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Belledonne

L'Adabel à la conquête de l'espace

Pour lutter contre l'avancée de la forêt et la fermeture des paysages, l'Adabel accompagne les agriculteurs du massif dans leur travail de reconquête des zones en déprise. Objectif : gagner du foncier fonctionnel tout en améliorant l'autonomie alimentaire des élevages.
L'Adabel à la conquête de l'espace

Pas simple de pérenniser l'activité agricole d'une zone de montagne aux portes de Grenoble... Entre le mitage résidentiel, les activités de loisir et la concurrence de la forêt qui ne cesse d'avancer, la question se pose avec la même acuité dans tous les massifs : comment aider les agriculteurs à préserver des terres exploitables ? En Belledonne, la problématique, récurrente depuis plus de 30 ans, est à l'origine de la création de l'Adabel (1). « En 1989, on avait l'impression que l'agriculture en Belledonne, c'était foutu, témoigne un élu. Mais l'Adabel a contribué à la rendre possible et à la faire résister. » Etudes, réflexions, diagnostics, médiation foncière, accompagnement des élus, guide méthodologique... Longue est la liste des initiatives engagées par l'association pour lutter contre la fermeture des espaces, l'abandon des terrains en pente et la progression de la forêt.

Débroussaillage subventionné

Mais la ténacité paye. Même modestement. A défaut de nombreux hectares mécanisables, les agriculteurs parviennent petit à petit à restaurer des espaces dans des zones difficiles pour faire pâturer leurs bêtes et produire du fourrage, donc gagner en autonomie alimentaire. Une action difficile à mettre en œuvre par la seule dent du troupeau. D'où la nécessité d'interventions musclées, impossibles sans un soutien financier de la collectivité. Depuis 2011, un programme d'aide porté par le conseil général et la communauté de communes du Grésivaudan (élaboré à partir d'une proposition de l'Adabel...) permet chaque année à des exploitants, des associations foncières et pastorales ou des communes de voir leurs travaux de débroussaillage, broyage et autres dessouchages subventionnés à hauteur de 75%. En 2014, plus de cinq hectares ont ainsi été reconquis dans des zones abandonnées ou menacées d'abandon. « Nous avons regagné deux hectares, témoigne Yves, éleveur aux Adrets. Sans les aides, ça n'aurait pas été possible. C'est bien de pouvoir rouvrir des paysages qui se ferment. Nous avons commencé à faire pâturer nos bêtes l'an dernier. Les graines ont un peu de mal à reprendre sur le broyage, mais nous sommes plutôt satisfaits. »
Ce programme s'est achevé fin 2014, mais l'appui financier n'en demeure pas moins crucial pour la gestion du foncier agricole, en Belledonne comme ailleurs. Le PAEC, défini l'an dernier en partenariat avec l'Espace Belledonne et le conseil général, avec le soutien technique de la chambre d'agriculture, va désormais prendre le relais, en proposant aux exploitants de s'engager dans une mesure agroenvironnementale et climatique (MAEC) « ouverture des milieux ». Une disposition semblable est également inscrite dans le nouveau programme Leader.

Projet pilote à Laval

Au-delà de l'action que peuvent mener les exploitants pour valoriser durablement certaines parcelles, l'Adabel continue de sensibiliser les collectivités sur les questions foncières. Elle épaule notamment un projet pilote porté par la commune de Laval, qui vise à « reconquérir des espaces agricoles face à l'avancée des zones boisées ». « L'idée, c'est de mettre au point une méthodologie qui soit transposable aux autres communes du massif », a expliqué Audrey Abba lors de l'assemblée générale de l'association le 20 avril dernier. La présidente de l'Adabel en a profité pour rappeler que les projets de réouverture n'allaient pas sans le maintien des parcelles existantes qui, elles aussi, risquent de s'enfricher, faute de pouvoir les maintenir en l'état, leur entretien s'avérant souvent lourd et coûteux, tant en termes de temps que de matériel. Elle a par ailleurs évoqué la piste des « troupeaux nettoyeurs ». Franck Rebuffet, maire de Saint-Jean-Le-Vieux, a confirmé le soutien des élus dans cette lutte pied à pied sur le front du foncier agricole : « Les élus prennent conscience que si on ne veut pas payer des gens à débroussailler, il faut des agriculteurs, a-t-il déclaré devant la soixantaine de personnes présentes à l'AG de l'Adabel. Personnellement, je ne suis pas pessimiste. Nous allons garder des zones pour l'agriculture et geler les terrains plats. A nous de faire comprendre aux gens que nous n'allons plus leur laisser 1 300 hectares pour construire leur maison. » Dont acte.

 

(1) Association pour le développement de l'agriculture en Belledonne.

Marianne Boilève

« Une association, c'est comme une ascension en montagne » à retrouver sur terredauphinoise.fr

 

Viande en ligne

Vendre de la viande par internet ? Et pourquoi pas ? Un petit groupe de six éleveurs de Belledonne s'est associé pour monter un site collectif de promotion et de prise de commande des colis. Objectif : développer la clientèle et surtout gagner du temps en termes de démarchage. Le principe est simple : les producteurs proposent, en leur nom, des colis de viande à la vente (une bête à vendre par mois) ; les clients passent commande sur le site et s'engagent à venir récupérer leur colis à une date et un lieu donnés.
Les produits, vendus sous la marque « Viande directe de Belledonne », répondent tous aux conditions établies dans la charte qualité éponyme. Celle-ci précise notamment aux clients que « l'élevage bovins valorise les pâturages de Belledonne de manière extensive, dans le respect de l'environnement ». Un « argument de vente » auquel ne peuvent qu'être sensibles les amateurs de produits locaux et de circuits courts, invités, par leur acte d'achat à soutenir une « activité d'élevage qui contribue au dynamisme économique et social » du massif, « ainsi qu'à l'entretien de paysages ouverts et agréables ».
MB