Hector Berlioz, héros immortel de La-Côte-Saint-André
Sacré Berlioz l'an dernier, sacré roi Hector cette année. Pour célébrer le 150ème anniversaire de la disparition du roi de la démesure et de l'audace musicale, le festival Berlioz s'est lancé dans un projet insensé : monter Les Troyens, un « gigantesque » opéra en cinq actes, et articuler autour un programme hors du commun, exclusivement orchestré à La Côte-Saint-André, berceau du compositeur.
Cheval de Troie isérois
Le ton est donné dès le début du festival, le week-end des 17 et 18 août. Clin d'œil à l'Enéide, lecture qui enflamma l'imagination du jeune Berlioz, la grande fête d'ouverture aura pour décor un village troyen joyeusement fantaisiste, installé dans le parc Allivet. Le public pourra y découvrir quelques « méditerranées musicales », selon la belle expression du compositeur, et déguster les spécialités « locales » (iséroises et grecques), tout en s'initiant au tir à l'arc ou au syrtos. S'ensuivra une nuit de fête et de danse, autour d'un cheval de Troie haut de six mètres, construit pour l'occasion avec les meilleurs bois de l'Isère. A l'intérieur, que l'on se rassure, point de héros grecs impatients d'en découdre, mais des musiciens prompts à faire danser les festivaliers.
L'héroïsme - thème cher à Berlioz - s'invitera au premier grand concert du festival, le 20 août. La soirée s'ouvrira avec la Symphonie n°3 en mi bémol Majeur de Beethoven - la fameuse « Héroïque » -, interprétée par l'orchestre national d'Île-de-France dans la cour du château Louis XI, suivie d'Une vie de héros de Richard Strauss, dans laquelle les amateurs reconnaîtront « l'influence de Berlioz », souffle Bruno Messina, le maestro du festival.
Cherchant à embrasser le compositeur « dans toute sa complexité », le directeur et son équipe proposent ensuite un programme aux allures de kaléidoscope, associant Nuits d'été (le 27 août), mythologie grecque, navigation au pays des songes et respirations fantastiques. Deux semaines émaillées des fameux rendez-vous Sous le balcon d'Hector (chaque jour à 19h), d'impromptus et de récitals de piano interprétés par une kyrielle de virtuoses (Jean-Baptiste Fonlupt, Marie-Josèphe Jude et Jean-François Hesser, Karol Beffa, Jean-Mac Luisada...) dans l'église de La Côte-Saint-André (chaque jour à 17h). Plus un pas de côté le 30 août, en hommage à Offenbach, le maître de l'opéra-bouffe dont on célèbre les 200 ans cette année.
Traversée musicale
Le 21 août, le grand violoniste Renaud Capuçon et l'orchestre national de Lyon embarqueront les festivaliers pour une inspirante traversée de Berlioz à Dutilleux. On (re)découvrira Rêverie et caprice opus 8, une romance de Berlioz peu connue et rarement jouée, suivie de pièces de Ravel (Une barque sur l'océan), Debussy (La Mer) et Dutilleux (L'Arbre des songes). Le lendemain, changement de décor pour une soirée romantique « Autour de Byron », dont Berlioz dit avoir dévoré l'« ardente poésie » dans un confessionnal de Saint-Pierre-de-Rome.
Le 24 août, une création mondiale plongera le public dans un tout autre univers, celui d'Euphonia 2344. Mis en scène par le dramaturge Stanislas Nordey, cet étonnant récit d'anticipation écrit par Berlioz (musique et adaptation du texte : Michaël Levinas) se déroule en 2344 dans une cité idéale, entièrement dédiée à la musique, mais « soumise à un régime despotique ». Une sorte de 1984 musical, tableau d'un « ordre parfait » et « des résultats merveilleux que l'art en a obtenus ».
Retour à la mythologie avec deux œuvres immenses : Orphée et Eurydice, de Gluck, et La Prise de Troie, de Berlioz. Le 23, l'opéra de Gluck sera donné dans la version revue et arrangée en 1859 par Berlioz pour la célèbre mezzo-soprano Pauline Viardot. Le 25 août, le Jeune Orchestre européen Hector Berlioz-Isère, placé sous la direction de François-Xavier Roth, donnera douffle et vie à la première partie des Troyens, un opéra « éclairé par une musique géniale d'inventivité », que Berlioz n'a jamais vu dans son intégralité. A l'époque l'œuvre, constituée de cinq actes et de neufs tableaux, est jugée trop longue et trop coûteuse...
Autre événement exceptionnel de cette édition 2019 : le Roméo et Juliette de Berlioz, une œuvre difficile, dont le compositeur disait qu'il fallait « pour bien la rendre, des artistes du premier ordre, chef d'orchestre, instrumentistes et chanteurs ». Bruno Messina a saisi le message : pour monter l'œuvre, il est allé à Saint-Pétersbourg chercher l'une des institutions les plus prestigieuses de Russie, l'orchestre et le chœur du théâtre Mariinsky, dirigé par le charismatique Valéry Gergiev, seul chef à conduire ses musiciens... avec un cure-dent.
Marianne Boilève
Festival Berlioz - Du 17 août au 1er septembre 2019. Progammation complète et réservations sur festivalberlioz.com. La billetterie en ligne est ouverte depuis le 5 avril.