Favoriser une culture de l'initiative
Dans les territoires, les élus locaux sont souvent interpelés par leurs concitoyens, surtout en période de crise. Mais ont-ils encore les moyens d'agir ?
Heureusement, nous avons encore un peu de pouvoir ! Si on en a envie, on peut faire des choses, même si les finances sont tendues. On voit beaucoup d'élus qui sont déprimés et disent qu'ils n'ont plus les moyens de rien faire. Mais je crois vraiment que, si on veut conserver l'échelon communal, il y a plein de choses à entreprendre. C'est une question de volonté politique. Le Percy est un petit village qui n'a pas de beaucoup de moyens, mais ça ne nous empêche pas d'avoir des idées et d'innover. Nous avons par exemple un centre de vacances de cinq hectares, avec 30 hectares de terres agricoles, qui appartient à la ville de Fontaine. Ce site n'est plus utilisé depuis une vingtaine d'années. De nombreux projets se sont succédés, mais aucun n'a abouti, car les bâtiments ne nous appartenaient pas. Comme ils se dégradaient et que des porteurs de projets avaient besoin de locaux, nous avons passé une convention avec Fontaine, qui nous a mis les bâtiments à disposition. Nous avons pu ainsi installer des activités (un apiculteur, une productrice de jus de fruit, une fabricante de pâtes, un artisan...) et plusieurs associations. Le site revit, mais tout cela est très précaire. Nous sommes actuellement en phase de négociation avec Fontaine pour acquérir le site, ce qui permettra d'installer des activités pérennes, de créer des logements, mais aussi de garder la maîtrise du foncier pour, à terme, favoriser l'installation d'un jeune agriculteur. Ce n'est pas gagné, nous allons devoir emprunter, mais nous le ferons dans une perspective de développement à long terme.
Comment travaillez-vous avec les habitants sur ce type de projet ?
J'ai bien conscience que c'est plus facile dans un petit village, mais ça reste compliqué. Ça prend du temps, ça ne s'improvise pas : une réunion de concertation, si on s'y prend mal, peut avoir un effet contre-productif. Ce que j'essaie de dire aux gens, c'est qu'il peuvent devenir acteurs. Par habitude, les gens attendent tout des élus. Ils ne veulent pas s'investir. On fait des réunions, on croit que tout le monde est au courant, mais on ne rend compte qu'il n'en est rien. C'est très frustrant. Du coup, quand on lance un projet, dans un premier temps, les gens critiquent. Ensuite ils voient ce qu'il en est vraiemnt et, souvent, ils finissent par défendre le projet auquel ils étaient opposés au départ. Un exemple : il y a quelques années, la municipalité a voulu construire des logements sociaux. Au début, les gens ont exprimé leur crainte. Mais une fois les logements construits, ils ont profité à tous les enfants du village qui souhaitaient prendre leur envol. Aujourd'hui, plus personne ne remet en cause ces logements. C'est pareil pour la médiathèque, le restaurant ou la salle de spectacle : ce sont tous des projets communaux qui, au départ, ont été un peu compliqués à monter. Mais aujourd'hui, tout le monde voit que ces équipements animent le village et qu'ils génèrent de l'activité.
Comment articulez-vous votre spécificité communale avec les autres échelons, la communauté de communes ou, plus largement, le CCDRA Alpes Sud Isère dont vous êtes chef de projet local ?
Ce qu'on fait dans un village, c'est une petite chose, mais c'est important, notamment en termes d'identité. Si, dans chaque commune, on parvient à instaurer cette culture de l'initiative, les gens seront sans doute plus motivés pour s'investir plus largement. Comment fédérer toutes ces énergies ? C'est là que je vois l'intérêt du Contrat de développement durable Alpes sud Isère, qui intervient à une échelle plus importante et permet de partager des projets. C'est parfois un peu perçu comme concurrent par les communautés des communes. Mais il ne faut pas oublier que le but du Contrat, c'est d'impulser un dynamisme, de faire passer des idées innovantes, d'inventer des choses qui profitent au territoire tout entier.