Investir sans laisser de plume
« Il faut que le magasin tourne, j'en ai besoin. C'est une bouée de sauvetage », estime Bérengère Gudimard, éleveuse de volailles à Chassignieu. La jeune femme, qui s'est installée en 2015 pour prendre la suite de son père à la retraite depuis 2016, s'est associée au tout nouveau magasin de producteurs de Saint-Siméon-de-Bressieux. Cette décision a généré un changement radical dans l'exploitation. Elle est ainsi passée, en l'espace d'un an, de 3 300 à 5 000 volailles abattues.
La ferme de Coderon produit des volailles de chair, à raison de bandes de 180 pintades et poulets cou-nu élevés de 8 à 16 semaines. De novembre à mars, des lots de canards, dindes, oies et chapons complètent cet élevage, qui produit aussi des œufs, avec 200 poules pondeuses.
J'ose investir
Bérengère Gudimard a recruté une salariée et pratique l'abattage à la ferme, tous les mardis matin. Une centaine de volailles sont ainsi préparées à la vente, entière ou découpées. « J'ai investi dans une plumeuse pour augmener la cadence et traiter 30 volailles par heure », confie l'éleveuse. Pour répondre à la demande, augmenter sa productivité, sa réactivité et soulager sa fatigue, Bérengère Gudimard a rapidement porté sa réflexion sur les investissements nécessaires à l'exploitation. « Grâce au magasin, j'ai d'abord investi dans des mangeoires de 120 litres. Je nourris les volailles deux fois par semaine, alors qu'avant je le faisais tous les jours. » L'éleveuse attend l'arrivée d'une fabrique d'aliments qui lui évitera désormais de manier la pelle et de charrier les seaux. « J'avais toujours mal aux épaules. J'ai fait le calcul : en cumulé, je porte 1,2 tonnes d'aliments chaque lundi et jeudi. » L'exploitation dispose d'une SAU de 40 ha dont 28 dédiés à la production de céréales. Le nouveau moulin facilitera la préparation des aliments et permettra un pilotage au plus juste de la ration. « J'ose investir car je sais que le magasin tourne », poursuit l'éleveuse engagée dans une dynamique positive. Elle nourrit encore trois projets : l'achat d'un véhicule lui permettant de « concilier sa vie de maman et d'agricultrice », afin de déposer ses trois enfants à l'école et livrer les magasins de producteurs en un seul trajet, mais aussi l'achat d'une calibreuse pour les œufs et surtout, la mise aux normes CE de l'abattoir pour transformer davantage. Ce projet s'inscrit dans une logique de gestion des invendus et d'une demande soutenue pour les pâtés en croûte, les terrines, les mousses, les confits, voire, à l'avenir, pur réaliser des plats cuisinés.
La chance aux jeunes
C'est son père qui l'a poussée à intégrer un magasin de producteurs et Gilles Testanière, conseiller à la chambre d'agriculture, qui l'a mise sur la piste de celui de Saint-Siméon. « Ils sont venus visiter l'exploitation, m'ont posé beaucoup de questions. J'avais la pression, je voulais qu'ils disent oui », confie Bérengère Gudimard. Elle passe l'examen haut la main et intègre le groupe de sept associés. « C'est dans leur politique de laisser leur chance aux jeunes installés », poursuit-elle. Elle est également dépôt-vendeuse au magasin de Coublevie, fait les marchés de Châbons, Virieu et Nivolas-Vermelle et fournit deux boucheries ainsi que la Guinguette de Virieu. « Un plus en appelle un autre, constate-t-elle. Tout arrive en même temps. »
La jeune femme ne ménage pas sa peine. Elle participe à une grande partie du chantier préparatoire avant l'ouverture du point de vente collectif de Saint-Siméon-de-Bressieux, le 26 octobre 2017. Dernière arrivée, la plus éloignée, une des plus jeunes aussi, elle finit par « trouver sa place » en devenant la médiatrice du groupe. « J'ai suivi une formation à la communication non violente avec Lise Escallier, de la chambre d'agriculture, explique Bérengère Gudimard. C'est important de mettre du liant dans le groupe. On ne savait pas gérer le conflit. » Sur la dernière ligne droite, elle tient un rôle précieux pour garder sa cohésion et sa convivialité au groupe. « Aujourd'hui, dès qu'il y a un petit truc, les gens viennent me parler. Le magasin nous a tous fait grandir et appris à travailler en groupe, à être efficaces dans les réunions. Dans un point de vente collectif, il faut aimer travailler en groupe. C'est un état d'esprit. C'est sympa de vendre les produits des autres et puis, je me sens moins seule. »