Installation : les candidats préfèrent attendre
Quelles sont les dernières tendances en matière d'installation agricole en Isère pour l'année 2016 ?
« Environ 40 installations ont été enregistrées cette année. C'est un chiffre en hausse par rapport à 2015, mais qui reste inférieur aux années que l'on qualifiait de normales durant lesquelles une soixantaine de projets étaient déposés chaque année.
Cette baisse des installations est-elle due à la mauvaise conjoncture agricole ?
« Oui, mais pas seulement. C'est vrai que nous assistons à des reports de projets d'installation, et même à des changements de voie. Car, pour un porteur de projet qui s'installe en filière longue, les investissements sont tels qu'une conjoncture comme celle que nous connaissons actuellement n'est pas favorable ; On préfère attendre que la situation s'améliore. Et financièrement aussi, c'est plus difficile. Les banques sont frileuses à l'idée de suivre les candidats. Il me semble qu'elles sont plus attentives aux projets et aux garanties présentées. Mais ce n'est pas la seule raison. Les années 2015-2016 ont aussi été marquées par la mise en place d'un nouveau dispositif administratif et financier en lien avec la régionalisation. Il a mis du temps à se mettre en place et a entraîné des problèmes en matière de financement et d'instruction de dossiers ».
Qu'en est-il des difficultés de transmission d'exploitations résultant de la différence entre la valeur patrimoniale et la valeur de rentabilité d'une exploitation ?
« Le problème peut être plus important dans d'autres régions, mais l'Isère n'y échappe pas non plus. Quand il part à la retraite, un agriculteur qui s'est investi toute sa vie dans un outil de production, a le souhait d'en tirer un certain bénéfice. Or, c'est ce qu'elle peut dégager comme rentabilité dans une production donnée qui donne sa valeur à une exploitation. Il y a souvent un décalage entre les deux.
Des améliorations doivent donc être mises en place. Jeunes agriculteurs cherche actuellement à permettre aux cédants de bénéficier d'avantages fiscaux lorsqu'ils transmettent leur exploitation. Il s'agirait d'une déduction pour transmission d'exploitation. Il faudrait aussi une revalorisation des retraites agricoles. Si elles étaient plus importantes, les cédants auraient plus de facilité à transmettre leur ferme ».
Depuis quelques années, le budget national sur l'installation ne cesse de baisser. Quelles peuvent être les conséquences ?
« Le projet de loi de Finances pour 2017 impacte les lignes Dotations jeunes agriculteurs (DJA) et prêts bonifiés de huit millions d'euros. L'Etat a voulu faire des économies car c'était un dispositif qui coûtait très cher. Mais aujourd'hui, ce budget est stabilisé par rapport à un nombre fixe d'installations. Si elles augmentent, ce sera trop juste. D'autant que nous déplorons déjà de nombreuses coupes au niveau de l'accompagnement global et des stages. Il faut aussi souligner qu'une partie du budget installation provient de la taxe sur le changement de destination des terres agricoles, une enveloppe qui, elle, n'est pas stable. Alors qu'on sait qu'en période de mauvaise conjoncture, les exploitations qui ont été bien accompagnées résistent - un peu - mieux que les autres, la baisse de ces budgets, et donc de l'accompagnement dispensé aux candidats à l'installation, n'est pas une bonne chose.
En Isère, nous avons fait le choix de mettre une part plus importante d'autofinancement (provenant du budget de la chambre d'agriculture) sur la transmission et l'installation. Jusqu'à présent, cela a payé, notre taux de renouvellement était un des meilleurs de la région. Mais cette baisse des dotations reste une menace permanente ».
Propos recueillis par Isabelle Brenguier