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Salon

Innover avec le paysage

Le lycée horticole de Saint-Ismier a organisé son deuxième salon Innov'Alpaysage dédié aux techniques innovantes et aux méthodes alternatives.
Innover avec le paysage

« Dans le secteur des espaces verts, de l'horticulture et de l'agriculture, on parle beaucoup de méthodes alternatives et de biocontrôle », avance Pierre Roudaut, chargé d'ingénierie et dévelopement des formations au CFPPA de Saint-Ismier. Il est un des organisateurs du salon Innov'Alpaysage dont la deuxième édition s'est déroulée vendredi 15 mars dernier au lycée horticole de Saint-Ismier. L'établissement, qui accueille des jeunes et des adultes en formation initiale, par apprentissage ou continue, souhaite sensibiliser ses étudiants aux nouvelles techniques agricoles, que l'innnovation concerne les pratiques culturales ou les équipements. « La loi* a permis de faire avancer les choses, surtout dans les espaces publics, car cela ne reste pas simple dans les espaces privés », constate le formateur. « La mise en pratique en entreprise n'est pas évidente, reprend-il. Les entrepreneurs veulent du résultats, or les méthodes alternatives peuvent présenter des coûts supplémentaires, comme pour le désherbage qui oblige à intervenir plus souvent. Mais si les formateurs sont impliqués, les jeunes et les salariés sont sensibilisés. »

Carpo et chenilles

« Il y a eu le plan Ecophyto 2  pour la réduction des produits phytosanitaires et le maintien d'une agriculture performante, puis le durcissement de la loi Labbé en 2017 mettant un terme à la vente de produits phytosanitaires aux particuliers à compter de 2019, sauf en ce qui concerne le biocontrôle et les produits utilisables en agriculture biologique », rappelle en introduction de sa présentation, Marie Berling, responsable R&D de la société haute-savoyarde Créa, spécialisée dans le biocontrôle et l'alternative à la lutte chimique.

Inscrite sur le marché du particulier, cette petite entreprise a développé depuis 2009 une gamme de produits de biocontrôles, notamment des pièges pour lutter contre les ravageurs. Ses principaux pièges mécaniques sont destinés à neutraliser le carpocapse de la pomme, au moyen d'un carton ondulé fixé au niveau du tronc qui capture les chenilles, mais aussi contre les chenilles processionnaires au moment où elles redescendent du tronc du pin.

La société a aussi mis au point depuis dix ans des pièges à phéromones qui agissent par confusion sexuelle comme ceux qu'utilisent les professionnels dans les vergers. Elle s'est distinguée avec son piège phare de lutte contre la pyrale du buis. « Une phéromone correspond à un piège », détaille la scientifique. Dans le cas du piégeage de masse, le mâle détecte une phéromone et est attiré dans la piège. Il peut aussi mourir d'épuisement dans une athmosphère saturée à la recherche d'une femelle qui n'existe pas. Créa a procédé en 2018 à des essais dans le Vercors sur la pyrale du buis validant l'efficacité de son dispositif. Elle effectue actuellement des tests sur la mineuse du marronnier, « un papillon qui a le comportement d'une mouche et qui nécessite un piège spécial », décrit la scientifique.

Coccinelle star

Autre activité de la société, l'élevage d'insectes auxiliaires, aussi appelés macroorganismes, dans la lutte contre les prédateurs. La star, c'est la coccinelle, « emblème de la lutte biologique ». « Il y a plus de 80 espèces en Europe, dont 50 se nourrissent de pucerons », indique Marie Berling. La production, lancée en 2011, s'élève à un million d'insectes par an. « La plus célèbre est celle à sept points ou coccinella septempuctata », poursuit-elle. Mais la plus vendue est Adalia bipuctata, celle à deux points. Ce sont les larves de coccinelles qui se nourrissent de pucerons (entre 50 à 100 par jour) durant leur cycle d'engraissement qui dure 40 jours. Ces espèces sont à ne pas confondre avec la coccinelle asiatique, invasive, opportuniste, vorace, résistante, voire cannibale...

Les autres auxiliaires ayant prouvé leur efficacité sur les ravageurs sont les chrysopes, dont les larves, en se camouflant, se nourrissent de pucerons, cochenilles, acariens et trips ; les acariens prédateurs, surtout utilisés contre le tétranique tisserand ; ou encore les nématodes, qui viennent parasiter les autres espèces (surtout les limaces, mais aussi les fourmis, les papillons, les vers, les doryphores etc.). Interrogées par les élèves de BPREA, la représentante de la société reconnaît que la lutte biologique représente un coût. « Les insectes auxiliaires sont vivants. La contrainte est donc la durée de vie du produit. Les nématodes ne vivent pas plus de deux mois avant de se transformer », explique-t-elle. A cela s'ajoutent des contraintes de stockage, de main-d'œuvre et de temps qui pèsent sur les coûts de production.

Isabelle Doucet

*Loi Labbé de 2014 renforcée par la loi de transition énergétique de 2015 dite Zéro phyto dans les espaces publics.

 

Exposition /  Des matériels pour les paysages.

La championne des allées

Une dizaine d'exposants de matériels pour les métiers de l'horticulture et du paysage ont présenté lors de la journée Innov'Alpaysage à Saint-Ismier quelques nouveautés techniques au service de méthodes alternatives (désherbage, nettoyage haute pression, débroussaillage, tonte etc.). En dépit du temps maussade, les démonstrations ont attiré un public d'étudiants des lycées agricoles, de professionnels du paysage, des collectivités et du grand public.
L'occasion de faire le point sur les innovations dans les matériels de désherbage à l'eau chaude et à la vapeur, qui tend à prendre le pas sur le thermique, lequel consommateur en énergie, présente aussi quelques risques d'utilisation.
La société bretonne Avril Industrie, connue des collectivités, a présenté son outil phare Stabnet 120, un matériel de désherbage mécanique tracté qui permet de répondre aux problématiques Zéro phyto. Le principe est celui d'un outil scalpeur qui coupe l'herbe en surface ou en profondeur, suivi d'un éparpilleur pour séparer la terre des racines et d'une grille pour étendre et sécher l'herbe. Ce matériel statique et durable permet de désherber, niveler, décompacter, herser, andainer, couper les bordure, décaisser et redresser les chemins. Son concepteur assure que le coût de revient du désherbage des surfaces stabilisées, gravillonnées, sablées, allées ou voies vertes est inférieur à celui de méthodes chimiques.