Accès au contenu
Rencontres internationales du pastoralisme

« Pastoralismes du monde, unissez-vous » face au changement climatique

Les dernières rencontres internationales du pastoralisme organisées vendredi 15 octobre à Prapoutel-Les 7 Laux dans le cadre du festival du film « Pastoralismes et grands espaces » ont constitué une étape clef de la réflexion menée par l'association « Pastoralismes du monde » sur l'adaptation des systèmes pastoraux au changement climatique. Des solutions et un plan d'actions commencent à s'esquisser.
<i>&laquo; Pastoralismes du monde, unissez-vous &raquo;</i> face au changement climatique
Sécheresse, hausse des températures, précocité de la fonte des neiges... Les manifestations du changement climatique sont nombreuses. Les dernières rencontres internationales du pastoralisme, en 2008, avaient permis de les lister, tout comme les conséquences du changement climatique pour les pâtres.
Au vu des enjeux, l'association « Pastoralismes du monde » qui organise ces rencontres internationales du pastoralisme tous les deux ans à Prapoutel-Les 7 Laux, dans le cadre du festival du film « Pastoralismes et grands espaces », a souhaité revenir sur ce thème le 15 octobre dernier. Comme il s'agissait, cette fois, d'esquisser des solutions, le président de l'association française de pastoralisme, Jean-Pierre Legeard, a présenté le programme « Alpages sentinelles », auquel participent neuf alpages du parc national des Ecrins. « La première journée de restitution organisée au début de l'année à Champoléon, dans le Champsaur, nous a permis de faire des découvertes. Ainsi, si nous avons collectivement l'impression que la pression pastorale s'accroît dans les Alpes du Sud, quand on regarde les données collectées dans le cadre du programme, on se rend compte que les effectifs des troupeaux sont relativement stables, voire en diminution. Les dégradations du couvert végétal seront donc plus simples à résorber que ce que nous craignions. Mais, pour y parvenir, il faut que nous ayons une connaissance beaucoup plus fine des espèces, afin d'identifier celles sur lesquelles nous pourrons nous appuyer pour faire face à des aléas climatiques croissants ».
Deux grands axes de travail
Au Mali, « nous allons demander aux programmes de recherche de se concentrer sur les secteurs où certaines espèces fourragères ont disparu afin d'y introduire de nouvelles semences », a déclaré un membre de cette délégation, soulignant les obstacles que peuvent rencontrer les éleveurs français. « En lien avec l'Inra* de Toulouse, nous souhaitons sélectionner des semences de fétucle, de raygrass et d'autres espèces adaptées au contexte local, mais nous devons encore lever de nombreuses barrières réglementaires pour faire émerger ce projet », a en effet témoigné un éleveur du Larzac. De même, en ce qui concerne les espèces animales, « les éleveurs ont perdu la main sur les programmes de sélection qu'ils avaient mis en place et ils payent cher des animaux qui ne correspondent pas à leurs besoins », a regretté un ancien éleveur de chèvres.
En conclusion des rencontres, le directeur de la société d'économie alpestre de Haute-Savoie, Pierre Lachenal, a distingué « deux grands axes d'adaptation au changement climatique pour les éleveurs : l'évolution des espèces animales et végétales d'une part, et une mobilité accrue des troupeaux d'autre part », cette seconde voie soulignant « la force des systèmes transhumants ».
Plaidoyer pour un code pastoral
Pour le géographe Olivier Turquin, « même si le surpâturage existe et qu'il n'est pas facile de rester vertueux quand la ressource fourragère vient à manquer, les bergers ne peuvent se permettre de dégrader le milieu qui les fait vivre. Il faut faire le pari de pastoralismes respectueux de leurs environnements et reprendre notre plaidoyer pour un code pastoral adressé, région du monde par région du monde, aux autorités compétentes. Il faut l'amender avec les chartes pastorales qui existent déjà, par exemple en Algérie ou au Mali, et surtout le compléter avec les moyens pouvant être mis en œuvre pour atteindre ces objectifs ».
Le programme d'activités de « Pastoralismes du monde » pour les deux prochaines années est donc d'ores et déjà fixé. « Avec l'arrivée d'internet jusque dans les campagnes subsahariennes, nous allons maintenir le lien avec nos partenaires afin de faire fructifier ce plaidoyer, puis de valoriser le travail effectué dans le cadre de la prochaine édition du festival, à laquelle nous voulons donner un éclat particulier, car ce sera la dixième », espère Jean Picchioni, le président de l'association.
2012 déjà en vue
« Afin de mettre en commun les travaux effectués sur ce thème de l'adaptation des pastoralismes du monde au changement climatique, nous avons pris contact avec l'association espagnole « Transhumance et nature », qui a organisé une rencontre mondiale des bergers nomades et transhumants en 2007 et en prépare une autre pour 2012 », complète Yves Raffin, le directeur du festival, qui s'exclamait, en quittant la salle où venaient de se tenir les rencontres internationales : « Pastoralismes du monde, unissez-vous ». A la fois impliquée dans l'aide internationale et compétente dans le domaine de l'aménagement du territoire, la Région Rhône-Alpes a d'ores et déjà souscrit à ce slogan en annonçant son soutien à la prochaine édition du festival.
Cécile Fandos
*Inra : institut national de la recherche agronomique.
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Généralisation de la veille climatique dans les alpages rhônalpins
Le programme de veille et de prospective sur le changement climatique et ses effets sur les alpages coordonné par le parc national des Ecrins, « Alpages sentinelles », va être repris l'an prochain en Savoie, dans le parc de la Vanoise. Dans la Drôme et en Haute-Savoie aussi, l'évolution d'au moins un alpage doit être suivie dans le cadre du réseau des associations pastorales de Rhône-Alpes, Pastor'Alpes (qui regroupe l'association départementale d'économie montagnarde de la Drôme, la fédération des alpages de l'Isère et les sociétés d'économie alpestre de Savoie et de Haute-Savoie). Ce suivi portera sur la météo, la ressource fourragère, mais aussi les pratiques agropastorales.
C.F.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Le Maroc, invité d'honneur 2010
Une coopération axée sur la diversification
Dans le cadre du partenariat qui est en train d'être mis sur pied entre le Grésivaudan et la région de l'Oriental, au Maroc, « Pastoralismes du monde » a décidé de faire du Maroc l'invité d'honneur de la neuvième édition du festival du film « Pastoralismes et grands espaces », mais aussi de recevoir deux éleveurs pendant toute la semaine qui a précédé la manifestation. « Comme nos partenaires de l'Oriental souhaitent se diversifier dans la vente touristique et l'accueil touristique, nous avons organisé une série de visites de campings à la ferme, de gîtes ruraux et de magasins de producteurs, raconte Yves Raffin, le directeur du festival. Nous avons aussi été au Sommet de l'élevage et participé à une table ronde sur le pastoralisme et le tourisme culturel organisée mercredi 13 octobre au musée dauphinois ».
C.F.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Festival du film « Pastoralismes et grands espaces »
Le palmarès de la neuvième édition
Le grand prix du festival du film « Pastoralismes et grands espaces » est revenu au documentaire suisse « Raclette kirghiz », sur la formation d'éleveurs kirghiz à la transformation du lait en fromage par une fromagère suisse. Le jury présidé par le réalisateur Luc Gétreau a ensuite récompensé un film italien sur l'élevage de brebis de race Sambucana dans la vallée de la Stura, au Sud du Piémont : « Pastres de Sambucanos ». Le prix Louis Guimet a été décerné à « Peau d'âme », un documentaire sur un éleveur d'ânes ariégeois. Enfin, le prix du public est allé au film français « Mongolie, le pays emporté par les vents », sur le changement climatique dans ce pays.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------