Jeunes tarines : une conduite zéro risque
Nironde n'est pas encore bien docile. « C'est la deuxième fois que je l'emmène au licol ; elle n'est pas habituée », l'excuse Sébastien Poncet, éleveur de veaux limousins à La Bâtie-Montgascon et président de la société d'agriculture du canton. Dans quelques jours, la jeune tarine devra pourtant avoir appris à marcher au pas, car Alissa, la nièce d'un collègue, va la présenter au concours d'élevage de Pressins.
Si, depuis 2010, Sébastien a choisi de se diversifier en élevant une quinzaine de génisses de race tarentaise en plus de ses limousins, c'est d'abord par plaisir. Les tarines sont de jolies vaches à la robe fauve, à la tête expressive, au profil rectiligne, bien campées sur leur pattes terminées par d'élégants sabots noirs. C'est également un choix stratégique, qui rapporte. Le jeune éleveur a fait ses comptes : l'opération est très rentable, du fait de la contractualisation avec l'Upra Tarentaise (1). « J'achète les bêtes à trois semaines, je les prépare selon un cahier des charges précis et les revends deux ans plus tard à un prix garanti et fixé d'avance. » La part de risque est ainsi réduite au minimum.
Les préparer à la production laitière
Sur le plan technique, la conduite est évidemment différente des limousines, puisque les objectifs de croissance ne sont pas les mêmes. Mise à l'herbe très jeune (vers 6 à 7 mois), la tarine est une vache rustique, facile à conduire, qui doit rapidement apprendre à devenir une bonne laitière. « Je les conduis comme là-haut, en Tarentaise, explique Sébastien Poncet. Le but, c'est de surveiller la croissance et de les préparer à la production laitière, donc de développer une carcasse qui puisse ingérer de la matière grossière, herbe et foin, complémentée de concentrés, afin de développer la panse. » Le complément est constitué d'un mélange fermier de maïs, triticale et soja aplati, que l'éleveur produit lui-même : « C'est meilleur pour la vache et pour le porte-monnaie ! »
En dépit de son caractère de montagnarde, plutôt têtu, la tarine a tout de suite séduit l'éleveur. « C'est une vache, sympa, familière, qui nous suit partout, un peu comme le ferait un chien », observe Sébastien Poncet. Certaines années, de juin à octobre, il monte ses tarines en alpage pour parfaire leur éducation montagnarde. Mais cette année, en accord avec l'UPRA Tarentaise, il a préféré les garder auprès de lui, à La Bâtie-Montgascon. Il a suffisamment d'herbe et de place pour cela. Ce qui lui permet de peaufiner tranquillement le dressage de Nironde d'ici la fin du mois. Sans le moindre stress. Après tout, la Fête de la ruralité, « c'est un gros comice... »
Marianne Boilève
(1) Unité nationale pour la race bovine tarentaise.