Ils n'en peuvent plus du loup
Pas moins de huit en un mois. C'est le nombre d'attaques de loup qui ont eu lieu dans l'alpage du Jocou, dans la commune de Lalley dans le Trièves, au cours du mois de septembre. Le bilan fait état de 18 brebis disparues, de six blessées et de 12 tuées. Cela bien que les bêtes soient parquées la nuit et que le berger soit en permanence présent, accompagné de deux patous et de deux bergers d'Anatolie. Un lourd tribut pour cet alpage qui compte 1 150 bêtes appartenant à cinq éleveurs, installés en Isère et dans les Hautes-Alpes. Et Les attaques n'ont pas cessé une fois le troupeau redescendu. Il y en a encore eu une le 16 octobre alors que les brebis étaient parquées dans un pré. « 12 mortes et au moins une quinzaine de blessées », indique Robert Giraud, le propriétaire du troupeau, également responsable du groupement pastoral du Jocou. « Je n'en peux plus, je ne sais plus comment faire », commente l'éleveur excédé. « La situation aurait cependant pu être pire si les attaques avaient commencé avant. Car elles n'ont débuté qu'après qu'une meute identifiée aux abords de Lus-La-Croix-Haute soit chassée et ne vienne vers l'alpage du Jocou », estime Robert Giraud.
Changer le statut du loup
La situation n'est plus tenable. Si rien n'est fait pour les années à venir, les éleveurs envisagent de ne plus monter leurs bêtes. Ils préfèreront trouver un autre alpage. Et si l'alpage n'est pas complet, les charges (notamment du berger et de la location des terres) deviendront trop élevées pour qu'il puisse fonctionner. « Si cela continue comme cela, nous devrons diminuer le nombre de bêtes que compte notre exploitation et l'alpage sera en péril. Car les brebis sont le dernier rempart avant la friche », explique le responsable du groupement. Et ce ne sont pas les seuls tirs de défense autorisés qui satisfont les éleveurs. Pour eux, ce sont des tirs de prélèvement qu'il faut. « Une vraie solution doit être mise en œuvre, car sinon, les meutes vont proliférer. Le loup n'est plus une espèce en voie de disparition. Ce sont plutôt les agriculteurs », s'insurge Robert Giraud, qui rappelle ne pas « élever des brebis pour les faire manger par les loups ». Selon Valérie Séchier, responsable du dossier loup à la FDSEA et à la chambre d'agriculture de l'Isère, « la seule chose à faire est de changer le loup de statut au niveau européen, qu'il ne soit plus protégé au titre de la convention de Berne. Les effectifs augmentent de 20 % chaque année. On ne craint plus sa disparition aujourd'hui ».
Des mesures pas efficaces
Colère, ras-le-bol, et résignation pour les éleveurs, lassés de faire des demandes administratives pour avoir droit à des tirs de prélèvement qui leur sont refusés, et, quand ils sont accordés, qui ont peu de chance de succès, eu égard à l'adaptation du loup. Cette année, dans l'ensemble du territoire, seulement quatre loups ont été tués sur les 36 qui pouvaient l'être. Colère, fatigue et désespoir pour les bergers, notamment pour celui qui garde le Jocou, Patrice Marie. Tels sont les sentiments que suscitent toutes ces attaques. Pour ce berger qui exerce son métier depuis 40 ans et qui a connu de nombreuses saisons sans loup, « la difficulté ne fait que s'accentuer. Les attaques de loup nous obligent à cavaler dans les pentes de l’alpage durant des heures. En quatre mois, nous travaillons autant qu'un salarié aux 35 heures pendant une année. Quant aux mesures de protection, rien n'y fait. Les loups se jouent de la présence des chiens ». Et ces chiens de protection ne sont pas sans poser problème. La cohabitation avec les randonneurs est difficile. En témoigne Patrice Marie : « Nombreuses sont les personnes maintenant qui s'en vont après avoir lu les panneaux indiquant la présence des patous dans la montagne. Et s'ils ne partent pas, les promeneurs sont devenus très désagréables à notre égard. Les autres mesures ne sont pas plus efficaces. Les tirs d'effarouchement ne font pas peur aux loups. Les tirs de défense ? Il faudrait que ce soient les bergers qui puissent les tirer, mais outre la fatigue que cela peut générer de porter un fusil toute la journée en plus du reste de notre matériel, à quoi ressemblerions-nous ? Est-ce la solution de s'armer ainsi ? ». Il ajoute : « Ce qui m'exaspère, c'est que cela fait des années que le monde paysan est accablé. Nous pratiquons un métier ancestral, et nous sommes ainsi assassinés pour le plaisir de citadins en mal de sensations. Pourquoi ne pas préserver le loup et le laisser dans des parcs pour participer ainsi au maintien de la biodiversité ? ». Le 16 octobre, le bilan des attaques de prédateurs faisaient état de 497 animaux tués (dont 478 ovins), de 100 animaux blessés (dont 95 ovins) et de 190 animaux disparus (des ovins en totalité) pour 116 demandes de constat.
Isabelle Brenguier