« Il faut qu'on aborde la question de la qualité »
Artisan boucher à Voiron, vous prenez la suite d'un agriculteur à la tête du comité d'agrément de la marque Is(h)ere. Comment cela s'est passé ?
A l'origine, j'ai été contacté par la chambre de métiers qui cherchait un intervenant au comité d'agrément. Il fallait quelqu'un qui connaisse un peu les dossiers et ait un point de vue différent des éleveurs et des distributeurs. J'ai intégré le groupe et participé aux premières réunions avec beaucoup d'assiduité. Nous avons essuyé les plâtres. Il y avait pas mal de dossiers, mais c'était très intéressant.
Qu'est-ce qui vous motive dans la démarche ?
A titre professionnel, je défends depuis longtemps une approche similaire dans ma boucherie de Voiron. Grâce à un gars qui me livre en fruits et légumes, je me suis retrouvé à travailler des légumes venant du coin. J'ai toujours trouvé dommage de ne pas pouvoir leur offrir la visibilité qu'ils méritaient. Quand la chambre de métiers m'a contacté pour la marque Is(h)ere, j'ai tout de suite vu l'intérêt de la démarche. Les grandes surfaces aussi l'ont compris depuis un moment, et ce n'est pas pour des raisons philanthropiques ! Il y a un intérêt économique réel à communiquer sur ces sujets. Je pense qu'il y a une carte à jouer pour mes collègues artisans. Dès que l'on explique que dans notre tourte, les épinards viennent de chez Untel, la farine de chez Cholat et la viande de tel producteur, c'est tout bénef'.
Que comptez-vous impulser au sein du comité ?
Les grandes règles de base - la provenance locale et la juste rémunération des producteurs - sont en place et c'est bien. Mais très vite, dans nos réunions, il est apparu qu'il fallait que l'on aborde la question de la qualité. Si l'on veut que la marque soit pérenne, il faut que la qualité soit associée à la marque. Si elle ne l'est pas, on attirera le chaland une fois, mais pas deux. Les consommateurs sont prêts à jouer le jeu. Ils sont attentifs au bilan carbone, à la préservation du tissu économique et à la qualité intrinsèque des produits.
Pascal Denolly, votre prédécesseur, a récemment évoqué la nécessité de contruire une culture commune au sein du comité d'agrément et, plus largement, avec le Pôle agroalimentaire. Qu'en pensez-vous ?
Je suis enchanté d'un tel discours. J'ai toujours eu l'impression que nous manquions de passerelles entre la chambre de commerce, la chambre des métiers et la chambre d'agriculture. On ne se connaît pas tant que ça, même si on fait tous partie du même département. On ne connaît pas forcément les enjeux et les contraintes de chacun. Moi, en tant que boucher à Voiron, quand je regarde autour de chez moi ou que je vais dans mon fief, à Bizonnes, je suis heureux de voir des cultures. Mais quand les agriculteurs me disent qu'ils n'arrivent pas à vivre de leurs productions, je trouve ça déplorable. Avec la marque Is(h)ere, il y a quelque chose à construire. Ça peut créer du lien entre les différentes chambres consulaires. C'est ce que nous avions commencé à faire de façon informelle, nous les bouchers, quand nous avions aidé les Eleveurs de saveurs de l'Isère à élaborer leur cahier des charges. A cette occasion, nous avons pu prendre la mesure de leurs difficultés et eux ont pris conscience de nos contraintes d'artisans. C'est comme ça qu'on a pu avancer ensemble. Aujourd'hui par exemple, nous comprenons très bien qu'ils cherchent à écouler une partie de leur production en grande surface. Nous ne pouvons pas aller contre ça. De toute façon, ce qui reste, au-delà de toutes les campagnes de communication, c'est le souvenir que le client a du rosbeef qu'il a mangé. Est-ce qu'il était dur ou pas ? La valeur ajoutée qu'apportent les artisans boucher est là. Quand les clients nous disent qu'ils viennent chez nous parce qu'ils veulent que ce soit bon, c'est gagné.
Quel va être votre premier chantier en tant que président du comité d'agrément ?
Il débutera d'une certaine manière à l'assemblée générale du syndicat des bouchers le 10 mars. Nathalie Garçon, la chargée de mission du Pôle, va venir présenter la marque aux collègues artisans bouchers. C'est une première étape. Nous avons convenu d'améliorer le processus pour examiner les dossiers de candidature de la marque, ce qui nous a permis de gagner pas mal de temps à la dernière session. Il faudrait par ailleurs que l'on imagine des manifestations qui permettent de se retrouver tous et d'apprendre à mieux se connaître. Je pense par exemple à un petit concours culinaire entre les élèves de l'EFMA de Bourgoin-Jallieu et ceux de l'IMT Grenoble ou à un événement à l'occasion de la descente des alpages. Et pourquoi pas une présence à la 800ème foire de la Beaucroissant ?
Propos recueillis par Marianne Boilève