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« Il faut préparer l'après-crise tout de suite »

Cendra Motin. La députée de la 6e circonscription a réuni les acteurs du tourisme de son territoire qui lui ont fait part de leurs attentes.
 « Il faut préparer l'après-crise tout de suite »

Pourquoi avez-vous organisé cette rencontre, le 25 septembre, avec les acteurs du tourisme des Balcons du Dauphiné ?

Il s'agissait d'abord de faire un bilan de la saison touristique car il y avait beaucoup de craintes. C'est important d'écouter les acteurs du terrain pour qu'ils disent comment ça s'est passé et comment ils envisagent les choses pour la suite. Ensuite, j'ai présenté ce que le gouvernement a mis en place dans le cadre du plan de relance du 15 mai dernier, ainsi que les aides de la Région. La communauté de communes a aussi proposé ses projets d'action .

Comment se sont passés ces derniers mois en termes d'activité touristique ?

Il y a trois périodes. Le printemps a été le temps du confinement, puis la saison a redémarré tout doucement avec toutes les problématiques de mise en place des protocoles sanitaires. Les Français n'avaient pas la tête à partir en vacances et il ne s'est presque rien passé. En revanche, les professionnels ont beaucoup travaillé pour rendre la saison possible. Juillet et août ont été excellents. Certains ont même fait une fois et demi leur chiffre d'affaires de l'année précédente. Et cela, en remplissant leurs obligations sanitaires, ce qui leur a coûté cher, en personnel et en équipements. D'autres ont sauvé les meubles, avec une activité meilleure que ce qu'ils avaient anticipé, mais inférieure au niveau habituel. Beaucoup comptaient sur l'arrière-saison, pour rattraper avril et mai, mais ont essuyé une grosse déception. Ils ont enregistré une chute d'activité importante après la rentrée scolaire.

En quoi la saison a-t-elle été particulière ?

Ces professionnels ont des activités très différentes : hôtellerie de plein air, base de loisir, parc d'attraction, restauration etc. Mais tous ont touché un tourisme de proximité, à la journée et spontané. Les gens se sont décidés à la dernière minute et ont beaucoup fréquenté les sites internet.

 

Comment le parc Walibi, qui est un des moteurs du tourisme régional, a-t-il négocié cette saison ?

Le parc d'attraction a ouvert en juin après avoir pris beaucoup de temps pour se préparer. Il a enregistré une très bonne fréquentation, mais très différente de l'habituelle, que sont des comités d'entreprises, des centres aérés, des voyagistes etc. Walibi a beaucoup marché avec une clientèle individuelle et a adapté son offre, notamment sur Internet où il y a eu un boom des ventes. Ce qui amène les responsables du parc à réfléchir à leur développement pour conserver cette clientèle régionale.

De quelle façon les acteurs du tourisme se sont-ils adaptés de façon générale ?

Avec des clients qui ont tendance à moins réserver à l'avance, cela leur demande de se repenser. Ils ont beaucoup travaillé sur leur communication numérique, parce que c'est là qu'ils ont réussi à capter de nouveaux clients. Ils ont aussi dû repenser tout le contexte sanitaire afin que les règles soient respectées, mais qu'elles ne pèsent pas trop et n'enlèvent rien au côté distrayant des vacances.

 

Quelles sont leurs attentes concernant les collectivités ?

En ce qui concerne la communauté de communes des Balcons du Dauphiné, les professionnels du tourisme ont exprimé le besoin de faire fonctionner le réseau de partenaires, afin que l'offre territoriale soit coordonnée. Leur souhait est de développer des séjours de courte durée. Mais pour garder les gens plus longtemps, il faut qu'il y ait une meilleure cartographie des partenaires. C'est ce qu'ont fait le village médiéval de Pérouges dans l'Ain et Hières-sur-Amby où sont les grottes de la Balme, en créant un partenariat avec une offre couplée. Ils s'étaient en effet rendu-compte que les gens visitaient les deux sites d'eux-mêmes, mais pas de façon coordonnée. A un autre niveau, les professionnels attendent que la Région et l'Etat déploient leurs dispositifs d'aides.

Comment ces aides se déclinent-elles ?

L'Etat a mis en place le prêt garanti saison, spécifique au secteur du tourisme. Il y a aussi le fonds de solidarité, auquel tous les professionnels ont eu accès. En revanche, ils ont découvert le fonds de solidarité opéré en région. Je pense qu'il y a un problème de coordination et que les régions doivent mieux distribuer leurs aides pour les entreprises du tourisme. Un million et demi d'entreprises ont eu accès au fonds de solidarité de niveau 1 alors que seulement 35 000 ont accédé au niveau 2. L'Etat a fait tomber tous les critères de filtrage quand des régions en rajoutaient. C'est compliqué pour les chefs d'entreprises.

Dans quel état d'esprit sont-ils ?

Ces dirigeants attendent de continuer à être soutenus pas l'Etat. Ils voudraient avoir de la visibilité. Ils ont compris que le plan de relance était une opportunité pour investir dans l'avenir et se réinventer On va débloquer plusieurs milliards d'euros dans le cadre du plan de relance pour que toutes les entreprises françaises puissent répondre à leurs attentes, notamment dans le tourisme vert. L'Etat sera aux côtés des PME et TPE car il ne s'agit pas, comme en 2008, de mettre 10 ans à s'en sortir. Il faut préparer l'après-crise tout de suite.

Ne sont-ils pas dans la crainte d'une nouvelle fermeture administrative ?

Oui bien entendu, mais ils savent qu'une fermeture administrative est plus facile à gérer qu'une activité en berne. Pour maintenir une activité, il faut que les gens aient confiance, envie de sortir et soient sérieux sur les gestes barrière, ce qui n'est pas toujours facile à gérer pour des professionnels de la détente.

 

Propos recueillis pas Isabelle Doucet