Forum Créactivité
« Les idées nouvelles viennent du mélange des genres »
Entre analyses de haut vol et témoignages originaux, le forum Créactivité organisé le 23 novembre à Saint-Marcellin s'est avéré particulièrement stimulant pour les quelque 300 personnes (porteurs de projet, chefs d'entreprises, élus locaux...) qui s'y sont rendues.
Tout ne s'est pas passé exactement comme prévu : les deux tables rondes sur les façons de créer autrement et les échanges entre les différents secteurs d'activité ont été réunies en une seule et il est resté peu de temps pour les questions de la salle lors de la conférence débat qui a clôturé la journée. Mais, avec près de 300 participants, le forum Créactivité du 23 novembre a connu un réel succès.
« Quelle place pour l'initiative ? »
Cette réussite a aussi tenu à la qualité du conférencier : sociologue, ancien parlementaire, administrateur de l'association de promotion du service civique Unis-Cité, le fondateur du réseau de plateformes d'initiatives locales France initiative, Jean-Pierre Worms, a mis la barre très haut en ouvrant le débat sur « la place pour l'initiative, la créativité et la cohésion sociale entre collectivités locales et société civile ».
« Nous sommes arrivés au bout d'un mode de développement et à la veille de l'invention d'une nouvelle façon de produire, de consommer... de vivre ! Et ce changement de société dépend de la capacité des acteurs à prendre des risques et à construire de la solidarité, a attaqué l'intervenant. On nous dit que nous traversons une crise. Mais le terme est trompeur. Le navire ne va pas redémarrer sur sa lancée quand la parenthèse dans laquelle nous nous trouvons sera refermée ».
Une société à réinventer
Il en est ainsi, par exemple, de « l'évolution des territoires. Après-guerre, notre pays était encore rural. L'espace rural est aujourd'hui résiduel et les métropoles structurent l'Hexagone. Il me semble que nous sommes en train de perdre un élément essentiel de notre appartenance. Il va falloir inventer un nouvel échange entre l'urbain et le rural ».
Jean-Pierre Worms a ensuite décrit l'affaiblissement de l'Etat, « incapable de maîtriser les grands enjeux mondiaux ou de répondre aux besoins de ses concitoyens », « qui se décharge de ses responsabilités sur les collectivités locales tout en instaurant des mécanismes de reprise de l'autorité afin de prévenir le risque d'éclatement de l'unité nationale ». Et ce, alors que les collectivités sont déjà handicapées par le cloisonnement des champs de l'intervention publique hérité de l'administration centralisée et, plus récemment, par l'assèchement de leurs finances.
« L'individu comme acteur social »
« Dans ce contexte, la défiance et l'inquiétude progressent. Notre société souffre du repli individualiste consumériste, souligne le sociologue, qui pointe le désengagement massif des citoyens vis-à-vis de la collectivité nationale. Mais ne voyons pas que la face sombre du phénomène. La montée de l'individualisme a aussi un envers positif : l'individu comme acteur social. Chacun cherche à exister par lui-même afin de donner du sens à sa vie. Les projets de développement personnel doivent faire sens à l'échelle individuelle, mais aussi vis-à-vis des autres. Même si la relation au collectif s'est considérablement modifiée, l'individu ne peut se développer que par le biais de la rencontre avec autrui. Il est important de comprendre que la créativité des individus est une ressource contribuant à la richesse collective et que les idées nouvelles viennent du mélange des genres ».
Du parc technologique Rovaltain au pays Sud Grésivaudan en passant par la plateforme Sud Grésivaudan-Royans-Vercors initiative, le conseil local de développement et l'association des industriels, les acteurs réunis autour de la table ronde qui a suivi la conférence de Jean-Pierre Worms constituent autant d'exemples de mélanges des genres. Plus tôt, le réseau rural de Rhône-Alpes, la coopérative d'activités drômoise Arcoop et des créateurs d'entreprise aux profils hybrides (céréalier-boulanger ou scientifique reconverti dans l'élevage d'oiseaux exotiques par exemple) ont également illustré le potentiel créatif du Sud Grésivaudan.
A la recherche du meilleur assemblage
Mais, pour créer, « il faut aller au-delà du décloisonnement et se doter d'outils pour assembler les acteurs », a prévenu Jean-Louis Martin, le président du conseil local de développement. C'est pourquoi le vice-président du pays Sud Grésivaudan en charge du développement économique, Georges Pelletier, soutient l'idée d'une pépinière d'entreprises. Un tel espace contribuerait, pour l'élu, à entretenir « la diversité qui a fait notre richesse ».
Cécile Fandos
« Quelle place pour l'initiative ? »
Cette réussite a aussi tenu à la qualité du conférencier : sociologue, ancien parlementaire, administrateur de l'association de promotion du service civique Unis-Cité, le fondateur du réseau de plateformes d'initiatives locales France initiative, Jean-Pierre Worms, a mis la barre très haut en ouvrant le débat sur « la place pour l'initiative, la créativité et la cohésion sociale entre collectivités locales et société civile ».
« Nous sommes arrivés au bout d'un mode de développement et à la veille de l'invention d'une nouvelle façon de produire, de consommer... de vivre ! Et ce changement de société dépend de la capacité des acteurs à prendre des risques et à construire de la solidarité, a attaqué l'intervenant. On nous dit que nous traversons une crise. Mais le terme est trompeur. Le navire ne va pas redémarrer sur sa lancée quand la parenthèse dans laquelle nous nous trouvons sera refermée ».
Une société à réinventer
Il en est ainsi, par exemple, de « l'évolution des territoires. Après-guerre, notre pays était encore rural. L'espace rural est aujourd'hui résiduel et les métropoles structurent l'Hexagone. Il me semble que nous sommes en train de perdre un élément essentiel de notre appartenance. Il va falloir inventer un nouvel échange entre l'urbain et le rural ».
Jean-Pierre Worms a ensuite décrit l'affaiblissement de l'Etat, « incapable de maîtriser les grands enjeux mondiaux ou de répondre aux besoins de ses concitoyens », « qui se décharge de ses responsabilités sur les collectivités locales tout en instaurant des mécanismes de reprise de l'autorité afin de prévenir le risque d'éclatement de l'unité nationale ». Et ce, alors que les collectivités sont déjà handicapées par le cloisonnement des champs de l'intervention publique hérité de l'administration centralisée et, plus récemment, par l'assèchement de leurs finances.
« L'individu comme acteur social »
« Dans ce contexte, la défiance et l'inquiétude progressent. Notre société souffre du repli individualiste consumériste, souligne le sociologue, qui pointe le désengagement massif des citoyens vis-à-vis de la collectivité nationale. Mais ne voyons pas que la face sombre du phénomène. La montée de l'individualisme a aussi un envers positif : l'individu comme acteur social. Chacun cherche à exister par lui-même afin de donner du sens à sa vie. Les projets de développement personnel doivent faire sens à l'échelle individuelle, mais aussi vis-à-vis des autres. Même si la relation au collectif s'est considérablement modifiée, l'individu ne peut se développer que par le biais de la rencontre avec autrui. Il est important de comprendre que la créativité des individus est une ressource contribuant à la richesse collective et que les idées nouvelles viennent du mélange des genres ».
Du parc technologique Rovaltain au pays Sud Grésivaudan en passant par la plateforme Sud Grésivaudan-Royans-Vercors initiative, le conseil local de développement et l'association des industriels, les acteurs réunis autour de la table ronde qui a suivi la conférence de Jean-Pierre Worms constituent autant d'exemples de mélanges des genres. Plus tôt, le réseau rural de Rhône-Alpes, la coopérative d'activités drômoise Arcoop et des créateurs d'entreprise aux profils hybrides (céréalier-boulanger ou scientifique reconverti dans l'élevage d'oiseaux exotiques par exemple) ont également illustré le potentiel créatif du Sud Grésivaudan.
A la recherche du meilleur assemblage
Mais, pour créer, « il faut aller au-delà du décloisonnement et se doter d'outils pour assembler les acteurs », a prévenu Jean-Louis Martin, le président du conseil local de développement. C'est pourquoi le vice-président du pays Sud Grésivaudan en charge du développement économique, Georges Pelletier, soutient l'idée d'une pépinière d'entreprises. Un tel espace contribuerait, pour l'élu, à entretenir « la diversité qui a fait notre richesse ».