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Fruits et légumes

« Le débat sur la future Pac ne se fera pas avant 2012 »

A l'initiative de Jacques Remiller, député-maire de Vienne et président du groupe fruits et légumes à l'Assemblée nationale, une réunion débat, animée par Michel Dantin, député européen, a été organisée début novembre à Bougé-Chambalud. Le but : rassembler les élus et les acteurs de la filière pour aborder les réformes à venir de la politique agricole commune.
<i>&laquo; Le d&eacute;bat sur la future Pac ne se fera pas avant 2012 &raquo;</i>
Une réunion pour discuter des enjeux de la filière fruits et légumes - et plus globalement des prochaines réformes de la politique agricole commune - avec Michel Dantin, député européen, c'est ce à quoi ont pu participer les arboriculteurs du pays roussillonnais et de Beaurepaire, début novembre. A l'initiative de Jacques Remiller, député-maire de Vienne et agissant cette fois surtout en tant que président du groupe fruits et légumes à l'Assemblée nationale, cette réunion a débuté par une visite de l'entreprise Gélifruit, à Chanas.
Une opération "communication" pour montrer au député européen le fonctionnement de cette plateforme de stockage et de congélation des récoltes. Un site unique dans lequel les arboriculteurs n'ont pas hésité à investir, puisqu'il est géré par Gélifruit (société anonyme s'occupant de la congélation) et les Fruitiers dauphinois (groupement de producteurs, soit 25 exploitations, s'occupant du stockage, du conditionnement et de la vente). Ainsi, les producteurs sont actionnaires à part entière de Gélifruit et c'est même grâce à eux que cette entreprise a finalement vu le jour, en 2009. « Ce complexe de 4 000 mètres carrés a failli être créé dans la Drôme. Puis, finalement, après quelques lenteurs administratives et des difficultés pour obtenir des subventions, les agriculteurs se sont emparés du projet et Gélifruit est né. Ils ont apporté un million d'euros, et les deux autres millions ont été empruntés à la banque », raconte Alexandre Sevelinge, président de la structure. De quoi prouver au député européen la volonté dont peuvent faire preuve les producteurs pour "sauver" leur filière. Michel Dantin s'est d'ailleurs dit « impressionné par Gélifruit qui mérite d'être cité en exemple ».

Politique agricole commune : quelle réforme ?
Au cours de la réunion qui a suivi cette visite, les discussions entre Michel Dantin, et la vingtaine de producteurs constituant l'assemblée, ont surtout porté sur la politique agricole commune. « Nous oublions trop souvent qu'en 1960, l'Europe produisait 60 % de ce qu'elle consommait. Aujourd'hui, nous devons mener une politique stratégique d'indépendance vis-à-vis des gens extérieurs, souligne Michel Dantin. Nous avons connu des crises qui ont profondément marqué les esprits de la profession. On engage les discussions sur l'avenir de la Pac dans une démarche qui sera favorable à l'agriculture, avec comme souci premier, la mission d'assurer l'alimentation de l'Europe. C'est une évolution considérable car, il y a eu des périodes comme il y a quinze ans, où le but était d'aller trouver des aliments là où ils étaient les moins chers ». Toujours en évoquant le besoin de garantir l'auto-suffisance alimentaire de la Communauté européenne, il a tenu également à préciser que « le prochain combat à mener portera sur l'opinion publique, persuadée que la production agricole conventionnelle va les empoisonner. Il y a ceux qui prônent l'agriculture biologique et ceux qui réclament des circuits de proximité. Sauf que ce n'est ni avec l'un, ni avec l'autre qu'on nourrira l'ensemble de la population ». Et de donner l'exemple selon lequel, « si la planète était transformée totalement en bio, nous ne pourrions nourrir que quatre milliards de personnes. Or, nous sommes presque sept milliards. Que fait-on des trois milliards restant ? »
Outre des questions sur la régulation des prix et l'OCM (organisation commune des marchés agricoles), le député européen s'est attaché à prendre en considération les remarques des producteurs car « c'est mon rôle de sentir les choses sur le terrain et de les faire remonter ».
Mais, pour conclure le débat sur le visage de la future Pac, Michel Dantin a jugé bon de rappeler que « la question de la Pac est liée au maintien du budget européen, car ce sont les Etats membres qui donnent des ressources à l'Europe, et non l'inverse. Chacun des Etats a du mal à boucler son budget. Le débat sur la future Pac ne sera pas conclu avant 2012, car il faut trancher en premier lieu la question budgétaire et cela ne se fera pas avant cette année-là, date à laquelle les exécutifs français et allemands doivent peut-être changer ».
Lucile Ageron