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Stratégie

Filière longue et spécialisation maraîchère

Installé en maraîchage à Jarcieu depuis moins de deux ans, Baptiste Lemoine a fait le choix de la filière longue et de la production de volumes en se spécialisant dans les légumes à feuilles.
Filière longue et spécialisation maraîchère

« Je ne voulais pas me lancer dans une production sans avoir sondé le potentiel de commercialisation dans la région ». Lorsque Baptiste Lemoine a repris l'exploitation d'André Girard, à Jarcieu en 2014, il a d'abord commencé par une étude de marché avant de s'engager définitivement dans la production de légumes à feuilles en filière longue. Il a ainsi contacté les grossistes, les centrales d'achats et certaines grandes surfaces qui s'approvisionnent en direct. Le potentiel de l'exploitation et la promesse de débouchés lui ont permis de développer des arguments chiffrés auprès de sa banque. « La région, hors ceinture lyonnaise et zone maraîchère de l'Ain, est assez pauvre en production de légumes », poursuit le jeune homme qu'une volonté de rapprochement familial a conduit à Jarcieu, via le Répertoire départemental d'installation. Il souligne l'implication de la chambre d'agriculture et de Jean-Marc Vallet, de même que de la Safer, dans le dossier de reprise.

Jeunes pousses

Pour mener à bien son projet, il a mesuré les atouts de l'exploitation à reprendre : « Il y avait un beau potentiel, une situation géographique avantageuse et un contexte pédoclimatique intéressant. Nous sommes sur une terre riche qui tient la chaleur en été, avec des limons sablonneux argileux, qui offrent la possibilité de cultiver tout un panel de légumes. Il y a aussi deux hectares de fraises plein champ et j'ai démarré les cultures de fraises sous serre », déclare l'exploitant. S'il produit également de la tomate plein champ, du melon, des pommes et des poires du verger qu'il est en train de supprimer, son truc, c'est la mâche. Car dans son parcours, cet ingénieur agronome a travaillé pendant plusieurs années dans une grande exploitation maraîchère de l'Ouest de la France, d'où il a retiré une certaine expérience de la culture de jeunes pousses. Le marché étant au rendez-vous dans l'Est, il désire donc se spécialiser dans la production de légumes à feuilles : mâche, salades, épinards. La production 2015 s'établit à 250 000 salades et 2 tonnes de mâches. Elle grimpera en 2016 à 700 000 salades, 15 tonnes de mâche et 30 tonnes d'épinards.

Partenariats

Sa stratégie se décline en trois points. Il a d'abord noué un solide partenariat avec l'entreprise Giraud Fruits, à Bellegarde-Poussieu, qui a toujours assuré les expéditions des fruits de l'exploitation. Mais désormais la relation s'est élargie à la commercialisation de légumes. « Nous avons rencontré ensemble les responsables des centrales d'achat du quart Sud Est de la France qui ont été séduits par notre projet. Ils se sont engagés à offrir des débouchés pour la saison 2016. Ainsi, la GMS représentera les trois quarts des volumes de l'exploitation. Par ailleurs, j'ai aussi développé des partenariats avec la GMS locale indépendante ». C'est la méthode de Baptiste Lemoine : le contact direct et la spécialisation de chacun dans son métier, producteur, expéditeur, commerçant. Même sur une filière longue, l'exploitant joue la carte de la proximité. Les grandes enseignes apprécient de pouvoir commercialiser en Rhône-Alpes un légume produit dans la région.

Sa deuxième carte est la production à grande échelle. « La filière longue offre des débouchés importants en termes de volumes. En spécialisant l'exploitation sur quatre à cinq produits et en développant la mécanisation, je maîtrise les charges », poursuit-il.
Le dernier volet de sa stratégie porte sur les investissements. Comme pour une start-up, il a financé son décollage par de l'emprunt. La reprise de l'exploitation (27 hectares dont une toute petite partie en propriété et un bâtiment agricole) s'élève à 65 000 euros. Mais ce n'est qu'un début. L'exploitation est amenée à grossir de façon significative, à la faveur de surfaces qui se libèrent courant 2016. Avec ce projet novateur en filière longue et en agriculture conventionnelle, l'exploitant s'est d'abord montré discret, avant de faire ses preuves. « Nous avons fait un effort pour nous intégrer. Il y a deux ans, le projet de reprise de nouvelles terres ne se serait sûrement pas fait. Mais j'ai un parcours qui rassure ». L'extension de l'exploitation permettra d'allonger les rotations et ainsi éviter le développement de maladies. A l'investissement foncier s'ajoute celui en matériel : planteuse à salade, semoir Monosem spécialisé en maraîchage, tracteur maraîcher, récolteuses de jeunes pousses, sableuse. Enfin, 8 000 m2 de serres multichapelle seront construites en juin pour la mâche et la fraise. L'objectif est de produire 50 tonnes de fraises sous serre et en plein champ. L'investissement s'élève à 180 000 euros.

D'autres investissements

Le chef d'exploitation vient de recruter son troisième salarié permanent. Il emploie à l'année une douzaine d'équivalents temps plein. Les plantations de salades et épinards en plein champ débutent au mois de février pour être récoltées à partir d'avril. Sous serre ou en plein champ, la mâche, semée et non plantée, est récoltée à la main durant l'hiver. Puis elle laisse la place aux légumes d'été comme les melons ou les tomates. Les derniers légumes sont les salades et les épinards. Sous serre ou en plein champ, ils concluent l'année jusqu'au mois de décembre.
Le maraîcher prévoit d'autres investissements comme la construction d'un atelier de lavage et la modernisation du conditionnement. Il a aussi un projet de reprises de terres en bio. « C'est une vision différente de la production », reconnaît Baptiste Lemoine qui a conjugé l'opportunité d'un marché à prendre, la technicité et une démarche entrepreneuriale. 

Isabelle Doucet