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Coopérative fruitière Chanabel

« Dans deux ans, vous allez devenir sexy »

La coopérative fruitière de Roussillon, Chanabel, a dû faire face à de nombreuses difficultés financières. Le nombre de producteurs diminue, les conditions climatiques ne sont pas toujours favorables et les prix ont du mal à décoller. Malgré tout, lors de l'assemblée générale du 24 janvier, une prochaine embellie de la situation de la structure a été évoquée.
</i>&laquo; Dans deux ans, vous allez devenir sexy &raquo;</i>
Avec 18 879 tonnes de fruits vendus en 2010, la coopérative fruitière du canton de Roussillon, Chanabel, a perdu un peu plus de 3 000 tonnes de marchandises entre 2009 et 2010, principalement en raison de mauvaises conditions climatiques. Pour autant, le chiffre d'affaires avoisine les 20 millions d'euros, et le résultat net est positif avec 485 000 euros. Même si tous les problèmes ne sont pas encore résolus, la coopérative semble sur la bonne voie. C'est en substance le message qui a été diffusé par Yves Pascal, président de Chanabel, lors de l'assemblée générale du 24 janvier : « L'avenir appartient aux opportunistes, mais la prudence est le nerf de la guerre. Entre les deux, il faut un juste milieu sans que l'esprit d'initiative ne soit bridé par un défaitisme exacerbé ». Il a également profité de cette occasion pour remercier les fournisseurs qui ont accordé des échéanciers et des reports de paiements à la coopérative, suite aux difficultés financières qu'elle a traversées. « La position du groupe s'améliore nettement tous les ans et arrivera à une situation complètement saine, dans deux ou trois ans. Et, comme me l'a dit un banquier dernièrement : "Dans deux ans, vous allez devenir sexy », ajoute-t-il. Ce que confirme le directeur de la structure, Jacques Caron : « Chanabel a réduit suffisamment ses charges, et même à l'issue d'une saison où tonnage et prix sont médiocres, on constate que le compte d'exploitation tend à l'équilibre ».

Un constat d'échec et d'impuissance
Pour autant, personne ne crie victoire compte tenu des difficultés climatiques (beaucoup de pluie et de froid au printemps) et conjoncturelles de l'année 2010. Celles-ci ont directement impacté la production et conduit à une baisse d'approvisionnement. En pêches, la perte est de 1 398 tonnes, de 1 011 tonnes pour les pommes et 349 tonnes pour les prunes. « Un retard de deux semaines sur toutes les zones européennes de production est un des faits marquants de 2010. La saison de pêches-nectarines s'est terminée avec quinze jours de retard. Quand on sait que la chute des prix s'opère de façon chronique à partir du 15 août, on comprend vite l'impact important et néfaste de cette tardiveté », note Yves Pascal. Il ajoute : « Tout cela a conduit à un chevauchement important de toutes les espèces de fruits (pêches, nectarines, prunes, pommes, poires, raisins) et, à cette époque de l'année, nous rencontrons des consommateurs au budget limité ». C'est donc un constat assez inquiétant de l'état de la filière que dressent les membres de la coopérative. « D'année en année, je vois beaucoup d'entre nous mourir et ceux qui résistent ne sont pas en bonne santé. Ce constat d'échec et d'impuissance ne peut plus durer », lâche le président, qui à l'issue de l'assemblée générale, a annoncé quitter son mandat.
Quelques points positifs ont été tout de même évoqués, comme la hausse des prix de ventes de six ou sept centimes par rapport à 2009, « même si cela est à relativiser car cette année-là a été prise comme base de référence avec des prix ridiculement bas », mentionne-t-il. Parmi les priorités, toujours selon le professionnel, la rénovation variétale des vergers devrait être placée en haut de la liste. Chanabel l'a d'ailleurs mise en pratique sur son verger de pêchers et nectarines en abandonnant les variétés très précoces et en élargissant la gamme "moyenne saison".
Lucile Ageron