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Expo

Immersion dans l'horreur de l'automne 1943

Depuis son ouverture en 1994, le musée de la Résistance et de la Déportation en Isère ne cesse de s'enrichir. Il vient de se doter d'un nouvel espace immersif entièrement dédié à l'une des périodes les plus sombres de l'Occupation allemande en Isère.
Immersion dans l'horreur de l'automne 1943

Des bruits de bottes, un défilé de sihouettes marchant au pas de l'oie et, au fond du nouvel espace, des exécutions... Au troisième étage du musée, l'ambiance est glaçante. Retraçant l'arrivée des troupes allemandes en Isère en septembre 1943 et la violente répréssion qui s'ensuit, la scénographie immerge le visiteur dans une atmosphère lourde, chargée émotionnellement. On se retrouve à l'époque où le département, jusqu'alors contrôlé par l'Italie fasciste, bascule sous l'autorité nazie.

A Grenoble, l'arrivée des troupes allemandes bouleverse la donne. L'armée du Reich se bat contre ses anciens alliés italiens et ouvre la voie au Sicherheitsdienst, le service de sécurité SS, qui s'installe cours Berriat. Très vite, la répression s'abat sur les Isérois, qu'ils soient juifs ou résistants. Les nazis s'appuient sur les miliciens et les militants d'extrême droite pour exécuter leurs basses besognes. Dès le 1er octobre, une première rafle est organisée à Saint-Pierre-de-Chartreuse : dix-huit personnes sont arrêtées, emprisonnées puis déportées à Auschwitz. Trois semaines plus tard, une opération d'envergure est lancée contre le maquis de Tréminis, laminant le petit noyau de résistants qui venait juste de se constituer...

Faire entendre « l'indicible »

Comment donner à voir et à comprendre de tels événements à un public souvent déconnecté de cette tragédie ? Comment lui faire entendre « l'indicible » ? Les scénographes ont pris le parti de s'appuyer sur des documents d'époque et de les mixer avec des reconstitutions, des vidéos et des dispositifs numériques. Le visiteur assiste ainsi à l'explosion, en novembre 43, du polygone d'artillerie, où se trouvaient les réserves d'armes de l'occupant. Une projection vidéo, colorisée, tourne en boucle. A droite, un panneau explique les circonstances et les suites de ce qui est considéré comme la première action militaire de la Résistance iséroise.

Plus loin, dans une vitrine, un calendrier suspend le cours du temps au mois de novembre 43. Il a appartenu à la famille de Jean Perrot. Sous son allure anodine, l'éphéméride marque à jamais le souvenir de la « Saint-Barthélémy grenobloise », une opération de répression sans précédent destinée à décapiter la Résistance locale. Jean Perrot, Jean Pain ou Gaston Valois tomberont ainsi sous les balles des hommes de main de Francis André, dit Gueule tordue, qui fera assassiner ou arrêter 25 résistants entre le 25 et le 30 novembre. Le « mur des fusillés » rappelle le nom des victimes de cette semaine sanglante, leur portrait défilant sur des écrans placés au centre de silhouettes noires. Derrière, le mur s'anime et se macule de taches de sang qui apparaissent au rythme des exécutions sommaires. Au droit de ce mur, sont reproduites les portes - et les graffitis - des geôles du Sicherheitsdienst, dernière étape de la traque avant le départ pour les camps de la mort. « Ne jamais se mettre à table », enjoint une inscription.

Marianne Boilève

Musée de la Résistance et de la Déportation en Isère-Maison des Droits de l'Homme, 14, rue Hébert à Grenoble. Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h (le mardi de 13 h 30 à 18h) et le week-end de 10h à 18h. Entrée libre. Visite guidée gratuite le premier dimanche du mois à 14 h 30. Tel : 04 76 42 38 53