Immobilier et foncier agricole : le coup de pouce des collectivités
Parce que le Grésivaudan est soucieux de conserver la diversité de son tissu économique, la communauté de communes se préoccupe de la filière agricole. Dans sa boîte à outils, elle a ainsi instauré en 2010, un fonds intercommunautaire de développement agricole (Fida), qui sert, soit de coup de pouce, soit de levier pour faire émerger ou consolider des initiatives agricoles. Elle est aussi la structure par laquelle passe la mobilisation des aides européennes. Elle travaille étroitement avec les communes, la question du maintien d'une activité agricole étant saillante sur un territoire soumis à une grosse pression foncière. Les élus intercommunautaires ont orienté leur politique agricole vers deux axes : le maintien d'une agriculture diversifiée d'une part et la recherche de débouchés en réponse aux attentes des consommateurs. Ce partenariat entre collectivités donne déjà des résultats concrets. Ils sont viticulteurs au Touvet ou maraîchers à Montbonnot et leur projet a trouvé un écho ou rencontré l'intérêt public. « C'est un parcours du combattant, surtout si les personnes sont hors cadre familiale », décrit Violène Salem, responsable du service agricole du Pays du Grésivaudan. C'est pourquoi, la mobilisation du Fida, sur certains dossiers, n'est pas seulement un coup de pouce financier, c'est aussi un engagement de la collectivité auprès des agriculteurs dans la recherche de solutions, bien souvent foncières ou immobilières.
Un prototype
« Il a fallu expliquer notre idée. Pourquoi nous souhaitions utiliser de l'argent public de cette façon, en ne créant que deux emplois », rapporte Agnès Rolin, conseillère municipale en charge du développement durable, agriculture et biodiversité, à Montbonnot-Saint-Martin. Les arguments qui ont pesé dans le vote du conseil municipal sont ceux du développement durable, de la santé et du caractère nourricier du projet. Parce qu'au final, la ferme communale de Montbonnot aura nécessité un investissement de 650 000 euros. « Un prototype, c'est cher », reconnaît l'élue en commentant tous les écueils qu'il a fallu surmonter : acheminement de l'eau, de l'électricité, zone inondable etc. Porté par la commune, le projet a été relayé par la communauté de communes qui a mobilisé 60 000 euros de subventions européennes, auxquelles se sont ajoutés 60 000 euros du département. L'exploitation, visible depuis l'autoroute A48, se veut exemplaire, démontrant « la capacité à agir d'une collectivité ». La construction en bois local a été réalisée par une entreprise iséroise. Elle a reçu le trophée du bois Créabois 2014. Ses plans, mettant l'accent sur la marche en avant des marchandises, ont été pensés avec les recommandations de Xavier Moget, maraîcher à Sassenage. Ses toits sont recouverts de panneaux photovoltaïques et elle est entourée de jardins familiaux et d'un verger conservatoire. Le projet a été longuement réfléchi par la collectivité, propriétaire des 3,5 hectares de terres agricoles. L'élue de Montbonnot souligne la compréhension des agriculteurs qui cultivaient ces parcelles en céréales sans bail rural, et avec lesquels elle a conclu en 2010 une convention d'occupation temporaire du domaine public pour y cultiver de la luzerne et des plantes fourragères. Si bien qu'à l'installation des jeunes agriculteurs dans la ferme, l'EARL Citrouille et compagnie a pu être directement labellisée en bio.
Chantier collectif
Inscrit au Répertoire départemental à l'installation, le projet a pourtant reçu peu de candidatures. « Les porteurs de projet se demandaient ce que la collectivité demanderait en retour. Ils craignaient un manque d'autonomie. Or l'exploitation fonctionne comme une entreprise privée avec un bail rural », explique Agnès Rolin. Le coût de la redevance a été étudié entre la chambre d'agriculture, la mairie et le département afin de prévenir tout risque d'avantage concurrentiel. « Notre pari était de permettre à des jeunes de conduire une entreprise viable », explique l'élue. C'est la candidature de Nadège Azarias et Thomas Van Ganse qui a finalement été retenue. Tous deux en reconversion professionnelle, collègues de formation, ayant effectué leur BPREA à Nantes et désireux, chacun à leur niveau, de s'installer dans la région. Leur projet : « agir localement pour une alimentation saine et respectueuse de l'environnement », plaide Nadège. Les deux maraîchers ont pu s'installer grâce au maintien de l'allocation que consent Pôle emploi dans le cadre d'une création d'entreprise. La mairie loue également un logement communal à la jeune femme. « On sait que l'agriculture ça ne rapporte pas », confie Nadège dont l'objectif est de dégager un salaire de 400 euros dans la deuxième année d'exploitation, avec une trésorerie saine permettant de poursuivre les investissements, à l'image des serres de 1 900 m2 qui ont poussé à côté du bâtiment. Leur montage, qui a duré deux mois, a mobilisé un chantier collectif d'une trentaine de personnes.
Un lieu qui fait école
Car c'est le volet non quantifiable de la ferme de Montbonnot : sa capacité à fédérer un solide réseau dès sa première année de fonctionnement. D'une part, elle a travaillé dès sa création avec quatre exploitations maraîchères alentour. D'autre part, en commercialisant ses produits en priorité à quatre Amap, elle sait qu'elle peut compter sur des amapiens solidaires. Les agriculteurs travaillent aussi avec le lycée horticole de Saint-Ismier, l'exploitation offrant un terrain pédagogique grandeur nature. Parce que les bâtiments le permettent, c'est aussi un lieu de dépannage pour d'autres cultivateurs. Enfin, le projet de ferme de Montbonnot a déjà fait école puisque la ville de Crolles a, à son tour, choisi de soutenir une maraîchère, Sophie Mamaponti, de l'exploitation « ça dépote » qui avait été temporairement hébergée à la ferme. Le Pays du Grésivaudan porte encore une poignée de projets agricoles sur son territoire.
Isabelle Doucet
Domaine des Rutissons
« Le maire a dit banco »
Le domaine des Rutissons, au Touvet, n'en serait certainement pas là sans l'intervention des collectivités. Cette exploitation viticole familiale, reprise en 2010 par Laurent Fondimare, prend cette année son envol en intégrant un nouvel associé, Wilfrid Deboize, et en s'installant dans un nouveau chai. « J'ai commencé comme ça, explique le repreneur par ailleurs double actif, avec 4 000m2 de verdesse à Saint-Vincent-de-Mercuze et 4 000 m2 d'étraire à La Terrasse ». En, 2013, entre la reprise de vignes et les travaux de replantation, il parvient à atteindre 2 hectares et prend un stagiaire, qui deviendra son associé, puis le chef d'exploitation. Aujourd'hui, le domaine, en deuxième année de conversion bio, compte 3,5 hectares de vignes. Mais seulement deux en production, sur un parcellaire très morcelé. L'idéal, pour les deux hommes serait de pouvoir exploiter 5 hectares. Mais les viticulteurs étaient confrontés à une double problématique, foncière et immobilière.C'est de sa rencontre avec Wilfrid qu'est née l'idée de remonter « une vraie » structure. Les deux hommes ont pris le temps de se connaître pendant deux ans, avant de partir ensemble dans l'aventure. L'idée du bâtiment est arrivée en même temps. L'ancien brocanteur du Touvet cédait ses murs, mais les viticulteurs n'avaient pas les moyens d'investir plusieurs dizaines de milliers d'euros dans ce local. « J'ai rencontré le maire du Touvet et lui ai parlé du bâtiment. Il a dit banco ». C'est la communauté de communes du Pays du Grésivaudan qui a racheté l'ancienne bâtisse et réalisé les travaux de toiture et d'assainissement dans le cadre d'un portage foncier pour le compte de la commune du Touvet. A terme, le nouveau chai devrait être racheté par la commune ou les exploitants. « Certaines communes essaient de nous aider pour trouver des terres », reprend le viticulteur. Elles peuvent être facilitatrices pour débloquer des dossiers fonciers. Les deux nouveaux et derniers vignerons du Touvet ne se sentent pas seuls. « Nous avons la reconnaissance des anciens » et leur parcours croise parfois de bonnes surprises comme le comte de Quinsonas qui leur a laissé une parcelle au pied du château du Touvet.ID
L'agriculture dans le Grésivaudan en chiffres
• Des productions diversifiées : maraîchage, grandes cultures, arboriculture, élevage, viticulture...• 11 000 ha cultivés, soit 20 % du territoire
• 435 exploitations faisant travailler 525 personnes, dont 33 exploitations en agriculture biologique (chiffres de 2014)
• 4 magasins de producteurs
• 25 AMAP regroupant 750 familles adhérentes
• Des labels valorisant les produits du Grésivaudan (AOP « Noix de Grenoble » ; AOP « Vins de Savoie » pour le cru Abymes à Chapareillan ; IGP « Vins de pays des coteaux du Grésivaudan » ; Charte « Fermes de Belledonne » etc.
Source : CC Pays du Grésivaudan