L’acétonémie, une maladie mal diagnostiquée
Vache amaigrie, boiterie, déplacement de caillette... la liste des symptômes de l'acétonémie sont problématiques pour une exploitation laitière. Seules 3 à 4% des vaches d'un troupeau sont diagnostiquées cliniquement. Or, en moyenne, 15 à 24% en seraient atteintes. « Le risque est présent en début de lactation et lors du tarissement. En début de lactation, la vache est carencée en énergie car elle est programmée pour faire du lait... donc elle maigrit. Le but est de contrôler le déficit », explique Jacky Martin, responsable inséminateur chez XR Repro.
En temps normal, la vache mobilise les glucides ingérés comme source d'énergie principale. Mais, en carence et avec un faible apport en glucose, le foie va synthétiser les graisses, soit les acides gras, en corps cétoniques pour répondre aux besoins énergétiques de fabrication du lait. Ces derniers vont s'accumuler dans le sang, le lait et les urines... c'est l'acétonémie. Si la maladie est peu diagnostiquée, c'est en raison des symptômes graduels. C'est d'abord une acétonémie clinique, parfois asymptomatique, avant une acétonémie aigüe, pouvant entraîner la mort de l'animal.
Chute de production laitière
Les premiers symptômes seraient une baisse d'appétit, un amaigrissement qui peut être brutal, et une chute de production laitière. La quantité de matières grasses du lait est aussi un indice : le taux butyreux (TB) augmente alors que le taux protéique (TP) baisse. Sur le long terme, les principales conséquences de l'acétonémie sont un nombre de mammites cliniques multipliées par trois, 4 à 8 fois plus de rétention placentaire et de déplacement de caillette et une baisse de la production laitière de 300 kgs à 500 kgs par lactation. Il y a aussi risque de boiteries et une probabilité de réforme multipliée par 1,4 à 2. Pour le responsable insémination, c'est aussi les conséquences sur la reproduction qu'il faut prendre en compte : « Le taux de réussite de la première insémination peut être divisé par deux et le délai de mise à la reproduction est allongé », confirme Jacky Martin.
Afin de limiter les risques d'acétonémie, quelques actions sont possibles. L'objectif est d'éviter les vaches grasses au vêlage. En prévention, il faut s'assurer des fourrages de qualité et en quantité pour que la ration soit suffisamment fibreuse et les apports en glucose optimaux. En curatif, lorsqu'une vache est atteinte, il est conseillé de donner du monopropylène glycol qui permet de relancer la synthèse des acides gras en glucose et de diminuer l'amaigrissement.
Le levier génétique
Pour XR repro, un autre levier préventif peut aussi être la sélection génétique. Sur 100 vaches non sélectionnées, soit 0 en génomique, 80% sont saines, 16% sont douteuses et 3,6% sont des cas cliniques. Si on passe à un indice génomique supérieur à 1, le nombre de vaches saines passe à 89,7%, 9,4% douteuses, et 0,9% de cas cliniques, soit une réduction de 7% de vaches douteuses et de 2,7% pour les cas cliniques. « En deux générations, l'amélioration attendue est de 36% soit 2 100 euros d'économies cumulées, explique Guillaume Crépet, technicien prim'holstein chez XR Repro, on a intérêt à regarder les souches à risque. » Le but serait, à terme, de sélectionner les taureaux avec ce critère supplémentaire. « Après, on va se faire retoquer un taureau mauvais sur l'acétonémie... » commente un éleveur. « Il faut être bon sur les critères fondamentaux d'abord », tempère le technicien.
Virginie Montmartin
Assurer la qualité du lait
Le Gaec de Quincieu accueillait les éleveurs de la journée XR Repro. Il sélectionne ses vaches pour leur qualité fromagère et leur autonomie.
Le troupeau du Gaec de Quincieu, à Panossas, est mixte : 48 vaches prim'holstein et montbéliardes sont à la traite. Plus que la race, c'est le comportement de ses vaches qui intéresse le dernier arrivé au Gaec : « Je cherche des vaches hyper autonomes et avec une bonne fromageabilité, avec un lait en cohérence avec les attentes de la vente directe », explique Aurélien Martin, un des 4 associés du Gaec. En moyenne, le troupeau produit 8 000l de lait par vache. A l'année, 420 000 litres de lait sont produits dont 280 000 transformés en fromages type Saint-Marcellin et faisselles. « On travaille avec des clients 40 kilomètres autour de la ferme, auprès des restaurants, épiceries, grandes surfaces », présente-t-il. Le reste est livré à Danone. Les co-produits viandes sont des veaux croisés Charolais excellence vendus à Bovicoop.Zéro pâturageCôté alimentation, la ration est divisée en ensilage de maïs, de la luzerne et du foin à volonté. Le Gaec dispose de 105 hectares de SAU : 36 hectares de maïs ensilage, 30 hectares de blé, 14 hectares de luzerne et 25 hectares de prairies permanentes. « Zéro pâturage. La ration est calée toute l'année. Cela coûte plus cher mais c'est rentabilisé grâce à la qualité régulière en fromagerie ».Pour connaître son troupeau, tous les animaux ont été génotypés. Le Gaec s'est concentré jusqu'alors sur la hausse de la production des vaches au détriment de la reproduction. « On a une quinzaine de génisses par an et nos intervalles de vêlage sont longs. C'est le point qu'on va travailler désormais ». Les associés souhaitent miser sur des vêlages plus précoces et le taux de renouvellement.VM