Filière fruit
« Les producteurs doivent s'allier pour être plus fort »
L'année 2010 a été jalonnée de difficultés pour les filières agricoles, notamment en arboriculture. Aléas climatiques, cours fluctuant... Quelles perspectives l'avenir offre-t-il ? Des responsables d'entreprises agro-alimentaires nous donnent quelques éléments de réponse.
Depuis quelques années, le nombre de producteurs de fruits diminue. Le constat est assez unanime, selon quelques entreprises agro-alimentaires iséroises. « Globalement, les difficultés sont liées à la rentabilité des exploitations, note Isabelle Bouvier, directrice technique à Cherry Rocher, entreprise spécialisée dans la fabrication d'alcool de fruits, à Bourgoin-Jallieu. Nos producteurs sont situés dans le bassin de la vallée du Rhône, plus précisément dans le pays roussillonnais, le pays viennois et une partie du département proche de la Drôme ». Au total, ce sont une dizaine de producteurs qui travaillent avec cette société et la fournissent principalement en cassis, pommes et cerises. « Tous les étés, les arboriculteurs nous font remonter leurs préoccupations. L'ensemble de la profession est touché », alerte-t-elle.
Un manque du renouvellement des vergers
Comme bon nombre de filières agricoles, l'arboriculture n'a pas été épargnée par la crise, qu'elle soit économique ou sanitaire, avec la sharka. Sans compter les prix qui varient d'une année à l'autre entraînant des difficultés financières pour les exploitants, ou encore la concurrence européenne qui fait rage pour certains fruits, comme les framboises. Résultat : bon nombre de professionnels ne peuvent renouveler leurs vergers. Certains ont même dû quitter le métier. Pierrick Vendée, responsable de production depuis 23 ans à la distillerie de Pied-Menu à Beaurepaire, constate que « les vergers de poire williams sont moins nombreux car il y a eu des méventes et quelques maladies. Les revenus des arboriculteurs sont en dents de scie, à cause notamment des aléas climatiques : gel de printemps, sécheresse... Le verger est un investissement sur le long terme, car les arbres ne produisent qu'au bout de dix ans. Quelques jeunes se sont installés, mais ils ont repris des vergers existants. Ils n'en ont pas créés de nouveau ». Au total, la distillerie travaille avec une vingtaine de producteurs, situés principalement en Isère et en Nord-Drôme. Elle possède aussi son propre verger de trois hectares, qui assure un rendement d'une trentaine de tonnes de poire williams par hectare. « Chaque année, et en fonction du temps, le rendement est différent. Les producteurs ont connu des difficultés et certains se sont tournés vers d'autres productions, comme les céréales. Mais, ceux qui aiment vraiment leur métier n'arracheront pas leur verger », espère-t-il.
Les produits de niche, une solution ?
Un discours sur lequel s'accorde la société Ravifruit, spécialisée dans la purée naturelle de fruits à destination des professionnels des métiers de bouche. Christian Maron, responsable des produits de cette entreprise, se dit assez « pessimiste quant à l'avenir de la filière. Le nombre de producteurs décline sur toute la vallée du Rhône. Le monde de la grande distribution est rude avec eux, elle ne joue pas le jeu et les étrangle ». La solution ? « Les produits de niche. C'est sur ces produits-là, à forte valeur ajoutée, que nous essayons d'orienter les producteurs. Chez nous, nous leur établissons des contrats longue durée, de sept à dix ans par exemple pour la pêche. Nous convenons d'un prix avec eux, et nous attendons en contrepartie une qualité exemplaire, explique-t-il. Mais, une chose est sûre, les producteurs doivent s'unir et vendre en direct sans passer par la grande distribution. Ils doivent apprendre à voir les choses différemment ».
Selon lui, les arboriculteurs doivent changer et être force de proposition pour relancer cette filière. « Il est important pour eux de pouvoir commercialiser leurs produits au juste prix. Quand on voit le prix de certains fruits, on se demande comment ils font pour vivre. Pourquoi ne pas réfléchir à des produits un peu différents, avec des emballages biodégradables ou demander un IGP (indice géographique protégé) pour valoriser les produits ? Il n'y a pas de protection sur la vallée du Rhône et il faut trouver une valeur ajoutée au produit pour justifier le prix. Il faut qu'ils s'allient. Ensemble, ils pourraient être très forts », assure Christian Maron.
Lucile Ageron
Un manque du renouvellement des vergers
Comme bon nombre de filières agricoles, l'arboriculture n'a pas été épargnée par la crise, qu'elle soit économique ou sanitaire, avec la sharka. Sans compter les prix qui varient d'une année à l'autre entraînant des difficultés financières pour les exploitants, ou encore la concurrence européenne qui fait rage pour certains fruits, comme les framboises. Résultat : bon nombre de professionnels ne peuvent renouveler leurs vergers. Certains ont même dû quitter le métier. Pierrick Vendée, responsable de production depuis 23 ans à la distillerie de Pied-Menu à Beaurepaire, constate que « les vergers de poire williams sont moins nombreux car il y a eu des méventes et quelques maladies. Les revenus des arboriculteurs sont en dents de scie, à cause notamment des aléas climatiques : gel de printemps, sécheresse... Le verger est un investissement sur le long terme, car les arbres ne produisent qu'au bout de dix ans. Quelques jeunes se sont installés, mais ils ont repris des vergers existants. Ils n'en ont pas créés de nouveau ». Au total, la distillerie travaille avec une vingtaine de producteurs, situés principalement en Isère et en Nord-Drôme. Elle possède aussi son propre verger de trois hectares, qui assure un rendement d'une trentaine de tonnes de poire williams par hectare. « Chaque année, et en fonction du temps, le rendement est différent. Les producteurs ont connu des difficultés et certains se sont tournés vers d'autres productions, comme les céréales. Mais, ceux qui aiment vraiment leur métier n'arracheront pas leur verger », espère-t-il.
Les produits de niche, une solution ?
Un discours sur lequel s'accorde la société Ravifruit, spécialisée dans la purée naturelle de fruits à destination des professionnels des métiers de bouche. Christian Maron, responsable des produits de cette entreprise, se dit assez « pessimiste quant à l'avenir de la filière. Le nombre de producteurs décline sur toute la vallée du Rhône. Le monde de la grande distribution est rude avec eux, elle ne joue pas le jeu et les étrangle ». La solution ? « Les produits de niche. C'est sur ces produits-là, à forte valeur ajoutée, que nous essayons d'orienter les producteurs. Chez nous, nous leur établissons des contrats longue durée, de sept à dix ans par exemple pour la pêche. Nous convenons d'un prix avec eux, et nous attendons en contrepartie une qualité exemplaire, explique-t-il. Mais, une chose est sûre, les producteurs doivent s'unir et vendre en direct sans passer par la grande distribution. Ils doivent apprendre à voir les choses différemment ».
Selon lui, les arboriculteurs doivent changer et être force de proposition pour relancer cette filière. « Il est important pour eux de pouvoir commercialiser leurs produits au juste prix. Quand on voit le prix de certains fruits, on se demande comment ils font pour vivre. Pourquoi ne pas réfléchir à des produits un peu différents, avec des emballages biodégradables ou demander un IGP (indice géographique protégé) pour valoriser les produits ? Il n'y a pas de protection sur la vallée du Rhône et il faut trouver une valeur ajoutée au produit pour justifier le prix. Il faut qu'ils s'allient. Ensemble, ils pourraient être très forts », assure Christian Maron.