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Grenoble/Le Fontanil

Fermera, fermera pas ?

Abattoir / Evoquée déjà pour la fin du mois d'août, la décision quant à l'avenir de l'abattoir de Grenoble est reportée de quelques mois. Mais sans réel consensus des utilisateurs le couperet pourrait tomber. " Les utilisateurs doivent considérer l'abattoir comme un partenaire et non pas seulement comme un prestataire " explique Eric Rochas, éleveur à Méaudre. Des perspectives encourageantes pourraient se dégager.
Fermera, fermera pas ?
Il ne reste qu'à peine quelques semaines pour sauver l'abattoir de Grenoble. Ce dossier, économiquement compliqué et politiquement délicat, revient au devant de l'actualité depuis la semaine dernière au cours de laquelle deux évènements se sont télescopés. Le premier est l'annonce par Gérard Seigle-Vatte, président de la chambre d'agriculture de l'Isère et de l'Abag (l'association de gestion de l'abattoir de Grenoble) de la décision, le 30 novembre prochain, de continuer ou pas l'activité de cet outil industriel. Si la décision devait être négative, elle prendrait effet le 31 décembre.

Chacun doit s'y mettre
Cependant, le même jour, mardi 13 septembre, se réunissait également un comité des utilisateurs de l'abattoir sous la responsabilité d'Eric Rochas, éleveur et vendeur direct à Méaudre. « Nous avions arbitrairement invité une trentaine de personnes, reconnaît l'intéressé, choisies pour essayer d'avoir un panel représentatif des utilisateurs de l'abattoir : producteurs vendeurs directs, bouchers abatteurs, chevillards, membres de la communauté musulmane. Au total 45 personnes ont participé à cette réunion. Notre objectif est de retrouver du tonnage en faisant en sorte que chacun retrousse ses manches et s'implique dans l'affaire en cessant de considérer l'abattoir comme un simple prestataire, mais aussi et peut-être avant tout, comme un véritable partenaire ». Eric Rochas sait que ce n'est pas gagné : à part les éleveurs, nombreux sont les utilisateurs qui ne s'intéressaient pas, jusque-là, à l'avenir de l'abattoir, considérant sans doute qu'il serait toujours là. « La disparition de l'outil de La-Côte-Saint-André et la conservation de Grenoble n'est pas une décision économique, mais un choix purement politique, avance Alain Haret, membre de la chambre d'agriculture, représentant les montagnes du sud de l'Isère. La profession, à l'époque, n'a pas eu d'autre alternative que de suivre la décision imposée par le conseil général et la ville de Grenoble. Le choix pris par cette dernière est compréhensible vis-à-vis de l'importance de la communauté musulmane dans l'agglomération, mais aujourd'hui ce n'est pas aux agriculteurs d'en subir les conséquences ». Car l'abattoir de Grenoble est dimensionné pour traiter 10 000 tonnes de viande par an. Son équilibre se situerait aujourd'hui aux environs de 3 000 tonnes, qu'il n'atteint pas tout à fait. « Les producteurs vendeurs directs ont un besoin vital d'un outil de proximité, de préférence relevant du secteur public, avance Roland Badin, de Maubec, lui aussi utilisateur de Grenoble. Mais ce ne sont pas eux qui vont pouvoir doubler le volume qu'ils font traiter ».
Risque d'augmentation des coûts
Pour Eric Rochas, le salut viendra de deux façons : « D'abord, il faut recréer des liens entre les différents utilisateurs. La réunion de la semaine dernière a eu le mérite de rassembler des personnes qui ne se côtoient pas forcément, mais dont les intérêts à moyen ou long terme sont assez proches. Des producteurs et des bouchers ont pu prendre des contacts. De ces liens devrait découler une envie de faire les choses ensemble. Chacun s'est finalement aperçu que si l'outil disparaissait, tous y perdraient beaucoup, car une autre solution entraînerait inéluctablement une hausse des coûts d'abattage ». Roland Badin ne le cache pas : « J'étais utilisateur de l'abattoir de La-Côte-Saint-André. Par choix solidaire, je suis venu à Grenoble, mais cela m'a entraîné des frais supplémentaires. Aujourd'hui, si je devais encore changer, je n'ai pas d'autre choix que d'aller à Chambéry, seul abattoir multi espèces proche, mais je devrai alors passer obligatoirement par l'autoroute, et je pense que les frais d'abattage sont plus élevés là-bas ». Ces deux points sont soulignés par Eric Rochas : « Une étude commandée par la Région nous place dans les abattoirs les moins chers effectivement, et il ne faut pas oublier que les chaînes sont adaptées pour tuer bovins, ovins et porcins (et même d'autres espèces par dérogation, ndlr) ».
Si le lien de confiance est important pour consolider et faire progresser l'activité, deux acteurs peuvent jouer également un grand rôle. « La communauté musulmane voudrait mettre en place un système de traçabilité de la viande hallal, explique Eric Rochas. Et ses besoins sont importants». Un autre acteur, un chevillard, est également prêt à relocaliser une partie de son activité à Grenoble. « Globalement, nous pourrions atteindre le seuil critique nécessaire avec ces acteurs, sans nous appuyer sur les établissements Charveyron de La-Tour-du-Pin », estime le responsable agricole.
Reste à convaincre les financeurs publics que les projets d'adaptation techniques des bâtiments ne seront pas vains. La partie n'est pas gagnée. Christian Nucci, vice-président du conseil général, affirme que « la compétence des abattoirs est celle de l'Etat », et que l'assemblée départementale lors de ses interventions précédentes « avait fixé des seuils de tonnages à atteindre ».


Jean-Marc Emprin