L'abattoir fait peau neuve
Outil majeur du pôle agroalimentaire isérois, l'abattoir de Grenoble poursuit sa rénovation. L'établissement a été repris pour l'euro symbolique en 2013 par le Pôle viande coopératif. La structure au statut de SCIC compte 140 adhérents, éleveurs et professionnels de la viande. Elle gère l'outil sous contrat de DSP, le site appartenant aux collectivités (Métro, Département et communautés de communes). Fortement endetté à sa reprise, l'abattoir achève cette année son de plan de continuation. « Notre objectif était de pérenniser l'outil en le mettant aux normes pour qu'il serve aux éleveurs », rappele Eric Rochas, le président de la société coopérative. L'éleveur de Méaudre, n'a pas longtemps hésité quand il y a cinq ans l'abattoir était au bord du gouffre. « J'étais client et si l'outil d'abattage fermait, j'étais mal. »
Aujourd'hui, l'abattoir de Grenoble joue la carte de la proximité au service des éleveurs isérois et des départements alentour, ainsi que de quelques bouchers-abatteurs. Il est au cœur d'une logique de circuit court, qui concerne toutes les formes de vente en direct, mais aussi les relations avec la GMS et la RHD à l'échelle locale. Eric Rochas observe une certaine dynamique avec le retour de clients et la part croissante des animaux abattus en direct. Pour rester attractif l'abattoir de Grenoble sait qu'il doit développer une prestation de service « qui donne de la valeur ajoutée à l'élevage ». Il s'agit notamment de la découpe qui répond à une forte attente des éleveurs. Aussi, la salle de découpe, d'environ 450 m2, va être entièrement rénovée et relogée dans l'ancienne salle des ventes, libérant des espaces pour d'autres activités du pôle agroalimentaire. L'appel d'offres est en cours et le laboratoire devrait être livré à la fin de l'année, ce qui permettra à l'établissement d'élargir son offre. Les équipements seront entièrement renouvelés et deux personnes viennent d'être recrutées pour travailler sur les postes d'emballage sous-vide. De plus, l'établissement dispose d'un agrément pour travailler merguez, chipolatas et la viande bovine hachée assaisonnée.
Bien-être animal
Depuis sa reprise, l'abattoir de grenoble a bénéficié de plus de quatre millions d'euros de travaux. Les investissements ont porté sur la rénovation du système de production du froid, du ressuage (tunnels où les carcasses sont portées à la température des frigos), d'une partie des frigos et des chaînes d'abattage bovine et ovine. Les façades sont en cours de réfection et vont recevoir un bardage bois. Dans les mois à venir, les trois amenées d'ovins, bovins et porcs vont être reprises.
Eric Rochas insiste sur le travail réalisé dans la prise en compte du bien-être animal. Pour les ovins, le système d'étourdissement par pinces s'accompagne obligatoirement d'une mesure de la perte de conscience en cas de réveil de l'animal (notamment les gros moutons) et d'un matador utilisable si besoin. Le couloir d'amené sera repris, abaissé à hauteur d'homme, construit en arrondi de façon à ce que l'animal suivant ne voye pas le précédent. La rénovation des amenées évitera aussi, sur la chaîne bovine, que les petits veaux ne repartent en arrière grâce à un couloir adaptable. Le piège à bovins vient d'être changé, nécessitant un investissement de 120 000 euros. Enfin, sur la chaîne porcine, un système de chicane ne laissera passer qu'un seul animal, qui après étourdissement, sera saigné couché, comme c'est le cas dans presque tous les abattoirs. Sur chaque chaîne, un rideau est installé afin que l'animal à abattre ne voit pas les autres bêtes.
Un responsable qualité a été nommé et le personnel va bénéficier de formations supplémentaires mises en place avec l'OABA*, ce qui représente une première pour un abattoir. « Notre principe est que des personnes bien formées font bien leur boulot », insiste Eric Rochas. Au-delà de la formation de base, les salariés bénéficient de temps où sont rappelés en interne les gestes appropriés au respect du bien-être animal. Cette approche a parfois réclamé un changement de pratiques parmi les salariés les plus anciens.
Isabelle Doucet
*œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs est une association de défense des animaux destinés à la consommation.