Saint-Antoine-l'Abbaye et Villeneuve-de-Marc
Isère : 17 nouvelles éoliennes en projet
Les énergies renouvelables font recettes. En Isère, deux nouveaux projets de parc éolien sont actuellement en discussion : celui de la forêt de Thivolet, proche de Saint-Antoine-l'Abbaye, et Villeneuve-de-Marc, en Nord-Isère. D'autres sont toujours dans les cartons de certaines communautés de communes, mais doivent faire face aux opposants.
A seulement quelques kilomètres de Saint-Antoine-l'Abbaye, classé plus beau village de France, se dresseront peut-être, dans quelques années, neuf éoliennes. Des machines qui culmineront à 540 mètres d'altitude, dans la forêt de Thivolet, à Montmiral, côté Drôme. Le projet date en fait de 2003. « Au départ, les communes de Montmiral et Saint-Antoine-l'Abbaye ont été démarchées par des sociétés privées et ces communes ont eu le réflexe de se tourner vers nous », explique Antoine Ducloux, technicien de la Compagnie éolienne du pays de Romans.
Du côté du bourg médiéval isérois, l'idée avait été bien accueillie. « Nous avions un projet commun avec la Drôme, pour implanter six éoliennes chez nous. Il a été refusé car il comprenait une partie de forêt classée en ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager) », détaille le maire, Marie-Chantal Jolland. Finalement, c'est à Montmiral, sur la partie drômoise de la forêt de Thivolet que le projet se précise aujourd'hui, avec neuf machines d'une puissance totale de trois mégawatts, représentant la consommation électrique hors chauffage de 15 000 foyers. « L'énergie produite sera réintroduite dans un poste de livraison d'électricité, sûrement à Saint-Marcellin », précise le technicien drômois. Investissement total : 45 millions d'euros, financé par un emprunt et des fonds propres.
Une enquête publique - diligentée par les préfectures concernées suite à la demande de permis de construire de la Compagnie éolienne du pays de Romans - est en cours dans les communes iséroises voisines de Montmiral : Saint-Antoine-l'Abbaye, Dionay, Montagne, Roybon, Saint-Appolinard et Saint-Bonnet-de-Chavagne. Cette consultation publique sera close le 26 janvier. Il ne restera plus qu'à attendre l'avis du commissaire-enquêteur.
Cette nouvelle ne réjouit pas tout le monde. Du côté des opposants - principalement l'association "Chambaran sans éoliennes" - on s'organise. Lecture attentive des différentes études d'impacts, distribution de tracts mentionnant le projet de Thivolet comme "scandaleux", lettres aux députés et conseillers généraux... Ils sont bien décidés à ne pas se laisser faire. « Ces éoliennes vont impacter directement les habitants et propriétaires de biens localisés dans les Chambaran. Ces "géants" coûtent cher, sont bruyants, abîment nos paysages... », détaillent Jacques Dejoux, Pierre Effantin et Michèle Charvat, tous trois membres actifs de l'association. Même s'ils avouent avoir du mal à mobiliser la population, ils ne désespèrent pas et comptent bien user de leur droit à déposer un recours au tribunal administratif. L'association n'en est pas à son coup d'essai : elle en a déjà déposé quatre pour des projets similaires dans les Chambaran (voir ci-dessous). Une issue qui ne surprendrait pas les porteurs du projet, « on sait que nous sommes partis pour des années de procédures », soupire Antoine Ducloux. Mais, la plus grande difficulté reste le faible appui de l'Etat. « Globalement, en France, nous manquons de soutien. On sent un double discours entre les grandes ambitions du Grenelle et une loi qui est de plus en plus contraignante », ajoute-t-il.
Des études sont en cours dans les Bonnevaux
Direction maintenant la forêt de Bonnevaux, à Villeneuve-de-Marc, en Nord-Isère. Tout commence il y a un an, lorsqu'une société industrielle privée contacte la mairie, « elle recherchait un site isérois avec un potentiel éolien », raconte Jean-Pierre Gargaud, maire. Le site visé est celui de la forêt de Bonnevaux, plateau situé à 500 mètres d'altitude et où il n'y a pas d'habitations proches. Selon le maire, l'accès à ce parc de huit éoliennes se ferait par un chemin déjà existant, « qu'il faudrait peut-être élargir, mais la forêt n'est pas classée, divisée en multitudes de parcelles privées et très mal exploitée, alors ce serait un bon moyen de l'utiliser. L'énergie produite pourrait correspondre à la consommation électrique de 20 000 foyers. Il ne faut pas négliger non plus les éventuelles retombées économiques avec l'ex-taxe professionnelle, remplacée par la cotisation économique territoriale et l'Ifer, impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux ». Quant au raccordement au réseau électrique, il se ferait à une quinzaine de kilomètres, soit à Saint-Jean-de-Bournay, soit à La Côte-Saint-André.
Après cette première approche, le maire a contacté la communauté de communes du pays saint-jeannais. Trois sociétés se sont déclarées intéressées par le secteur (Opale, Valeco et Sofiva). C'est la société Opale qui a été mandatée pour réaliser une étude de préfaisabilité. « Ce n'est pas parce qu'une étude est en cours que des éoliennes vont être implantées. Il y a des contraintes majeures à prendre en compte, comme le fait que notre commune se trouve dans un couloir aéronautique important », précise le maire. Cette donnée pourrait à elle seule, suffire à annuler le projet. Ce dernier fait d'ailleurs pas mal parler de lui, notamment auprès de certains habitants. Une dizaine d'entre eux souhaitent se grouper en association. « Nous ne sommes pas contre les éoliennes, mais contre le site choisi. Cette partie de la forêt n'est certes pas classée, mais il faudra déboiser pour agrandir le chemin d'accès. Ce site se trouve à côté de la partie forestière classé zone d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Le maire nous dit qu'il n'y a pas de projet, mais pourtant il y a eu une délibération datée du 7 juillet qui valide le potentiel éolien de notre commune, explique Patrice Lacroix, habitant de Villeneuve-de-Marc. On ne dit pas que la municipalité nous raconte des bêtises. Mais il y a trop d'éléments contradictoires et on s'interroge. C'est normal, non ? ».
Lucile Ageron
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Les projets isérois abandonnés ou en stand-by
Aujourd'hui, de nombreux projets de parcs éoliens sont en attente, après que des associations d'opposants ont déposé des recours devant le tribunal administratif, contestant l'accord des permis de construire. C'est le cas pour le parc éolien des Terres blanches - comprenant les communes de Lens-Lestang, Hauterives, le Grand-Serre dans la Drôme et Lentiol en Isère); et celui du bois de Montrigaud dans la Drôme, commune proche de l'Isère (seuls 6 kilomètres les séparent). Concernant les communes de Roybon et Saint-Clair-sur-Galaure, les projets ne sont plus à l'ordre du jour. Tout comme ceux de la Valdaine et du secteur de l'Isle Crémieu, en Nord-Isère.
L.A
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Du côté du bourg médiéval isérois, l'idée avait été bien accueillie. « Nous avions un projet commun avec la Drôme, pour implanter six éoliennes chez nous. Il a été refusé car il comprenait une partie de forêt classée en ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager) », détaille le maire, Marie-Chantal Jolland. Finalement, c'est à Montmiral, sur la partie drômoise de la forêt de Thivolet que le projet se précise aujourd'hui, avec neuf machines d'une puissance totale de trois mégawatts, représentant la consommation électrique hors chauffage de 15 000 foyers. « L'énergie produite sera réintroduite dans un poste de livraison d'électricité, sûrement à Saint-Marcellin », précise le technicien drômois. Investissement total : 45 millions d'euros, financé par un emprunt et des fonds propres.
Une enquête publique - diligentée par les préfectures concernées suite à la demande de permis de construire de la Compagnie éolienne du pays de Romans - est en cours dans les communes iséroises voisines de Montmiral : Saint-Antoine-l'Abbaye, Dionay, Montagne, Roybon, Saint-Appolinard et Saint-Bonnet-de-Chavagne. Cette consultation publique sera close le 26 janvier. Il ne restera plus qu'à attendre l'avis du commissaire-enquêteur.
Cette nouvelle ne réjouit pas tout le monde. Du côté des opposants - principalement l'association "Chambaran sans éoliennes" - on s'organise. Lecture attentive des différentes études d'impacts, distribution de tracts mentionnant le projet de Thivolet comme "scandaleux", lettres aux députés et conseillers généraux... Ils sont bien décidés à ne pas se laisser faire. « Ces éoliennes vont impacter directement les habitants et propriétaires de biens localisés dans les Chambaran. Ces "géants" coûtent cher, sont bruyants, abîment nos paysages... », détaillent Jacques Dejoux, Pierre Effantin et Michèle Charvat, tous trois membres actifs de l'association. Même s'ils avouent avoir du mal à mobiliser la population, ils ne désespèrent pas et comptent bien user de leur droit à déposer un recours au tribunal administratif. L'association n'en est pas à son coup d'essai : elle en a déjà déposé quatre pour des projets similaires dans les Chambaran (voir ci-dessous). Une issue qui ne surprendrait pas les porteurs du projet, « on sait que nous sommes partis pour des années de procédures », soupire Antoine Ducloux. Mais, la plus grande difficulté reste le faible appui de l'Etat. « Globalement, en France, nous manquons de soutien. On sent un double discours entre les grandes ambitions du Grenelle et une loi qui est de plus en plus contraignante », ajoute-t-il.
Des études sont en cours dans les Bonnevaux
Direction maintenant la forêt de Bonnevaux, à Villeneuve-de-Marc, en Nord-Isère. Tout commence il y a un an, lorsqu'une société industrielle privée contacte la mairie, « elle recherchait un site isérois avec un potentiel éolien », raconte Jean-Pierre Gargaud, maire. Le site visé est celui de la forêt de Bonnevaux, plateau situé à 500 mètres d'altitude et où il n'y a pas d'habitations proches. Selon le maire, l'accès à ce parc de huit éoliennes se ferait par un chemin déjà existant, « qu'il faudrait peut-être élargir, mais la forêt n'est pas classée, divisée en multitudes de parcelles privées et très mal exploitée, alors ce serait un bon moyen de l'utiliser. L'énergie produite pourrait correspondre à la consommation électrique de 20 000 foyers. Il ne faut pas négliger non plus les éventuelles retombées économiques avec l'ex-taxe professionnelle, remplacée par la cotisation économique territoriale et l'Ifer, impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux ». Quant au raccordement au réseau électrique, il se ferait à une quinzaine de kilomètres, soit à Saint-Jean-de-Bournay, soit à La Côte-Saint-André.
Après cette première approche, le maire a contacté la communauté de communes du pays saint-jeannais. Trois sociétés se sont déclarées intéressées par le secteur (Opale, Valeco et Sofiva). C'est la société Opale qui a été mandatée pour réaliser une étude de préfaisabilité. « Ce n'est pas parce qu'une étude est en cours que des éoliennes vont être implantées. Il y a des contraintes majeures à prendre en compte, comme le fait que notre commune se trouve dans un couloir aéronautique important », précise le maire. Cette donnée pourrait à elle seule, suffire à annuler le projet. Ce dernier fait d'ailleurs pas mal parler de lui, notamment auprès de certains habitants. Une dizaine d'entre eux souhaitent se grouper en association. « Nous ne sommes pas contre les éoliennes, mais contre le site choisi. Cette partie de la forêt n'est certes pas classée, mais il faudra déboiser pour agrandir le chemin d'accès. Ce site se trouve à côté de la partie forestière classé zone d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Le maire nous dit qu'il n'y a pas de projet, mais pourtant il y a eu une délibération datée du 7 juillet qui valide le potentiel éolien de notre commune, explique Patrice Lacroix, habitant de Villeneuve-de-Marc. On ne dit pas que la municipalité nous raconte des bêtises. Mais il y a trop d'éléments contradictoires et on s'interroge. C'est normal, non ? ».
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Aujourd'hui, de nombreux projets de parcs éoliens sont en attente, après que des associations d'opposants ont déposé des recours devant le tribunal administratif, contestant l'accord des permis de construire. C'est le cas pour le parc éolien des Terres blanches - comprenant les communes de Lens-Lestang, Hauterives, le Grand-Serre dans la Drôme et Lentiol en Isère); et celui du bois de Montrigaud dans la Drôme, commune proche de l'Isère (seuls 6 kilomètres les séparent). Concernant les communes de Roybon et Saint-Clair-sur-Galaure, les projets ne sont plus à l'ordre du jour. Tout comme ceux de la Valdaine et du secteur de l'Isle Crémieu, en Nord-Isère.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------