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« Il faut une même dynamique en milieu rural et en milieu urbain »

Président du Pays voironnais et de l'Agence d'urbanisme de la région grenobloise, Jean-Paul Bret revient sur les orientations politiques qui déterminent l'aménagement d'un territoire partagé entre centre urbain et monde rural.
« Il faut une même dynamique en milieu rural et en milieu urbain »

L'atlas de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes vient de sortir. A quoi va servir cet outil co-réalisé par l'Insee et le réseau régional des agences d'urbanisme ?

C'est un état des lieux de la nouvelle donne territoriale, dessinée par la loi du 16 janvier 2015. C'est aussi une manière de valoriser le rôle des agences d'urbanisme auprès de la Région. Car les élus disposent, grâce à notre réseau d'agences d'urbanisme, d'une ingénierie capable d'intervenir à différentes échelles dans les territoires, tout en développant une approche globale susceptible de traduire les politiques publiques dans l'espace.

Dans le Pays voironnais (1), l'alternance politique issue des élections de mars dernier a-t-elle eu des conséquences sur les orientations en matières d'aménagement ?

Non, je crois qu'aujourd'hui les enjeux environnementaux sont pris en compte par tous les courants politiques. Nous n'avons pas de débats idéologiques là-dessus. Pour ce qui est du bio par exemple, nous nous y sommes intéressés, car il y a une demande locale. On s'est dit que l'agriculture bio méritait un coup de pouce dans l'intérêt du territoire. J'ai toujours dit que l'action publique était là pour exercer un effet levier. Mais après, elle a vocation à s'effacer, sauf pour certains champs spécifiques comme le social ou la solidarité. Nous sommes toujours dans cette logique pragmatique. Nous allons notamment continuer de favoriser l'installation, bio ou non bio. Car en Pays voironnais, quand on n'est pas « fils de », il est difficile de s'implanter. En revanche, pour les points de vente directe, nous allons regarder à deux fois : il en existe un certain nombre, mais tous n'ont pas trouvé leur modèle économique. Nous, Pays voironnais, pouvons impulser, mais il y a une logique économique à respecter.

A ce propos, où en est la légumerie ?

Le conseil départemental nous a conviés à une réflexion globale concernant la création d'un pôle alimentaire regroupant les abattoirs, la légumerie et tout ce qui peut l'être. Il se pourrait que la légumerie reste au Fontanil, mais rien n'est encore arrêté. De toute façon, ABEpluche aura son mot à dire.

En Pays voironnais, l'alternance politique n'a donc rien changé...

Si, il y a eu des évolutions sur la dynamique de construction. Jusqu'à présent, le Pays voironnais est allé très loin en assumant le coût de construction, notamment pour la requalification des friches urbaines. Il reste que c'est le maire qui délivre le permis de construire. L'an dernier, pour gagner des électeurs, on a pu entendre parler de dédensifier. Je constate qu'aujourd'hui, pour être un maire bâtisseur, il faut du courage politique. L'électeur vote où il dort. Et là où il dort, il ne veut pas être dérangé par de nouveaux voisins. On oublie l'intérêt général...

Comment s'équilibrent les rapports entre communes urbaines et communes rurales ?

Désormais ce sont les communes rurales qui assument le dynamisme démographique. Or elles manquent de voirie, d'équipements publics, d'écoles. Dans le même temps, des villes ferment des classes. Ce n'est pas raisonnable. Il faut qu'il y ait la même dynamique en milieu rural qu'en milieu urbain. Notre objectif, c'est de permettre à toutes les communes d'atteindre + 0,8% de croissance. Le Pays voironnais est actuellement à + 0,5%, mais Voiron est à - 0,4 et Voreppe à - 0,3. L'intercommunalité peut aider les communes, en favorisant l'habitat groupé, l'aménagement des centres bourgs et en luttant contre le mitage qui consomme trop de terres agricoles. Nous allons freiner les constructions diffuses en milieu rural, mais il faut en contrepartie développer les constructions en ville.

 

(1) 94 000 habitants

Propos recueillis par Marianne Boilève