point de vue économique ? Eviter le soja et le tournesol à cause de l'ambroisie ? Le conseiller Déphy, Sylvain Lemaître, suggère de tester d'autres cultures. « On a essayé le blé dur, mais on a pris une claque, reprend Christiane Galland. Le blé dur sur blé tendre, ça ne passe pas.» Les rendements ne sont pas là, mais en revanche, le ray grass apprécie.

Evolution des rotations

En conjoncture délicate, les exploitants préfèrent procéder à des essais sur des petites surfaces ; pas plus d'une poignée d'hectares. Aujourd'hui, ils exploitent 120 hectares de maïs dont 98 sont irrigués. Les parcelles de l'Ain dégagent 120 quintaux, celles de l'Isère, 135 quintaux en moyenne. Marc et Christiane Galland réfléchissent à l'évolution de leurs rotations et à l'emploi de techniques de couverts végétaux. Pour l'heure 80% des surfaces est en rotation longue : maïs/maïs/maïs/maïs/soja/blé. Le reste, les terrains séchants, reçoivent blé/orge/colza. Ils envisagent de mettre de l'avoine et de la vesce derrière les blés. « L'orge et le soja, c'est bien pour les rotations, on est obligé, mais c'est une catastrophe économique », estime Marc Galland. Une des alternatives est de multiplier les variétés de maïs, une dizaine au total, qui permet de diluer le risque.

Regard sociétal

Soucieux du travail bien fait et de la propreté de leurs parcelles, les exploitants attendent beaucoup de la démarche Déphy et des échanges avec le groupe. « Nous souhaitons nous améliorer dans nos pratiques, réduire nos frais et avoir une meilleure image auprès de la population alentour. Nous sommes dans une zone urbanisée, aux portes de Lyon, confie Marc Galland. Depuis cinq ans, le regard sociétal a changé. » Les petits incidents se répètent : il s'est fait caillasser lorsqu'il a sorti l'épandeur à engrais en 2016 et apostrophé au moment où il passait le pulvé à la tombée du jour. Pas question de traiter près des habitations ou le week-end de crainte d'être encore montrés du doigt. Mais ils regrettent le manque de compréhension. « Les gens ne savent pas ce qu'on met sur les cultures », ajoutent-ils. Alors les céréaliers apprécient l'échange avec les autres producteurs : réunions au silo, en bout de champ, ils sont toujours partant. « Avec le réseau des fermes Déphy, on entre dans le vif du sujet. C'est bien de savoir ce qui se passe. Des réunions avec les autres agriculteurs se dégagent des choses positives, on avance ». Même si ce n'est pas leur chapelle, ils sont très attentifs à l'expérience du producteur bio. « Il y a des idées à prendre ».

Investissements

L'exploitation s'est récemment équipée d'une station de lavage du pulvérisateur. « On ferait encore plus si on en avait les moyens », reconnaît Christiane Galland. Car le couple réfléchit à l'achat d'une herse étrille. Un gros investissement. « Je voudrais aller voir des gens qui s'en servent », déclare l'agricultrice. L'exploitation ne fait pas partie d'une Cuma, mais détient du matériel en copropriété avec un voisin. « C'est moins compliqué », estiment-il. Ils sont aussi très intéressés par les nouveaux moyens de lutte contre la pyrale du maïs, à l'aide d'un drone, comme leur a annoncé Sylvain Lemaître.

Isabelle Doucet