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Europe

« Il n'y a pas encore assez d'Europe »

La vice-présidente du Parlement européen, Françoise Grossetête est venue à Grenoble défendre la nécessité d'une plus grande intégration de la construction européenne.
« Il n'y a pas encore assez d'Europe »

Avec une foi en l'Europe chevillée au corps, elle convaincrait les plus eurosceptiques. Françoise Grossetête, députée européenne a répondu à l'invitation du Pacte civique pour venir expliquer quel pourrait être l'avenir de l'Europe. De prime abord, elle ne donne pas cher de cette Europe où elle siège, « il y a tellement de crises en même temps ». La crise monétaire « non réglée » a engendré la crise économique, une explosion du chômage et des croissances inégales mais souvent faibles. La crise migratoire entraîne des réflexes de fermeture dans de nombreux pays. La menace d'un Brexit (1) anglais fait peser des risques d'éclatement ou au moins d'une Europe à la carte. On sent aussi une vague de mécontentements reposant sur la sensation que l''Europe n'est là que pour édicter des normes réglementaires. « Et bien pourtant, je continue à croire profondément à l'Union européenne », affirme avec une certitude inébranlable Françoise Grossetête. « L'Europe est la première puissance commerciale dans le monde, assène-t-elle, et par ce mot « on ne doit pas comprendre domination, mais capacité d'avoir un rôle à jouer dans le concert mondial en étant capable de transmettre des valeurs. »

Bon pour l'Union

Le Parlement européen possède un rôle fondamental car chacun des députés (hormis ceux de la mouvance anti-européenne) se demande en permanence quel est l'intérêt général européen. Et en la matière, la vice-présidente de cette assemblée donne des exemples des sujets traités : une union pour l'énergie afin que les pays puissent avoir à la fois un choix libre de leur bouquet énergétique, à un prix acceptable par les populations, sans risquer de dépendance vis-à-vis de fournisseurs. L'innovation est également un cheval de bataille européen car les transferts de technologies inhérents aujourd'hui à la conquête de nouveaux marchés condamnent les européens à toujours être à la pointe scientifiques. Cela ne peut se faire que sous une impulsion et des moyens communs. La technologie numérique avec le système Galiléo extraira les pays européens de la toute-puissance américaine en la matière. « Nous devons mettre en place ce qui est bon pour nous, Union européenne », résume la députée. Et l'énumération continue : « Il faut que nous retrouvions une politique industrielle, l'Europe doit redevenir un continent de production et pas seulement se contenter de services. »

Besoins réciproques

Mais si l'Europe a des objectifs, leur mise en œuvre ne s'inscrit pas dans le cadre d'un long fleuve tranquille. Péril à court terme : le Brexit. « Espérons que les britanniques comprendront qu'ils ont plus à perdre qu'à gagner. Nous avons besoin d'eux dans le fonctionnement global. Ils ont une approche pragmatique des dossiers. Et si nous voulons une politique de défense européenne, elle ne pourra s'envisager qu'autour du noyau France-Allemagne avec la Grande Bretagne. Je vous rassure, ils ont aussi besoin de nous. » La députée parle bien de politique de défense et non d'armée européenne. « C'est encore un peu trop tôt, mais il faut faire le job de défense et de projection au-delà des frontières européennes. Quand la France va au Mali, ce n'est pas uniquement parce qu'elle a eu des liens historiques, mais aussi parce que cela participe à la protection de tous les pays de l'Union européenne. En ce sens, il faut qu'il y ait une contribution des autres pays à ces efforts ».
L'eurodéputée ne tarit donc pas d'éloges ou d'enthousiasme pour cette construction collective. Elle regrette donc d'autant plus fort le rejet du projet de traité constitutionnel en 2005 par la France dont le contenu était des plus franco-français. Il a été remplacé par le Traité simplifié de Lisbonne en 2009. « Les responsables politiques ne l'ont pas assez expliqué. Nous nous sommes payés le luxe d'un rejet alors que d'autres pays venaient de transformer toute leur législation en 15 ans afin de pouvoir prétendre à entrer dans cette Union. C'était un effort considérable de leur part. Les 13 nouveaux pays n'ont pas marqué un élargissement trop rapide de l'Europe politique, mais simplement un déficit d'explications, chez nous en France », martèle-t-elle. C'est dit.

(1) Projet de sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Un référendum va être organisé au mois de juin.

Jean-Marc Emprin

Retrouvez des prolongements sur la crise migratoire, le code du travail, la gouvernance européenne sur www.terredauphinoise.fr.