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Isle-Crémieu

Ils veulent des certitudes pour l'avenir

Jeunes agriculteurs / Ils sont conscients de leur responsabilité sociétale, mais veulent être reconnus pour la qualité de leurs productions et le rôle qu'ils jouent dans leur environnement. Un soutien politique affirmé est nécessaire.
 Ils veulent des certitudes pour l'avenir
Inquiets, mais résolument optimistes quand même. C'est normal, ils sont jeunes. Le Jeunes Agriculteurs de l'Isère ont tenu leur assemblée générale samedi dernier à Passins, dans le canton de Morestel. Et même si on pouvait sentir une certaine lassitude, ou une inquiétude par rapport à l'actualité, on pouvait relever toutefois une certaine foi en l'avenir.

Catalogue insupportable
« Le contexte économique est difficile, constate Sylvain Juppé, président cantonal des JA 38. Et lorsque l'on voit le nombre de suicides en agriculture (400 par an en France), les maladies et les départs à la retraite, il est difficile de rester optimiste ». Aurélien Clavel, président départemental des JA enfonce également le clou : « Nous sommes étouffés, découragés, par les évolutions trop rapides des contraintes réglementaires, par les vols de matériel qui pénalisent ceux qui travaillent honnêtement, par les vols légaux des spéculateurs financiers, par les prédateurs variés loup, lynx... ». Un vrai catalogue à la Prévert difficile à supporter pour des jeunes dont la tâche de création ou d'adaptation de leur entreprise est harassante.
Malgré cette avalanche de contraintes, « les jeunes agriculteurs veulent devenir acteur de leur avenir » rappelle ??? Bollon, représentant régional des JA. « Vous vous préoccupez de votre avenir et vous avez à coeur de ne décevoir ni vos confrères agriculteurs, ni les citoyens parmi lesquels vous vivez ». L'invité national, Jean-Julien Deygas, représentant JA en Haute-Loire, tient lui aussi un discours rassurant : « Malgré les attaques injustifiées de certains environnementalistes extrémistes, vous pouvez être fiers de vos produits et de vos filières, l'affluence au salon de l'agriculture le prouve ».

Une Pac intelligente
Mais pour continuer à croire en leur avenir, les jeunes agriculteurs ont besoin de lignes plus claires. « Nous voulons des exploitations viables, vivables et reprenables, affirme Aurélien Clavel, ce qui exclut les oppositions entre circuits courts ou longs, entre bio ou conventionnels. Il y a de la place pour tous et la diversité est nécessaire. Avec davantage de solidarité et de compréhension entre producteurs et entre filières, nous pouvons y croire ». Cette volonté locale doit être accompagnée d'une définition claire de la politique agricole commune (Pac). « Il faut une Pac intelligente, s'exclame ???bollon, qui doit amener régulation et gestion des marchés à l'échelle européenne, mais cela relève de la compétence des responsables politiques ». Venant appuyer cette affirmation, Jean Robin-Brosse, président de la FDSEA, affirme que la gestion mondiale des productions agricoles « doit être réalisée par grandes régions afin d'assurer une sécurité des revenus agricoles et des stocks alimentaires ». Un rapport de l'Onu vient le confirmer (voir par ailleurs).
Mais que devient l'échelon de gouvernance intermédiaire, c'est-à-dire le Département ou la Région ? « Les budgets des collectivités territoriales seront de plus en plus difficiles à boucler dans les années qui viennent, reconnaît sans ambage Christian Nucci, vice-président du conseil général, mais nous continuerons à vous aider, sous d'autres formes, en ciblant davantage les secteurs porteurs. Nous déterminerons des filières ou des politiques sur lesquelles nous nous engagerons sur plusieurs années ».
La plupart des intervenants, jeunes ou moins jeunes, comptent également sur la formation permanentes des jeunes agriculteurs, afin que ceux-ci appréhendent mieux leur environnement économique et « adaptent leurs productions aux demandes du marché » comme le souligne Didier Villard. Là aussi le soutien public est nécessaire afin que les intéressés puissent dégager du temps en pouvant s'appuyer sur des outils collectifs ou des services de remplacement. Des demandes qui pourraient être entendues, dans la mesure où même si les produits agricoles font l'objet de quelques attaques médiatiques, l'immense majorité de la population croit en leur qualité.


Jean-Marc Emprin

exergue

« pourra-t-on continuer à ployer sous les contraintes réglementaires alors que les transformateurs ne marquent même pas la composition exacte des produits que l'on mange ? ».