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Isère

Gaz de schiste : la moitié du département concernée

ENVIRONNEMENT/ Si deux projets de permis de recherches pour le gaz de schiste concernent le nord de la région Rhône-Alpes et du département de l'Isère, un permis plus large, portant le nom de la commune iséroise de Montfalcon et couvrant la moitié nord du département, est actuellement en cours d'instruction.
Gaz de schiste : la moitié du département concernée
5 792 kilomètres carrés. C'est la surface totale concernée par une demande de permis exclusif de recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux - comprendre gaz et/ou huile de schiste - par la société BNK France auprès du ministre chargé des mines. Un permis qui porte le nom de la commune de Montfalcon (canton de Roybon) mais qui concerne plusieurs départements : l'Isère, l'Ain, l'Ardèche, la Drôme, le Rhône et la Savoie.
Un permis demandé pour cinq ans
Déposé le 3 novembre 2010 par BNK France, société ayant son siège social à Paris et créée le 28 octobre de la même année par une entreprise californienne (BNK Petroleum), ce permis de recherches, dit de Montfalcon, est toujours en cours d'instruction. Selon un rapport complémentaire de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) Rhône-Alpes, publié sur le site du collectif "Non au gaz de schiste Lyon", ce dossier a été transmis au préfet de la Drôme, par le ministre de l'Economie, des finances et de l'industrie, ministre chargé des mines.
L'avis de la Dreal Rhône-Alpes a ensuite été sollicité par le préfet drômois concernant la recevabilité de ce permis dont la durée de validité, s'il est octroyé, serait de cinq ans. Cinq années au cours desquelles quatre phases seraient mises en oeuvre. La première concernerait une évaluation géoscientifique et des études préliminaires pour confirmer la présence, la continuité et la qualité du gisement de gaz de schiste. La seconde phase, lancée seulement en cas de résultat positif à la phase un, consisterait à forer deux puits pour faire des essais de production et de fracturation.
Enfin, les troisième et quatrième étapes prévoiraient le forage de deux autres puits ainsi que la réalisation de tirs sismiques pour préparer le forage d'un puits horizontal ainsi que des essais de production et la stimulation par fracturation hydraulique du puits.
La loi contrecarre certains projets
Problème : cette méthode, la fracturation hydraulique, est aujourd'hui interdite par la loi (lire ci-après). Une loi promulguée suite à la contestation née de l'octroi de plusieurs permis de recherches en mars 2010, notamment à Montélimar, au sud de Valence et au nord de Montpellier et à Villeneuve-de-Berg (Sud-Ardèche). En février dernier, plusieurs milliers de personnes avaient d'ailleurs manifesté contre ces projets en Ardèche.
Ainsi, si en février le rapport de la Dreal Rhône-Alpes déclarait le permis dit de Montfalcon comme complet et recevable, la donne a désormais changé. Jean-Luc Carrio, chef de l'unité biodiversité et ressources minérales à la Dreal Rhône-Alpes assure qu'aujourd'hui « nos services ne se déclarent pas compétents sur la suite à donner à ce permis ». Et du côté du Bureau exploitation-production des hydrocarbures (BEPH) en charge de l'instruction des dossiers au sein du ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, impossible d'en savoir plus. Rien ne filtre.
Les élus s'interrogent
Pourtant, localement, les questions sont dans tous les esprits. Notamment à Montfalcon, petite commune de 130 habitants située dans le canton de Roybon. « Je n'étais pas du tout au courant qu'un tel permis de recherches avait été déposé au nom de ma commune, constate avec surprise le maire, Frédéric Bret. Personne ne m'a informé de tout cela, ni l'entreprise dépositaire du permis, ni l'administration française ».
Même constat du côté de Marcel Bachasson, président de la communauté de communes de Roybon. « Si la zone de recherches s'étale sur plus de 5 000 kilomètres carré, pourquoi avoir utilisé le nom de Montfalcon ? Je suis fondamentalement contre ce type de recherches. Je vais d'ailleurs demander aux maires de la communauté de communes de prendre une délibération contre. Les forages ne sont pas sans conséquences sur la nature et la pollution des eaux serait immédiate. Economiquement, le gaz de schiste peut être une richesse, c'est vrai, mais il n'y a aucune assurance que cela soit fait proprement. C'est pour cette raison que nous ne laisserons pas faire cela ». Une position sur laquelle s'accorde Serge Revel, vice-président du conseil général de l'Isère en charge de l'environnement. Au courant d'éventuelles recherches mais pas de l'instruction de ce permis, il déclare « être farouchement opposé à l'exploration du gaz de schiste. Il est hors de question que cela se mette en place et je vais en parler avec mes collègues conseillers généraux pour prendre des délibérations. Il faut axer nos recherches sur l'énergie propre et travailler en premier lieu sur les économies d'énergie. C'est capital. Si les pouvoirs publics décidaient d'accorder ce permis, ils se trouveraient face à une telle levée de bouclier qu'ils feraient mieux d'abandonner le projet tout de suite ».
Lucile Ageron
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Le gaz de schiste : qu'est-ce que c'est ?
Le gaz de schiste est un hydrocarbure emprisonné dans des roches sédimentaires argileuses (appelées schistes), et situé entre un et trois kilomètres de profondeur. Ce gaz est dit non-conventionnel car il reste piégé dans la roche. Cette imperméabilité empêche son extraction par des moyens classiques et nécessite des forages horizontaux et une fracturation hydraulique de ces roches profondes. Cette dernière méthode consiste à injecter de grandes quantités de fluides liquides (ensemble de composantes chimiques) à haute pression, afin de briser la roche et d'en extraire ensuite le gaz. Celui-ci remonte alors à la surface à travers un tube en acier puis rejoint un gazoduc.
Selon l'Agence internationale de l'énergie, la France serait avec la Pologne, le pays européen aux ressources en gaz de schiste les plus importantes. Les bassins les plus riches sont le bassin parisien et le Sud-Est, là où ont été délivrés les permis d'exploration. Pour l'instant, trois permis ont été accordés sur une surface totale de 9 672 kilomètres carrés pour les départements de l'Ardèche, la Drôme, le Vaucluse, le Gard, l'Hérault, l'Aveyron et la Lozère, pour des durées de trois à cinq ans.
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Que dit la loi ?
Le débat sur la recherche du gaz de schiste est né du fait de la raréfaction des réserves en hydrocarbures et de la dépendance énergétique de la France. Mais surtout des permis accordés en mars 2010 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Ecologie.
Suite à différentes manifestations, notamment en Ardèche, le Gouvernement a réagi et une loi interdisant l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages, suivis de la fracturation hydraulique de la roche, a été promulguée. Cette méthode étant jugement hautement polluante, les titulaires de permis délivrés ont deux mois pour préciser leur méthode d'exploration. S'ils veulent continuer à utiliser la fracturation hydraulique, leur permis risque d'être annulé.
Quels sont les risques pour l'environnement ?
Selon le site internet du ministère de l'Ecologie, du développement durable, des transports et du logement, il y a deux conséquences à l'exploitation des gaz de schiste. La première, qui est ressentie à échelle mondiale, est celle de l'augmentation de l'effet de serre due à la consommation de gaz. La seconde conséquence est plus locale avec des risques de pollution des nappes souterraines par manque d'étanchéité des forages, et de pollution des sols. De plus, la consommation d'eau s'élève à 15 000 à 20 000 mètres cube par puits. Autre point à prendre en compte : l'implantation des machines à forer et des installations connexes qui peuvent émettre du bruit et avoir un impact important sur le paysage.
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