« Il faut travailler à rétablir une franche confiance »
Le Pôle agro-alimentaire a pris corps en 2017. Quel bilan tirer en ce début d'année ?
Le Pôle agro-alimentaire isérois est une grosse machine, qui intègre le Département, la Métro, le Pays voironnais et la chambre d'agriculture. Etant donné sa forme, il ne peut pas aller à des vitesses vertigineuses. Son démarrage ne s'en effectue pas moins dans un consensus général. Cela se concrétise par la coopération des différents acteurs et la mise en rapport de l'offre et de la demande. Nous sommes en train de structurer l'ensemble en mutualisant nos forces. Nous essayons également de travailler avec la grande distribution pour aller plus loin que la vente directe et faire la promotion des productions locales. C'est ainsi par exemple que les Eleveurs de saveurs iséroises ont trouvé des débouchés auprès d'Intermarché. Depuis septembre, ils fournissent une bête par semaine au magasin de Saint-Jean-de-Soudain et ont lancé un ballon d'essai à La Côte-Saint-André fin décembre. Nous avons également permis à la légumerie de sortir d'une mauvaise passe, en augmentant le volume de commandes du Département et en amenant la ville de Grenoble à faire appel à elle. N'oublions pas non plus Manger bio Isère qui connaît un développement remarquable.
Vous évoquez la piste de la grande distribution. Certains producteurs se montrent cependant réticents à travailler avec elle...
Je le comprends. Pour eux, grande distribution, c'est presque un gros mot. Il y a quelques années, il y a eu une perte de confiance des producteurs qui ont perdu la main dans la conduite de leurs ventes, la grande distribution essayant de tirer les prix pour qu'ils soient le plus bas possible. Personne ne se posait la question de l'écart entre prix de vente et coût de production. Aujourd'hui, il faut travailler à rétablir une franche confiance. Cela peut se construire en partant du principe que le producteur produit avec un prix de base et vend à un prix correct. Le Pôle agro-alimentaire vient en appui pour dire que le produit proposé est un produit isérois de qualité, qui doit être vendu à un certain prix, intégrant le coût de production, la marge du producteur et celle du distributeur. Si on arrive à mettre tout le monde autour de la table pour discuter de cela, ce sera déjà bien.
Bien que porté par le Département, le Pôle agro-alimentaire ne concerne pas encore tout le territoire isérois. Comment cela s'explique-t-il ?
Le Pôle n'est pas fermé. Nous voulons qu'il soit étendu à l'ensemble des communautés de communes de l'Isère. Mais dans certains secteurs, comme le Nord Isère, il existe d'autres réseaux. Il y a par exemple Recolter, qui travaille dans le même état d'esprit, mais avec des produits différents. Le but c'est de fournir les collectivités et de s'étendre, tout en levant certains écueils. Fournir les cantines des collèges par exemple, c'est bien, mais les établissements sont fermés trois mois de l'année. Or la production agricole, c'est tout l'année. Comment fait-on pendant ce temps-là ? Il faut se tourner vers d'autres structures, comme les Ehpad, les centres de vacances ou les chaînes de restauration collective privées.
Quels sont les projets pour 2018 ?
Nous sommes en train de mettre en place la salle de découpe à l'abattoir du Fontanil, ce qui va permettre aux éleveurs de commercialiser leur viande en direction soit de la grande distribution, soit du commerce de détail. Comme nous n'aurons pas des volumes énormes, il va falloir ramener un maximum d'abattage à Grenoble. La chambre d'agriculture se charge de rencontrer les éleveurs pour les convaincre. De son côté, l'Abag va également présenter l'outil et organiser des visites. Courant 2018, l'abattoir aura également un nouveau look. On pourra le repérer de l'autoroute. Ça permettra de bien l'indentifier.
Où en est la marque Isère ?
Il y aura un lancement officiel par le président Barbier en début d'année. Ce sera une marque globale, qui permettra de valoriser l'origine, la qualité et l'équité de la démarche. Mais il y aura sans doute des déclinaisons différentes selon les productions.
Propos recueillis par Marianne Boilève