Jackpot dans la prairie
C'est en analysant ses coûts de production qu'Adrien Raballand a décidé de passer les vaches à l'herbe. « Le pâturage coûte cinq à sept fois moins cher que d'apporter la ration à l'auge », explique le directeur de l'exploitation du lycée agricole de La Côte-Saint-André à ses administrateurs venus faire le tour du propriétaire le 5 avril dernier. Ce faisant, le lait de ses montbéliardes a gagné en valorisation.
A l'origine du raisonnement : la compression des coûts de mécanisation. « Un litre de gasoil économisé, c'est six euros de charges de mécanisation en moins », rappelle le responsable qui ajoute avec une pointe d'humour : « Une vache, c'est une barre de coupe à l'avant et une tonne à lisier à l'arrière ». Cerise sur le gâteau : en faisant brouter les vaches, le système de l'exploitaiton est devenu conforme aux exigences du cahier des charges de l'IGP saint-marcellin (180 jours de pâturage). Comme l'engagement le liant à Sodiaal arrivait à échéance, Adrien Raballand a franchi le pas et changé d'opérateur. Depuis le 1er janvier 2018, le lait est collecté par l'Etoile du Vercors.
Gérer la transition
Fruit d'un raisonnement économique simple, cette stratégie s'est révélée gagnante à plus d'un titre. Pour les vaches bien sûr, qui n'avaient pas mis le mufle dehors depuis dix ans. Au début, elles n'ont pas forcément bien compris ce qui leur arrivait : il a fallu gérer la transition, les habituer à marcher, voire à apprécier la vie au grand air. Sorties une première fois à l'automne, les bêtes ont été mises à l'herbe début avril. Depuis, le pâturage a progressivement été augmenté et aujourd'hui, le pli est pris.
Sur le plan économique, le bilan est très positif : les coûts de production ont nettement diminué et le lait est mieux valorisé. Depuis le 1er avril, le lait cru, déjà dans le top 5 de l'Etoile du Vercors au niveau qualité, bénéficie de la valorisation saint-marcellin (soit 20 à 25 euros supplémentaires les 1 000 litres). Avec 400 000 litres de lait produits chaque année, le calcul est vite fait. Comptant sur une baisse des charges annuelles de l'ordre de 20 000 euros et un gain à peu près équivalent du fait d'une meilleure paye du lait, Adrien Raballand estime entre 40 et 50 000 euros l'amélioration des résultats de l'exploitation laitière.
Parcellaire contraignant
Seule ombre au tableau, les surfaces de prairies disponibles. « Le parcellaire est contraignant, reconnaît le directeur. Nous avons 87 hectares, mais seuls 20 ne sont pas trop loin du bâtiment de traite et donc à portée de vaches laitières. » Très intéressée par la démarche, une administratrice demande s'il n'est pas envisageable d'échanger des parcelles avec les voisins. « Des discussions sont en cours pour des échanges à l'amiable », assure Franck Capdeville, le directeur du lycée, plutôt fier des changements en cours dans l'exploitation.
En attendant, il faut faire avec l'existant. Le parcellaire a donc été géré en pâturage tournant dynamique. L'équation a été un peu compliquée à résoudre au début. Mis au point avec l'aide du contrôle laitier, le système est aujourd'hui opérationnel. Il a tout de même fallu gérer la cohabitation avec les brebis, recréer des limites de parcelles sur des espaces très ouverts, semer des prairies à la place du maïs, planter des arbres et pas moins de 400 mètres de haies, financées par la Fédération de chasse de l'Isère.
Très appréciée de ses adminstrateurs, la démarche initiée par l'exploitation laisse sceptiques certains élèves. « Ils ne comprennent pas qu'on s'embête à faire pâturer des vaches sur des parcelles labourables et irrigables, résume Adrien Raballand. Pour eux, il y a moins de risque avec une ration de maïs. Mais d'autres trouvent bien que les vaches broutent de l'herbe et voient le soleil. » D'autant que cela correspond parfaitement aux nouvelles orientations de l'enseignement agricole qui, depuis 2014, s'efforce d'« enseigner à produire autrement ».